Tuscaloosa – Comme Une Guerre Froide

Tuscaloosa joue avec les marottes d’un rock noise des années 90 avec sept titres fourmillant d’idées tant dans sa production que dans son caractère libertaire.

Tuscaloosa

L’été c’est un temps de trêve pour tout critique musical qui se respecte. Les attachés de presse sont en vacances, la fréquence de la sortie des disques réduite. On se prépare tranquillement pour la rentrée, l’automne et ses albums qui feront l’actualité.  Une trêve, cela a du bon car cela permet au critique musical débordé par les piles de disques qui s’amoncèlent de pouvoir s’intéresser à des disques injustement négligés.

Tuscaloosa – Comme Une Guerre FroideGrand bien m’a pris de m’attarder sur le disque de Tuscaloosa, groupe français de l’Est de la France. Les plus curieux d’entre vous ou ceux qui ont la meilleure mémoire se souviendront de leur premier Ep en 1990 mais surtout leur second en 1997 sorti par l’immense et regretté label Lithium. Depuis, on a eu peu, voire pas de nouvelles du tout du groupe. C’est dire notre surprise de les voir revenir à l’automne dernier.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les gars ne sont pas des perdreaux de l’année, pour autant, ne pensez pas trouver dans ce disque une réunion de vieux combattants qui ressasseraient les idées autrefois lumineuses de leur jeunesse. Pourtant, Tuscaloosa joue avec les marottes d’un rock noise des années 90 où l’on croisera pêle-mêle Sonic Youth et Deus. Mais c’est sans doute cette épure, comme un fil conducteur tout au long des sept titres, qui apporte un grain d’inédit à l’ensemble. Le disque fourmille d’une multitude d’excellentes idées tant dans sa production que dans son caractère libertaire.

La présence d’Antoine Arlot de Filiamotsa au saxophone amène Comme Une Guerre Froide vers des sonorités inattendues. Prenez par exemple en ouverture Isolé(s) où l’on reconnaît les effluves de Morphine. Il y a du Wire dans La Nuit Des Seconds Couteaux, mais on sent aussi chez Tuscaloosa un sens de l’énergie et de la répétition quand Avec elle au moins joue plus sur l’évanescence. Entre No Wave, Noise et Rock sombre, Tuscaloosa nous balade sans déplaisir, aucun.

Mistaken lui convoque à la fois Can, John Lurie ou Silver Apples quand Agitprop clame un nihilisme défaitiste. Tuscaloosa a souvent l’intelligence qui permet de maintenir l’attention en jouant sur une forme de cyclothymie imprévisible  au niveau de la composition. Quelque chose est arrivé ralentit le rythme à propos pour laisser le temps à une ambiance de se construire. Se croisent les ombres de Peckinpah, de Sixteen Horsepower mais aussi une routine du quotidien banal.
Mais attention à ne pas s’habituer au confort avec Tuscaloosa car ils se plaisent à déconstruire et à laisser venir ici et là des déflagrations. Le titre qui donne son nom à l’album est une longue construction complexe et versatile, volontiers déroutante, souvent enthousiaste à l’image d’un disque à ne plus négliger.

Greg Bod

Tuscaloosa – Comme Une Guerre Froide
Label : Mediapop Records
Sortie : octobre 2015

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