Volt – Alan Heathcock

En lisant ce livre, Lino Ventura aurait certainement dit, comme en ingurgitant son tord-boyaux dans  » Les Tontons flingueurs  »  » c’est du brutal !  » oui du brutal, du violent, du sordide, une vraie gifle en pleine tronche tellement les huit nouvelles regroupées dans ce recueil secouent le lecteur. Huit nouvelles inspirées de la vie de Krafton, petite ville imaginaire du fond de la cambrousse américaine, située entre Chicago, où est né l’auteur et Boise (Idaho) où il enseigne – mais plus près de Chicago car plusieurs protagonistes rêvent de partir vers l’ouest – avec sa femme shérif, son maire-épicier, et ses habitants rudes, rustiques, un peu frustes, durs au mal, travailleurs infatigables mais prompts à  la violence et partisans d’une justice expéditive et immédiate.  » Parce que, ici, certains sont coupables à  la seconde où on pose les yeux sur eux, et le rôle de la loi devrait être de les arrêter avant qu’ils fassent ce pourquoi ils sont venus monde « . Des femmes et des hommes qui ressemblent étonnement aux pionniers qui ont colonisé ce coin de far west dans la violence et la douleur, souvent confrontés à  un sort contraire, à  la malchance et à  la fatalité.

Pour présenter ce premier recueil, l’éditeur évoque Flannery O.’Connor et Cormac Mac McCarthy, je considère cette allusion plutôt pertinente car j’ai eu l’occasion de lire  » La sagesse dans le sang  » du premier et  » Un enfant de Dieu  » du second et les héros de Heathcock sont aussi abominables et sordides que ceux des deux précédents, ils ont commis des actes innommables, impensables, mais ils restent des enfants de Dieu avec leurs failles, leurs faiblesses, leur destin, leur histoire, leurs instants d’humanité et de tendresse et ils ont aussi leur part de sagesse dans le sang. Des gens peu cultivés, abrutis de travail, nourris de la religion baptiste, qui se trouvent confrontés au fameux cycle : faute, punition, rédemption, culpabilité éternelle ou résilience définitive. Mais ce recueil me semble plutôt traiter du pardon, du pardon sous toutes ses formes : l’admission, la compréhension, l’acceptation, l’accommodement avec le tort, la résilience et même le pardon à  soi-même. Comme une lueur d’espoir qui éclairerait l’avenir de ces êtres accablés par le sort.  » Peut-être que Dieu se sert de choses horribles pour nous parler, « Peut-être que les gens ne se fient plus aux choses bonnes. Peut-être que les choses horribles sont tout ce qu’il reste à  Dieu pour nous rappeler qu’il est vivant « .

Heathcock dépeint ces péquenauds,  » on peut enlever le fermier de son champ, mais pas le champ du fermier  » et leur campagne avec un regard lucide et acéré, dans un langage dépouillé et précis, les faisant vivre comme s’il avait lui-même partagé leurs misères dans ce trou de cambrousse, dans le souffle des grands espaces du far west. Il fait preuve d’une grande maitrise de ce type de récits, gardant toujours un équilibre parfait et une progression bien dosée pour amener une chute toujours heureuse et crédible.

Denis Billamboz

Volt – Alan Heathcock
Auteur : Alan Heathcock
Traducteur : Olivier Colette
Editeur : Albin Michel
320 pages – 23€¬
Parutiuon : août 2013

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