Avec l’album “Goons Be Gone”, No Age met le passé au service du futur

No Age, les vétérans américains, porte-paroles d’un punk lo-fi sans concession,  en ont encore sous la semelle. Leur nouvel album Goons Be Gone sonne comme une antithèse au statu quo et évolue vers des paysages sonores apaisés et plus complexes.

NoAge
© Kersti Jan Werdal

Les deux stakhanovistes qui composent No Age parcourent le monde depuis presque quinze années. Du squat LGBT aux galeries d’Art, les Californiens y célèbrent leur noise punk minimaliste et soutiennent  les causes sociales les plus diverses. Une attitude DIY assumée pour ces deux punks pour qui le fond est prioritaire sur la forme. «Tu peux être punk avec un laptop, ou avec un mouvement politique ou en agriculture : Dean fait pousser sa propre nourriture par exemple, c’est ce qui se passe dans les squats. C’est peut-être plus répandu en Europe. Le milieu punk aux Etats-Unis s’inspire d’ailleurs beaucoup de la France » se confiait le guitariste aux Inrockuptibles.

No Age - Goons Be GoneLe duo, c’est Dean le chanteur-batteur et Randy à la guitare caustique. Leur cinquième album Goons Be Gone est le plus posé de tous. Ils ont  su évoluer, passant d’un noise-punk tendu à un punk rock plus cérébral, à l’image de leur signature chez Drag City  en 2018 après des débuts chez Sub Pop. Un signe.

Entendons-nous, ça ne veut pas dire que No Age s’est calmé. Leur musique est toujours aussi urbaine  et suinte les vapeurs issues des bouches de métro. De manière surprenante, le duo sonne comme un télescopage entre The Saints,  Superchunk et Mecca Normal, saupoudré de samplers divers.

La première surprise est de taille. Elle provient de titres expérimentaux faisant suite au maxi sorti en 2019 Score For The Day Before. Dans le meilleur des cas –Toes In The Water et A Sigh Clicks– certaines ambiances créent un tourbillon dans lequel s’extirpent de fines mélodies répétitives. N’excédant pas les trois minutes, ces interludes musicales ont la particularité de relancer les titres plus rock et permettent d’en optimiser leurs effets tapageurs. Et ça marche.

Secundo, No Age s’est paré de sons nouveaux. Des claviers ou pianos en boucles, des trompettes trafiquées viennent enrichir certains de leurs meilleurs titres. Sandalwood, tout en tension, explore les bas fonds des mégalopoles américaines comme avait pu le faire  le Velvet Underground avec I’m Waiting For My Man,  quand Wardance célèbre le riff à coup d’urgence, canonisant le refrain avec ses arrangements entêtants. Turning To Strig et Agitating Moss offrent  un aller retour à moindre frais pour Brisbane pour un punk rock austral plus classique mais magistralement joué  et clôture l’album avec panache.

Comme ils aiment à le souligner « il devient essentiel de se rappeler des choses anciennes avec un regard d’enfant, un regard neuf ». Le passé au service du futur sert aujourd’hui No Age pour le meilleur.

Mathieu Marmillot

No Age: Goons Be Gone
Label : Drag City Inc.
Date de Sortie : 5 juin 2020