[Live Report] Philippe Katerine à la Cigale : le clown et le poète…

Si Confessions, le nouvel album de Philippe Katerine était très réussi, son passage à la scène permet d’en mesurer toutes les qualités. Oui, Katerine est GRAND !

Philippe Katerine est un artiste grand public, ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il ne soit pas singulier, audacieux, etc. Il l’est même sans doute bien plus que la majorité des groupes de rock français, sans même parler des artistes hip hop ou r’n’b ! Mais c’est plutôt que faire la queue devant la Cigale avec le public de Katerine est une expérience bien différente de celle que nous vivons normalement avant un concert : tout cela est bel et bien très sage, et même l’énervement général créé par le mouvement de grève actuel ne semble pas toucher les fans du plus célèbre vendéen de France, tout heureux d’être là, d’avoir réussi à trouver une place pour cette première soirée à la Cigale, logiquement sold out…

19h50 : après un faux départ de quelques minutes, la voix de Philippe Katerine nous annonce Eveno (prénom Philippe) en “vedette américaine”. En fait un quinqua fringant en costume, qui mélange virtuosité à la guitare classique et comique façon années 50. Il fait donc chanter aux premiers rangs, visiblement ravis, Petit Papa Noël, la Marseillaise et puis… la Reine d’Angleterre ! Il se lance dans une parodie de flamenco qui fera grincer les dents des amateurs de cette belle musique, puis dans une bossa nova clicheteuse. Il dédiera l’une de ses deux seules chansons à Anna Karina, décédée aujourd’hui, avant de nous offrir un sketch grotesque où il fait l’amour à sa guitare, lui faisant du coup un bébé – une petite guitare… Puis il termine ses 20 minutes par Dans la vie faut pas s’en faire… Le public applaudit, on dirait presque que les gens ont passé un bon moment. Accablant, c’est le mot qui nous vient à l’esprit… Tiens, Eveno est en fait un collaborateur musical de Philippe Katerine… mais il aurait fait une bonne première partie pour les Stranglers au début des années 80.

20h30 : l’entrée des musiciens sur scène se fait par les narines d’un grand nez gonflable, avec poils et tout et tout. Tout le monde est habillé, non pas en crotte de nez, mais en pyjama pour bébés moulant, ce qui ne s’avère pas forcément très seyant, surtout porté par Philippe Katerine (… mais c’est bien entendu volontaire…), lui-même dissimulant partiellement sa bedaine et ses genitalia grâce à un boa noir du plus bel effet. Il est accompagné par cinq musiciens : un guitariste, une bassiste, deux claviers et un batteur, et disons tout de suite que, si le son sera impeccable toute la soirée, on ne peut pas dire non plus que le groupe soit particulièrement original ni puissant. Mais nous supposerons que personne n’est là ce soir pour les musiciens, mais bien pour cet étrange énergumène, tellement brillant et tellement décalé, qu’est Katerine.

On attaque par le formidable BB Panda, avec sa mini-charge parodique anti-Macron (…qui ne sait pas reconnaître les champignons), et qui permet quand même à Katerine de nous chanter que nous sommes tous de C.O.N.S. Stone avec Toi fonctionne bien mieux que sur l’album, et juste quand on se souvient que la soirée va être consacrée à l’intégralité de “Confessions”, Katerine nous fait le grand plaisir de son inoubliable Louxor J’adore : rien à dire, ça envoie, c’est toujours aussi drôle et efficace, même si c’est surtout un grand moment de comédie, entre le public et Katerine, chacun jouant avec délectation son rôle. « Et je coupe le son ! ».

La banane a évidemment le même rôle fédérateur vis-à-vis du public, mais Katerine va ensuite nous proposer de revisiter un certain nombre de ses chansons dans un “pot-pourri”, ce qui va nous valoir un grand quart d’heure de doux délire – et d’hilarité – générale alors que vont se succéder des scénettes plus ou moins théâtrales, qui, soyons réalistes, représentent finalement le cœur de la popularité de Katerine : si son gag prémonitoire sur Marine Le Pen – avec en plus l’usage des fameux faux-nez phalliques et fausses oreilles – fait rétrospectivement froid dans le dos, le jeu de dégoût sur la Moustache ne va quand même pas très loin… Le set se termine au bout d’une heure – ou, du moins semble se terminer – sur un 88% efficace, avec l’aide évidemment bienvenue de Lomepal.

Avouons que nous sommes quand même un peu déçus, à ce stade : malgré le charisme scénique, voire même l’autorité naturelle, de Philippe Katerine, sa facilité à jouer à l’amuseur public a emmené le set vers une inconséquence, qui est en dessous de ce que l’on attend d’un artiste aussi ambitieux.

… Heureusement, il ne s’agissait que d’un entracte, avec changement de costume pour Katerine et sa troupe… et on a envie de dire que les “les choses sérieuses vont commencer”. Oui, car la seconde partie du concert, celle où Katerine et ses musiciens ont revêtus d’élégantes vestes, va s’avérer d’un tout autre calibre. On enchaîne les meilleurs titres de “Confessions”, comme La Converse avec Vous, ou en tout cas les plus “près de l’os” comme le déchirant Aimez-moi. En costume bleu clair, oui, Katerine fait son âge, et sa sûreté artistique impressionne sur ces chansons où l’émotion affleure… Incorrigible, Katerine nous simule une crise cardiaque, pour réapparaître torse nu, serviette autour du coup, et nous rassurer… Pas certain que ce genre de mise en scène ajoute quoi que ce soit à des chansons aussi inspirées qu’un Parivélib’, capable de nous faire aimer à nouveau notre ville en dépit du chaos actuel.

Et il nous reste encore le rappel : en chemise de nuit transparente et couronné de plumes, le clown semble nous être revenu. Sauf qu’il est seul, et que, a cappella, il nous chante un Moment Parfait. Et que c’est absolument bouleversant. A pleurer même de tant de beauté. A côté de moi, un fan s’écrie : « Philippe, tu es un poète ! ». Il a raison bien sûr, mais quand on a vécu ces deux minutes de pure suspension du temps qu’a été Moment Parfait, ce n’est même pas la peine de souligner l’évidence : Philippe Katerine est GRAND.

Texte et photos : Eric Debarnot

La setlist du concert de Katerine :
Première partie
BB Panda (Confessions – 2019)
Stone avec toi (Confessions – 2019)
Louxor J’adore (Robots après Tout – 2005)
Compliqué (Le Film – 2016) (a capella)
Blond (Confessions – 2019)
La banane (Philippe Katerine – 2010)
Amour (Planète Rap) / Excuse-Moi (Robots après Tout – 2005)
Le Grand Medley : Point noir sur feuille blanche (Confessions – 2019) / Des Bisoux (Philippe Katerine – 2010) / Moustache (Philippe Katerine – 2010) / Le 20-04-2005 (Robots après Tout – 2005) / KeskesséKcetruc (Confessions – 2019) / La Reine d’Angleterre (Philippe Katerine – 2010) / Philippe (Philippe Katerine – 2010) / Rêve Affreux (Confessions – 2019) / Des Bisoux (Philippe Katerine – 2010) / Point noir sur feuille blanche (Confessions – 2019)
La clef (Confessions – 2019)
88% (Confessions – 2019)
Deuxième partie
Bonhommes (Confessions – 2019)
Aimez-moi (Confessions – 2019)
La converse avec vous (Confessions – 2019)
Duo (Confessions – 2019)
Patouseul (Magnum – 2014)
Parivelib’ (Philippe Katerine – 2010)
Madame De (Confessions – 2019)
Encore:
Moment parfait (Le Film – 2016) (a capella)