[Live Report] Starcrawler au Petit Bain : saignant et sanglant…

Mercredi soir, l’offre en matière de concerts Rock était abondante à Paris, mais nous avons choisi de revoir Starcrawler. Et nous avons eu raison, même si nous nous n’avons pas été physiquement agressés ce soir par la redoutable Arrow de Wilde !

Encore un choix difficile ce soir à Paris : faut-il privilégier Temples, qui viennent de sortir un autre bon album, ou nos éternels chouchous du Rock garage, les Fleshtones, ou bien encore les prometteurs Starcrawler dans la petite salle assez magique du Petit Bain ? Dur, dur ! Ce sera finalement Starcrawler, punks angelenos que nous suivons depuis leurs débuts explosifs, malgré un second album qui les révélaient un peu “rentrés dans le rang”… et parce que leurs précédents passages à Paris avaient prouvé qu’ils pouvaient surprendre !

20h17 : on ne sait pas très bien si Pretty Sick est en retard ou en avance, les horaires de ce soir ayant changé à deux reprises… Le trio new-yorkais – Sabrina Fuentes et ses deux spadassins – semble très jeune, et a la fougue que l’on attend de leur âge. Un choix d’instruments inhabituel, puisque ce sont deux basses qui sont en avant, assumant à la fois le rôle traditionnel de la rythmique et celui de la guitare, absente. Pourquoi pas ? Du coup, le son est bien caverneux comme on aime, et la voix se place par là-dessus de manière… variable, dénotant un amateurisme qu’on aimerait trouver sympathique. Du coup, la musique de Pretty Sick fluctue entre une agressivité séduisante, et un chaos certainement involontaire. Si l’on apprécie l’esprit de cette musique rebelle et mal peignée, à l’image des musiciens, qui honorent la meilleure tradition de la Big Apple (nous avons pensé un instant aux débuts de Sonic Youth, sans doute une association d’idées du fait de la bassiste-chanteuse aux longues jambes…), le résultat est tout simplement médiocre. Le dernier titre (a priori une reprise que nous n’avons pas reconnue…), presque glam, est le plus accrocheur, le plus punchy, ce qui nous permet de nous quitter quand même sur un bon feeling après 30 minutes vraiment pas au niveau de ce que l’on écoute de nos jours en première partie… N’y avait-il pas plutôt la possibilité de programmer l’un de ces innombrable excellents groupes français qui rament pour se faire entendre de nos jours ?

21h17 : Starcrawler, le quatuor angeleno qui monte, qui monte – au moins aux Etats-Unis – effectue une entrée en scène explosive, qui nous rassure immédiatement sur la bonne santé de leur esprit punk : Arrow de Wilde n’a pas pris un gramme, est toujours vêtue de lambeaux de vêtements portant les traces de ses sanglantes exactions précédentes, qui lui donnent cet aspect de possédée d’un film gore de série Z, tandis que Henri a bouffé du lion ce soir, tant il ne tient pas en place et nous offre un festival de guitare et d’acrobaties, de grimaces psychotiques et de poses rock’n’rolliennes. Au milieu du déluge sonore, nous reconnaissons Home Alone : le son est délicieusement fort et aigu, la voix d’Arrow malheureusement un tout petit peu en retrait – en tous cas d’où nous sommes placés, sur la gauche juste en face des deux amplis (surmontés du traditionnel mouton en peluche ou en plastique…) – de Henri. On remarque immédiatement la puissance terrifiante de la section rythmique, et on se demande comment un petit jeunot à l’apparence si calme comme Tim Franco peut déclencher un tel séisme. Reconnaissons-le tout de suite, Starcrawler, ce sont quand même de sacrés musiciens, ce qui n’est pas habituellement ce qui frappe le plus chez des punks rockers.

Henri porte très élégamment son désormais traditionnel costume de scène blanc et rouge façon country crooner de Las Vegas, et Arrow semble ce soir beaucoup plus professionnelle, plus sous contrôle, même si elle nous décline son habituel répertoire de regards déments et de contorsions mi-gracieuses, mi épileptiques : ce soir, pas d’agression des premiers rangs, pas de (faux) sang craché sur le public durant le final de Chicken Woman, juste une petite caresse sur le crâne et une tape sur la joue de notre voisin !

Le set a donc démarré sur les chapeaux de roue, même s’il faudra quand même quelques morceaux pour que tout se mette en place, entre un groupe qui trouve ses marques et commence à cracher son Rock à pleine puissance, et un public qui va s’abandonner peu à peu à un pogo frénétique, avec un moshpit assez violent qui va envahir la quasi-totalité de la (petite) fosse du Petit Bain. Ambiance garantie, avec même quelques ces petits accrochages entre spectateurs – devenus inhabituels, maintenant que groupes et public se sont civilisés ??? – qui témoignent de la frénésie du set.

Starcrawler joue ses morceaux nettement différemment sur scène, ce qui est tout à leur honneur puisque l’exercice live ne devrait pas, à notre avis, consister en la répétition soignée des albums… mais on a souvent du mal à retrouver les chansons que l’on pensait pourtant bien connaître. L’absence de setlist sur scène ne nous aide d’ailleurs pas à nous repérer au cours d’un concert qui ressemble surtout à une attaque en règle de notre équilibre mental. I Love L.A. permet néanmoins à bien des spectateurs de reprendre pied, et de donner de la voix, au milieu de ce chaos de riffs cinglants et de rythmes radicaux.

Un petit (très petit) ventre mou au bout d’une quarante de minutes intenses, mais le moshpit ne faiblit jamais, et on est partis pour le final redoutable qui montre de Starcrawler est désormais devenu un groupe assez monstrueux en live, avec Bet My Brains et Train en sommets indiscutables. Henri est allé faire son crowdsurfing sans lâcher sa guitare, et Arrow elle-même ira d’ailleurs faire un tour sur les bras levés du public, même si nous avons eu l’impression bizarre que les spectateurs étaient nettement moins enthousiastes à soulever cette brindille assez effrayante ! Une heure quand même avant le rappel de dix minutes (Chicken Woman, donc, comme toujours… ?), ce qui dépasse nos attentes, surtout dans le registre épuisant pratiqué par Starcrawler.

Arrow nous fait donc son show habituel avec du (faux) sang plein la bouche, ce qui fait toujours son petit effet, même si l’on s’est désormais un peu habitués au spectacle. Elle sort en rampant – comme elle est rentrée sur scène, d’ailleurs – laissant le groupe terminer le final frénétique du morceau. Et comme d’habitude, Henri va chercher deux spectatrices dans la salle, leur confie ses deux guitares, leur explique comment placer leurs doigts sur le manche, et les abandonne pour terminer le morceau à sa place. Punk DIY not dead !

C’est fini, et tout le monde est content… Epuisé et content, ce qui est exactement ce qu’on attend de ce genre de soirée, non ? Nous, en tous cas, bien placés en face de Henri, nous avons pu profiter d’un véritable festival de guitare, d’autant plus remarquable que Henri ne joue qu’avec 3 cordes au lieu des 6 habituelles de l’instrument. Mais, bon dieu, comment fait-il pour en tirer ces sons ?

Nous voici donc rassurés quant à l’avenir de Starcrawler, dont on attendra maintenant le troisième album qui devrait être celui de la consécration. On croise les doigts ! »

Texte : Eric Debarnot
Photos : Robert Gil

Les musiciens de Pretty Sick sur scène :
Sabrina Fuentes – vocals, bass
Wade Oates – bass
Austin Williamson – drums

Les musiciens de Starcrawler sur scène :
Arrow de Wilde – vocals
Henri Cash – vocals, guitar
Austin Smith – drums
Tim Franco – bass