[Live report] Murat en mode Blues au Café de la Danse

Jean-Louis Murat était au Café de la Danse (Paris) ce lundi 10 décembre 2018 pour un concert aux couleurs Bluesy mais relativement court. Un peu frustrant pour les fans qui attendaient plus de l’Auvergnat.

Jean-Louis Murat Café de la Danse

Ce qui est bien avec Murat, c’est qu’il recrute de manière large et profonde dans la France entière. Ce qui est étonnant avec Murat, c’est d’arriver à son premier concert parisien trois-quarts d’heure avant le début programmé des hostilités dans un Café de la Danse déjà bien rempli par des groupes d’amis provinciaux qui créent une belle ambiance d’amitié et de convivialité. Un concert familial où tout le monde semble connaître tout le monde dans la fosse, où les gens se prennent mutuellement en photo, sans doute pour témoigner qu’ils y étaient. Et ça fait bien chaud au cœur, comme si d’un coup on était loin de l’indifférence souvent teintée d’un zeste d’hostilité du public parisien habituel.

19h35 : Matt Low (matelot ?) vient lui aussi de Clermont, et on suppose que Murat soutient ce jeune auteur-compositeur.

Mais après quelques chansons à la guitare acoustique – avec l’aide ci et là de beats électroniques mal maîtrisés – on se demande bien pourquoi… Tout cela est bien gentil, c’est à peu près tout ce qu’on peut dire de positif sur ces chansons sans mélodies aux textes approximatifs, débitées au km par un chanteur sans voix, comme la France semble capable d’en produire des dizaines, bon an mal an. Matt n’a absolument rien à dire mais il ne se prive pas pour autant de nous dispenser sa poésie d’ambiance « délicate ». En l’écoutant massacrer Elisa de Birkin & Gainsbourg, on se dit que Vincent Delerm à côté, c’est Freddy Mercury. 30 minutes d’ennui profond.

Un peu de panique dans l’équipe technique qui réalise, alors que le concert ne va pas tarder, que la “voie numéro 5” – quoi que ce soit que ça signifie – ne fonctionne pas. Ça s’agite, et ça me rappelle qu’il y a bien longtemps que je n’ai pas été témoin de problèmes techniques sur un concert – alors qu’il fut une époque où c’était quasiment systématique : il y a aussi du bon dans le progrès. Mais tout rentre dans l’ordre, et à 20h35 Jean-Louis entre en scène, accompagné de l‘ami de toujours, Fred Gimenez, à la basse et d’un batteur qui restera assez discret. On était en droit de se demander comment Murat aborderait sur scène l’aspect électronique très prononcé de ses deux derniers albums : eh bien, c’est tout simple, il l’ignore superbement et revient à un blues électrique dépouillé, voire basique. Achtung pose clairement les choses : la nuit va être donc blues, mais aussi laid back. D’ailleurs JLM jouera toute la soirée appuyé, voire assis sur un haut tabouret, derrière un pupitre sur lequel est posé un cahier contenant les textes des chansons : partisan du moindre effort, l’Auvergnat !

Hold Up perd tout son aspect chart friendly dans cette configuration, et un léger doute nous grignote le cerveau : si l’on accueille chaleureusement ce nouveau virage à 180 degrés du Bergheaud des bois, on craint d’un coup une uniformité d’ambiance qui lamine les morceaux. Et, de fait, il faudra attendre 30 minutes pour que JLM se lâche un peu et fasse parler la poudre : un peu d’intensité naît enfin sur Autant en Faire Quelque Chose, très beau morceau qui semble être un inédit, ou même une nouveauté : on respire… Même si tout autour de moi les fans sont bienveillants, on sent un certain soulagement quand le set décolle… pour reprendre assez vite son rythme de sénateur bluesy.

Murat est, c’est assez rare pour qu’on le signale, d’excellente humeur ce soir. Il vanne Macron dont la conférence de presse doit être maintenant terminée : « à la fin du concert, on va savoir si c’est un crouille ou un chef ! », et puis il nous taquine, jusqu’à quasiment piquer un fou rire qu’il réprimera difficilement. Cool ! Le problème, c’est qu’il manifeste assez rapidement le désir de ne pas s’éterniser ce soir, prétextant que « nous avons l’air blasés », et qu’il y a « un couvre-feu dans les salles parisiennes à 21h45 » ! Si l’on ajoute que la setlist n’a pas trop pour but de plaire aux masses, avec une bonne partie des titres de “Il Francese”, et seulement quelques flasbacks en forme de titres peu connus extraits d’albums peu joués habituellement sur scène, la soirée respire l’austérité et, admettons-le, une certaine frustration. Murat fait une pause, se lève de son tabouret pour expliquer visiblement à ses acolytes qu’on va sauter un morceau de la setlist posée devant moi : pas de Il Neige pour Paris ce soir !

Du coup, une heure seulement s’est écoulée et Jean-Louis se barre déjà, après une jolie version de Marguerite de Valois, avec ses « Margot ! » hauts perchés (un peu avant, il nous aura fait le même coup à propos de « La Bourboule », même si je n’ai pas trop saisi la private joke…). Comme on sait que Murat n’aime pas trop les rituels, il ne s’écoule pas plus d’une minute avant qu’il revienne… en solo. Et, a capella. Il nous chante Je me souviens, la bouleversante conclusion de « Il Francese ». C’est superbe, et ça aide à oublier le set un peu tiède qu’il nous a offert ce soir. Mieux encore, les Jours du Jaguar nous laisse enfin entrevoir le Murat bruyant qu’on aime : tiens, on voudrait bien que le concert recommence sur ces bases-là, on ne dirait pas non à une bonne demi-heure de bruit et de fureur, et ce d’autant qu’il n’est même pas dix heures. Mais non, c’est fini, après à peine 1h15.

Devant mon étonnement de lire sur la setlist que j’ai pu récupérer quatre autres titres qui sont passés à l’as, mon voisin, visiblement un expert, me dit que « ça fait longtemps que Murat a arrêté de les jouer sur la tournée ! »… OK… En attendant mon tour pour sortir de la salle par la porte étroite qui crée la queue habituelle, je discute avec un type sympa qui me demande mon avis, et se présente comme un collaborateur historique de l’Auvergnat. Comme je lui explique que ça a quand même été peu généreux en moments intenses ce soir, il me dit qu’il va en toucher un mot à Jean-Louis. Bon, j’imagine que ça ne lui fera pas plaisir, à Jean-Louis, et qu’il me traitera de connard de blasé, mais voilà… Ce soir, Murat n’a pas été trop sympa avec nous… Heureusement qu’on le connaît bien, depuis tout ce temps, et qu’on l’aime quand même.

Textes et photos : Eric Debarnot

La setlist du concert de Murat :
Achtung (Il Francese – 2018)
Cine vox (Il Francese – 2018)
Hold up (Il Francese – 2018)
Tarn et Garonne (Morituri – 2016)
Over and Over (Toboggan – 2013)
Autant en faire quelque chose (nouvelle chanson)
Rendre l’âme (Il Francese – 2018)
Gazoline (Il Francese – 2018)
Kids (Il Francese – 2018)
L’amour qui passe (Le Moujik et sa Femme – 2002)
Marguerite de Valois (Il Francese – 2018)
Encore:
Je me souviens (Solo, a capella) (Il Francese – 2018)
Les jours du jaguar (Lilith – 2003)

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