[Live report] Eurockéennes de Belfort, 30e édition

Célébration des 30 années oblige, c’est une programmation XXL qui était offerte aux festivaliers. Annoncée comme moins Rock qu’à l’accoutumé, cette édition fut à la hauteur des attentes, rassurant le fan historique et confirmant la place incontournable du Rap et de l’Electro, adoubés par une frange plus jeune et régénératrice. C’est dans ce mix improbable et festif qu’ont évolué plus de 135 000 spectateurs. Un record !

 Eurockéennes de Belfort, 30e édition

Jeudi 05 juillet 2018

Il fallait trouver la micro scène « Radar », où évoluait Superparka. Et c’est sans complexe que le trio français a déployé son Rock-Electro aux accents Soul. Repéré par le festival Pitchfork Avant Garde, Paco et Simon – ex We Are Match – enchaînent les titres accrocheurs et déroulent leur micro tube  Girl et surtout Sleep  avec une déconcertante facilité. One point.
A peine ont-ils fini que cinq points jaillissent  dans le ciel. La Patrouille de France aux fumigènes tricolores passe si près des  festivaliers qu’on apercevrait un top gun  allumer sa clope dans le cockpit. Cinq tours et puis s’en vont, pour laisser place à Goldlink qui, en deux trois mouvements, emballe son monde. Soutenu par un DJ et un accompagnateur, comprenez un pote qui discute, filme et fait des selfies, le rappeur américain harangue la foule tantôt avec classe, tantôt avec morve, et met le feu avec ses deux titres emblématiques Crew et Right It Now.

Goldlink

Sur la grande scène, Sharleen Spiteri, la chanteuse de Texas est contente et peut compter sur un groupe sobre et efficace. La machine ronronne sur I Don’t Want A  Lover, Everyday Now , mais quand elle explore une forme Pop de la Northern Soul – When We Are Together –, l’écossaise convainc et la pluie généreuse lui rend aussitôt hommage. Visiblement, les punkettes  de Dream Wife, repérées cette année en première partie d’Indochine, ont envie de brûler la scène. Entre une guitariste blonde au pantalon argenté et une bassiste brune mutine, la chanteuse au joli minois, qu’on croirait sortie d’un Vivienne Westwood Shop, lâchent les coups sans agressivité. C’est du côté d’Elastica et X Ray Spex qu’il faut chercher quelques influences dans leur Rock finement ciselé.

Cigarette after sex

Changement de décor chez Orelsan. L’heureux  lauréat de trois prix de la Victoire de la Musique 2018 se montre perspicace et tranchant. Les textes plombent l’atmosphère – Défaite de Famille –  mais sonnent justes. La sobriété scénique ajoute une dimension dramatique que la pluie n’interrompt pas… Sauf pendant la prestation de Cigarettes After Sex, quand les gouttes en suspension accompagnent la voix envoûtante de Greg Gonzalez. Soutenu magistralement par ses complices, le chanteur ténébreux  propulse son Slowcore ou Bedroom music dans les étoiles. De Sunsetz en passant par Crush et Nothing Gonna Hurt You Baby, les américains n’ont pas oublié de nous gratifier d’une reprise de Roe Speedwagon. Et même si l’on peut déceler une redondance dans le style, la qualité des compositions la fait vite oublier. S’oublier et lâcher prise, objectif atteint pendant le set Electro débridé de Fatima Yamaha qui balance sans complexe des sons Old School pour le plus grand bonheur des irréductibles que les bains de boue n’effraient plus. Two points.

Vendredi 06 juillet 2018

our girl

Le soleil fait son apparition, c’est le moment d’admirer la grande ou moyenne roue – selon sa taille – installée près de  la plage d’où l’on aperçoit le trio Our Girl en action. Cheveux au vent, les anglaises lorgnent de l’autre côté de l’Atlantique et leur Rock rappelle les grandes heures du Grunge version « Sebadoh girly ». Elles défendent  vaillamment les titres de leur premier album Stranger Today annoncé pour août 2018.

Nothing But Thieves A les voir arriver sur la grande scène, on est en droit d’être inquiet, Nothing But Thieves abordent des teints blêmes, typique de ceux qui ne voient que rarement le jour. Les premières chansons jouées confirment que le groupe anglais possède cette aura décelable chez les futurs stars de  stade. Le chanteur à la coupe impossible sait pousser dans les aigus, les titres tiennent la route et sont déjà considérés comme les futurs Muse vs Guns & Roses, bien que portant des tee shirts à l’effigie des Strokes ou Lemon Twins.
Dans la famille des palots, de drôles de types squattent la scène de la Loggia. Costards défraîchis, sans doute  chinés dans des puces d’Eléphant Castle à Londres, tee shirt Teenage Jesus, casquette camouflage à l’effigie du rail anglais et bières à la main. Bref, des bons gars qui passent leurs vacances dans les aéroports sans forcément partir.
Transfuge de la Fat White Family, The Insecure Men  explore tout ce qui tombe sous leur main, à savoir l’Americana, le Dub et l’Electro Kitsch. Picolant comme des Pogues de poche, on trouve du Clash version Sandinista et un peu de Dexy’s Midnight Runners chez eux. L’humour sarcastique – Heathrow, Mekong Glitter – et la provocation sont les deux mamelles de cette formation qui sait aussi composer des classiques et termine le set sur Burried In The Bleak avec des harmonies vocales dignes des Beach Boys sous influence.

Insecure Men

Mais déjà une sirène résonne au loin. Proprets Of Rage arrive et on ne s’attend pas à une telle déflagration. Mix de Rage Against The Machine, Public Ennemy et Cypress Hill, le All star band démonte tout sur son passage et joue les meilleurs titres de chaque formation avec une cohérence qui laisse pantois. La guitare de Tom Morello est juste impériale et salvatrice, les deux MC’s conspuent Trump et rêvent de révolution. Un seul round leur aura suffi pour mettre le public KO.

Au même moment Beth Ditto s’époumone pour défendre son Electro-Rock et ses convictions politiques en puisant autant dans le répertoire de Gossip que ses disques solo. Deux visions de l’Amérique contestataires s’affrontent à quelques mètres. Les drapeaux arc en ciel flottent et le soleil prend durablement possession des lieux. Retour à la Loggia ou les Insecure Men sont dans le public et ne loupent pas une miette du concert de Warmduscher. Normal, quand on sait que les deux groupes partagent certains musiciens. Au milieu, se tient un gars, statique, à l’air complètement illuminé qui démotive tout adepte de stage diving. Musicalement, leur Post Punk teinté de Rock est efficace – I Got Friends -, déviant de ses origines pour se montrer parfois avant-gardiste – The Salamander -. Ces londoniens y amènent une dose de radicalité qui comble l’auditoire tout aussi louche et très mulhousien pour le coup. Un immense linceul orne le fond de la grande scène. Une myriade de spot entoure et réduit l’espace où évoluera Nine Inch Nails.

Nine Inch Nails.(photo MM)

Trent Raznor nous embarque dans une apocalypse sonore, le set est brutal et intense. Guitares en avant, rythmes martiaux et voix à faire flipper un dauphin vont nous faire aimer la nuit. Quelques titres plus calmes pour mieux préparer la déferlante finale, avec une reprise de Bowie, vont marquer les esprits pour ce vendredi. Black Madonna assure un set plus léger pour une House à la dance contagieuse, histoire de ne pas finir sur une note trop oppressante.

Samedi 07 Juillet 2018

BcucA peine arrivé sur le site, de fortes acclamations proviennent du chapiteau. Bcuc est sur scène et dynamite l’espace avec son Afro Punk. Une énergie hautement contagieuse, les percussions et chanteurs soutenus par une énorme basse mènent le pogo, un peu comme si on écoutait un 45t de ESG en 78 tours. Au final pas si loin d’une Techno pêchue et standing ovation largement méritée pour ce groupe d’Afrique du Sud. Aux antipodes, les australiens de Touts révisent leur classique Punk-Rock de manière limpide et appliquée comme un mix entre Green Day et Hoodoo Gurus, célébrant le rythme binaire avec emphase et sans chichi. Froufrous, roses, dinosaure et chaton servent de décors à Caroline Rose. En short et blouson assortis, elle fait le show, diffusant sa Pop Garage avec enthousiasme et espièglerie – Everybody’s Making Out – tout en amorçant un virage Electro sur ses titres les plus bankables – Jeannie Becomes a Mom -. Un peu comme une version des Gogo’s accompagnées par Ariel Pink. Bavarde, gentiment poseuse et surtout rigolote, Caroline Rose cartonne accompagnée par un groupe au diapason.

superorganism

Belle révélation. Plus sérieux, le collectif  Superorganism arrive sur scène encapuchonné, maquillé et clochettes à la main.  C’est l’incroyable Orono, 17 ans et au non look revendiqué, qui mène la danse et catapulte l’électron Pop dans une nouvelle dimension faite de rythmiques déstructurées, de sons synthétiques puissants, de chœurs célestes et de refrains fédérateurs, le tout soutenu par des vidéos bien perchées – Sprorgnsm -.
Tout l’inverse chez At The Drive In, qui élève le bordel sonique en art. Look, pose, contrôle des caméras, la tension maximum et le Hardcore débridé  sont le credo  du groupe d’El Paso. Mais trop d’énergie peut nuire au rendu. Les quelques titres plus calmes laisseront entrevoir de belles choses, quant aux pieds de micros, ils ne remercieront pas le chanteur.

Moha Le Squale

Plus calme, Moha Le Squale livre ses tourments avec audace et sincérité sur un Rap minimaliste et sans concession. La nuit tombe lorsque Queens Of The Stone Age fait résonner les guitares. Leur Rock Hard parle autant aux jambes qu’au cerveau, bien que devenu plus mainstream. Le groove reste impressionnant et Josh Homme gémit, crie,  s’énerve et captive l’auditoire. Avant, on aura halluciné en assistant au concert de Wednesday Campanella. La Japonaise danse et chante des mélodies sucrées Nippop sur fond électronique, dans une chorégraphie dont elle a le secret, pendant que son entourage s’affaire aux lumières sur scène. Étrange.

Dimanche 08 juillet 2018

liminanas

En remplaçant Hamza, 6ix9ine le rappeur célèbre pour sa dentition multicolore aura  marqué les esprits pour le meilleur et pour le pire, passant son temps à interagir avec les fans plutôt que d’interpréter ses titres, six au total. Mais n’en déplaise, cela fait parti du show et vaut son pesant de crack. Bordélique et touchant lorsqu’il reprend un extrait d’un titre de  son pote XXXtentacion buté quelques jours auparavant, son Rap fait frémir et nous envoie directement dans le Bronx.
Pas le même public pour The Limiñanas. Fervent défendeur d’un Rock Arty, les catalans adoptent un mode très Velvet Underground en y insérant des références plus qu’honorables, allant de New OrderThe Gift –  au Psyché – Shadow People -. Un set intense mené de main de maîtresse par Marie, la batteuse énergique.

Liam Gallagher

Sur les écrans de la grande scène apparaît une posture reconnaissable entre mille. A savoir les bras croisés dans le dos, légèrement voûté sur son micro Liam Gallagher tire la tronche. En bon buveur de binouze, il peut remercier Oasis dont il puise l’essentiel des titres joués en concert soit dix sur quinze. Logique, puisque ses tentatives solos n’arrivant pas à la cheville de celles de son frère Noël, il lui reste donc les anciens tubes, sa voix, sa posture et ses fringues Pretty Green dont il reste le meilleur commercial. Il soutient l’équipe de foot anglaise – le looser -, lâche quelques insultes dont il a le  secret. Et même si l’arrogance est un art de vivre chez le mancunien, les hymnes d’Oasis la font vite oublier, à moins que l’un n’aille pas sans l’autre. En clôture du Festival des Eurockéennes, Shaka Ponk a beaucoup  travaillé,  et mis beaucoup d’énergie au service d’une musique indéfinissable ou cohabite plusieurs styles dans un seul morceau. Les téléspectateurs font la  fête et le groupe leur rend bien. Bien plus qu’un concert, Shaka Ponk est un spectacle, un son et lumière à lui tout seul qui colle parfaitement à la célébration d’anniversaires au même titre qu’une pièce montée virtuelle.

Texte : Mathieu Marmillot
Photos : Mathieu Marmillot et Julien Marmillot, sauf  Liam Gallagher par Torterotot Sandrine.

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