Zion et son frère

affiche_11.jpgDans Zion et son frère, premier film de Eran Merav, un cinéaste venu d’Israël, ce qui frappe d’emblée, c’est de ne pas avoir l’impression d’être justement sur la terre israélienne. Bien sûr, il y a bien la morphologie des visages, la présence d’un soleil qui chauffe à  blanc les murs et, sans doute, les esprits, enfin l’architecture des lieux, autant de signes pour ancrer Zion et son frère dans un territoire du sud, moyen-oriental. Mais les problèmes du conflit entre Palestine et Israël ne sont pas ici abordés, ou juste au travers de leurs répercussions, soit la précarité, l’insécurité, l’agressivité ambiantes.

Zion, c’est le cadet, celui qui idolâtre Meir son aîné, le suit dans ses sorties nocturnes au billard en compagnie de ses copains, en participant aux rites qui mènent vers le monde des grands. C’est aussi lui qui est à  l’origine d’un accident stupide et banal qui entraine la mort d’un voisin, un jeune immigrant éthiopien. Jusqu’alors, Zion et Meir nourrissaient une authentique affection l’un pour l’autre, en dépit des querelles passagères et de la différence d’âge, à  peine trois ans, mais Zion, 14 ans, est encore un collégien, alors que Meir regarde déjà  vers l’âge adulte. Un lien que l’absence du père, dont on ignore la raison, renforce – seules quelques conversations téléphoniques maintiennent un rapport, auquel Meir semble accorder plus d’importance que son jeune frère. Est donc restée la mère, maîtresse d’un garagiste qui emploie aussi Meir.

Porteurs à  présent d’un lourd secret qui les lie tout en les opposant, Zion et Meir s’éloignent, se disputent. Rongé par le remords et la peur, Zion finit par questionner la loyauté indéfectible envers son grand frère. Eran Merav ne place pas le fait divers sordide au centre de son film, choisissant au contraire de s’intéresser aux effets qu’il produit sur les deux frères et leur relation. Cet enjeu terrible échappe par ailleurs complètement à  la mère, femme égoîste et plutôt légère, tournée vers son amant et la nouvelle vie qu’il lui fait miroiter. Dépassée et incapable de saisir la portée de ce qui est en train de se jouer au sein de la cellule familiale, elle incarne à  sa manière la perplexité et l’égarement de toute une population face aux événements tragiques qui jalonnent son histoire et son existence quotidienne.

Le décor que filme Eran Merav à  Haîfa semble se résumer à  une succession de murs et d’arêtes tranchantes, qui, s’ils camouflent la vue et l’accès à  la mer, apparaissent surtout comme autant d’obstacles à  la liberté de Zion et de Meir. Alors que l’aîné se réfugie dans la violence, le cadet prend conscience de la médiocrité de la situation, de l’impossibilité de l’espoir et du poids de la culpabilité qui l’envahit et détruit du coup la fraternité rassurante.

En optant pour un traitement minimal et en plaçant l’être humain au centre de son film, Eran Merav réalise une première oeuvre attachante et forte, portée par deux jeunes comédiens non professionnels remarquables. S’il perd en intensité en abordant aux marges de son sujet, Zion et son frère convainc davantage lorsqu’il se resserre sur ses deux héros, en devenant âpre et désespéré.

Patrick Braganti

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Zion et son frère
Film israélien de Eran Merav
Genre : Drame
Durée : 1h24
Sortie : 5 Août 2009
Avec Reuven Badalov, Ronit Elkabetz, Lia Krumer, Tzachi Grad,…

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