Sinik – Ballon d’or

sinik___ballon_d_or.jpgPour des raisons qui devaient sans doute, au début,,  tenir au  » wipwizent.’  » de l’Essonne où j’habitais à  l’époque, j’ai toujours suivi le parcours de Sinik, gangsta rappeur des Ulis,  au crâne glabre et au regard pénétrant, adoubé en son temps par Kool Shen lors de sa tournée solitaire.


Sans être grand clerc, et pour avoir écouté pas mal Génération FM il y a une grosse paire d’années, il faut reconnaître que le grand bonhomme, ami de Diam’s, a développé une écriture bien torchée. Une écriture vindicative, usée en France jusqu’à  la corde certes, qui multiplie les images, les sonorités, le vocabulaire et préfère la rime riche à  la répétition trop facile.,  Une maîtrise de la langue incivique et fleur(y)ie certes, foutrement non académique, mais qui sent la sueur, la recherche et la volonté de trouver la punchline qui percute.

A l’époque, j’ai interviewé Thomas Idir. J.’ai découvert un gars prévenant, malin, professionnel. Une anti star qui traitait l’apprenti journaliste sans bling bling, sans cliché, avec la fierté d’un second album accompli et la perspective d’arriver à  payer un appartement dans le sud, pour sa famille. Un gars normal, avec des rêves. Un gars aussi dont les tatouages ne laissent aucun doute quant au vécu derrière les barreaux de Fleury Merogis. Un rappeur qui confiait qu’il voyait encore un prochain album avant de passer à  la production, au rôle de mentor pour la prochaine génération.

Ballon d’or, quatrième opus, n’est pourtant pas tout à  fait l’album de trop. Oui, il ne s’agit pas encore d’un album sans Sinik, d’un album de Thomas Idir producteur. Oui côté thématique, à  titre personnel, je me demande quelle est la pertinence après quatre albums et un certain établissement, d’encore évoquer son rôle de boss des quartiers, de malfrat à  capuche et de rouleur invétéré. En même temps je ne le vois pas non plus rapper le monde de Patanok ou des Bisounours. Oui ça saoule, un peu, quand on n’a pas un quotidien de barres de cités, mais que nos journées ne ressemblent ni à  celle des puissants ni au quotidien de Charles Ingalls dans sa petite maison au milieu de sa prairie. Evacuons de suite cette réserve. Si je bloquais sur cette composante je n’apprécierais plus un n ième album de Sinik.

Oui mais le boss du Six-O-Nine est malin. Je ne sais pas si c’est ma vigilance qui se ramollit, mais je trouve que Sinik écrit encore mieux qu’avant. Est-ce le changement de maison de disque qui rafermit les mots, et rend intransigeantes les images ? Sous l’évidence du Gimmick, Sinik multiplie les phases uppercut. Les réflexions en 140 caractères façon SMS ou Twitter. Religion, violence, justice, célébrité, procureur, bonhommes et bonhommes de neige passent à  la Kalashnikov de ses lyrics. Pourtant, derrière les phases assassines se cache aussi parfois une autocritique sans concession. Sinik est plus Rocky Balboa que Tony Montana.

Toi qui n’écoute jamais de rap, écoute les mots. Ce gars là  sait écrire condensé, ciselé et incisif. Ne juge pas. Ecoute. Ce rappeur là  sait jouer des images comme certains auteurs de l’alexandrin et de la rime riche. Jamais de redondance. Juste des sons choisi pour coller à  son phrasé caractéristiques et des mots arrangés pour faire mal. Dans le genre, je ne connais que Kenny Arkana pour rivaliser.

Son côté producteur, Sinik le développe en partageant le micro avec des jeunes pousses. Soprano et son débit ultra rapide, « viennent jouer les porte bouclier du géant des Ulis. Et le font plutôt bien. l’album ne renouvelle pas le genre usé à  force de quota sur la bande FM, mais ne démérite ni à  côté des camarades ni à  la lumière de la discographie précédente. Mieux, on trouvera toujours plus efficace un duo de Sinik avec Kanya Samet qu’avec James Blunt (mais qui lui a proposé ce deal sur le précédent album?).

La production est simple, efficace, au diapason énergique du flow UZI du rappeur. Beaucoup d’électronique, et des structures construites sur un loop qui glisse dans la tête pour soutenir les mélodies du bonhomme. On a fait mille fois la comparaison, mais force est de reconnaître qu’une fois encore, à  la manière de poser sa voix sur une production d’appui (qui certes n’équivaut pas à  Dr Dre) c’est à  Eminem qu’on songe immédiatement.

Reste le plus important. Le ressenti. Si tu parviens à  éluder la question d’un n ième album de rap de cité, -en te disant qu’ici par exemple tu as le haut du panier- si tu parviens à  aimer encore un album de rap à  l’ancienne (celui que Skyrock a usé à  force de second et troisième couteaux), si tu es frappé par la manière dont le,  gars joue avec les mots et place des phrases qui font mal, alors tu te laisseras prendre par l’album, excellent exhutoire quand tu te déplaces, en masse et serré comme une sardine à  l’huile, dans les transports en commun. Patate et envie de mettre des patates. Moi c’est plus qu’il ne m’en faut, et c’est ce que j’attends du gangsta rap à  la française.

Denis Verloes

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Tracklist

1.,  S.I.N.I.K. Mikaze 2:47
2.,  Adrénaline 4:03
3.,  Mauvaise Graine 4:54
4.,  Le Banc Des Accusés 4:55
5.,  Zone Abandonnée 4:11
6.,  Paroles D’Hommes 3:39
7.,  Tête A Tête 3:46
8.,  4-4-2 3:19
9.,  Le Goût Du Goudron 4:57
10.,  Inespérée 3:06
11. Dialogue De Sourd 3:51
12. Gladiateurs 3:39
13. Dangereux 3:27
14.,  Mort Ou Vif 4:44
15.,  Mort Ou Vif II 4:42

Date de sortie: 30 novembre 2009

Label: SixOnine / ULM


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