Cosme – Guillaume Meurice

Guillaume Meurice est décidément déroutant. Le chroniqueur de France Inter, également humoriste, est connu pour son regard acéré sur notre société. Quand il tend son micro dans la rue, c’est souvent pour enregistrer la bêtise humaine. Dans son premier roman, il prête sa plume à son ami Cosme, pour écrire de jolis mots aussi poétiques qu’un sonnet rimbaldien.


(© Célia Pouget)

Tout part, comme à chaque fois avec Guillaume Meurice, d’une rencontre. Alors qu’il joue son premier spectacle dans un café-théâtre parisien, l’humoriste sympathise avec un drôle de personnage. Cosme Olvera, régisseur du lieu, et surtout joueur d’échecs et encore plus poète à ses nuits perdues. Et puis aussi chasseur de voyelles. Un trésor bien gardé qu’il ne cesse de tourner dans tous les sens pour identifier la clef secrète. Cosme Olvera est le premier à percer le mystère du poème d’Arthur Rimbaud, Voyelles.

Mais si, vous savez, ce poème que nous avons tous appris par cœur. Comme si la poésie était une histoire de « par cœur ». Pauvre de nous ! Cosme, lui, n’a pas passé de longues soirées à s’arracher les cheveux pour que les rimes entrent dans son crâne. Cosme n’est pas même bachelier. Il est « agrégé de rien » comme l’écrit Guillaume Meurice. Mais il lit la poésie, comme il sirote un bon verre de vin. Il hume, il savoure, il se laisse irriguer… Il laisse infuser… Puis, un jour, c’est la révélation, après des heures et des années à chercher, soyons honnête. « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu… » Il comprend tout. C’est Cosme Olvera, fils d’immigrés espagnols, passé par la petite délinquance, qui découvre le sens caché du sulfureux poème sur lequel d’éminents chercheurs ont planché de nombreuses décennies.

C’est précisément cette histoire-là qui intéresse Guillaume Meurice. Le même qui tend son micro aux passants sur France Inter. Qui réhabilite la parole du peuple, combattant les hâbleurs poujadistes. Qui vitupère contre une société 2.0 où la « start-up nation » serait portée aux nues. Meurice adore que Cosme, le gars sympa dont personne ne se méfie, se révèle au fil de l’histoire qu’il nous raconte avec tendresse, le garçon intelligent et sans ambition qui prend tout le monde de court. Cosme, « naufragé volontaire ». Olvera, explorateur de « territoires inconnus qui l’interrogent autant qu’ils le rebutent ».

Pour son premier roman, Guillaume Meurice a trouvé là un superbe protagoniste. Une histoire qui nous perd parfois, tant le bonhomme a eu une vie foisonnante. Tenez bon les cinquante premières pages un peu âpres, la suite coule délicieusement. Les mots de Meurice se marient merveilleusement avec la poésie d’Olvera. Ces deux-là étaient fait pour se rencontrer. L’un rêvant de trouver « son » homme, d’une dignité et d’une intelligence, le réconciliant avec une société trop souvent emplie de bêtises humaines. L’autre méritant de trouver le scribe parfait, pour raconter son incroyable histoire aux mille vies et autant de rencontres. Si l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, la poésie, elle, est à tout le monde. Qu’il en soit ainsi !

Delphine Blanchard

Cosme
Guillaume Meurice
Aux éditions Flammarion
336 pages – 19,90 €
Date de parution : 7 mars 2018

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