Le vent immortel de Mono

Après une escapade en solo plutôt réussie avec Behind The Shadow Drops en 2017, Takaakira « Taka » Goto Yoda, le leader du groupe Mono  réactive son projet initial avec un disque nourri d’abrasions et de sons inédits pour le collectif japonais.

Image: © Muto

Il n’y a rien de plus prévisible qu’un disque de Post Rock sauf peut-être deux disques de Post-Rock. Quand on dit cela, on croit avoir tout dit, du moins les plus méchants d’entre nous.
Mono, ce groupe de Tokyo que l’on a souvent comparé à Mogwai a toujours eu la volonté de se réinventer pour traduire une mélancolie au lyrisme appuyé avec des déflagrations soniques.

Pour beaucoup Hymn to The immortal Wind (2009) reste le point d’orgue d’une discographie souvent passionnante, parfois plus convenue. C’est vrai qu’avec Hymn to The immortal Wind, Mono trouvait l’exact point d’équilibre entre tension et mélodrame…Unir les larmes de Douglas Sirk avec le chaos hermétique  d’un Tarkovski.Le problème de taille, c’est que les japonais ont tenté de répéter à l’infini cette formule épico-intimiste jusque parfois se prendre les pieds dans les pédales de leurs guitares.  Requiem For Hell (2016) tentait d’autres pistes vers des sources plus Noise, directement plus métalliques et violentes . Bien leur en prit. Nowhere Now Here suit en partie cette piste avec en particulier le rugueux After You Comes The Flood. Toutefois la grande nouveauté à créditer à ce disque, c’est l’émergence du chant dans les compositions de Mono. Si l’on excepte la participation de Testuya Fukagawa du groupe screamocore Envy pour le titre The Hand that Holds the Truth sur Rays Of Darkness (2014), la musique des japonais était restée muette. C’est la bassiste Tamaki Kunishi  qui s’ouvre au parlant sur le sépulcral  Breathe (Nico, sors de ce corps).

L’expérience Behind The Shadow Drops semble avoir portée quelques fruits. On entend ici et là quelques cuivres,  jamais employé jusqu’ici chez Mono, Nowhere Now Here aux climats caractériels et changeants comme un vent d’hiver qui se muerait en arc-en-ciel. Parting ou Funeral Song en particulier rappellent les travaux solo du leader mais aussi ces interludes doux que l’on retrouve dans tous les disques du groupe, pensez à Follow The Map sur l’assurément incontournable Hymn to The immortal Wind. Comme toujours chez Mono, il y a un retour à l’enfance mais ici, la sensation d’étouffement et de plomb dans la gorge se fait plus forte.

Nowhere Now Here n’est sans doute pas une oeuvre majeure dans la discographie de Mono mais il est assurément une étape majeure, un disque de transition pour un groupe en complète reconstruction. La musique de Mono a toujours ressemblé à un savant assemblage comme un mille feuilles qui se composerait et se décomposerait, au point de se perdre parfois.
Avec ce nouveau disque, ils ressemblent plus à des équilibristes avec la main tremblante de celui qui échafaude un fragile château de cartes, celui qui craint le coup de vent qui viendra tout mettre à terre.  Cela a parfois du bon le vent, cela permet de rabattre les cartes, le vent de Mono a pour lui de rester immortel…

 

Greg Bod

Mono – Nowhere Now Here
Sortie le 25 janvier 2019
Label : Temporary Residence Limited

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