En bonne compagnie, de Andre Fraigneau

9782842631741.jpgDandy sincère : ce sont peut-être les mots qui conviennent le mieux à  Monsieur Fraigneau, lecteur chez Grasset dans les années 30-50 puis influent dans le monde des lettres et des médias pendant plus de trente années de rencontres et d’anecdotes. Certaines sont rassemblées aujourd’hui par les éditions du Dilettante, et nous permettent de découvrir Christian Dior, Jean Cocteau ou Raymond Radiguet sous un jour nouveau : celui du fan précieux.

André Fraigneau, avec ses chroniques lyriques, devient involontairement le témoin d’un Paris artistique et culturel flamboyant et talentueux, dont on ne connaissait que la surface sophistiquée. Sa manière de croquer d’illustres personnes sous le prisme de l’amitié et du respect, même si l’auteur ne peut cacher son admiration pour ceux qu’il rencontre, est d’une rare authenticité. Ainsi, on découvre un Radiguet frondeur et impétueux, une Anna de Noailles plutôt quelconque (selon lui) mais dotée d’une voix inoubliable, un D.H. Lawrence évoqué par les trois femmes qui ont partagé sa vie, et beaucoup d’autres, plus ou moins proches de Jean Cocteau, mais qui ont tous une pensée pour lui, qui fait que ce dernier transpire dans la majorité de cet ouvrage, comme une muse inspiratrice, un génie bienveillant.

Mais le plus intéressant de ce livre reste la journée passée avec Christian Dior à  préparer un futur défilé. Fraigneau décrit son acolyte dans les moindres détails, de la confiture ingurgitée au petit déjeuner aux coups de sang de dernière minute contre des espaces mal constuits. Dior s’énerve, Dior enchante, Dior s’inquiète. Portrait millimétré et intime, qui vaut tous les reportages télévisuels actuels sur les hauts couturiers.

Parfois désuets dans leur infinie délicatesse ou le raffinement des références culturelles, ces courts moments de vies mondaines du Paris du milieu du XXème siècle, écrits comme des pièces d’orfèvrerie, demeurent de formidables aperçus des amitiés sincères et élégantes de Fraigneau. Un sommet de préciosité et de classe.

Jean-François Lahorgue

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En bonne compagnie
de Andre Fraigneau
Le Dilettante
188 pages, 17 €¬ environ
Date de parution : mars 2009

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