Good Luck, Seeker : les Waterboys cherchent encore, bonne chance à eux !

Le quatorzième album des Waterboys est une belle réussite, saisissant les vieux fans par sa nouveauté sans pour autant faire le deuil de la flamboyance d’antan. Un album de 2020 joué avec l’énergie d’autrefois, ça ne se refuse pas !

Mike Scott / The Waterboys
Mike Scott / The Waterboys © Barry McCall

Imaginez quelqu’un qui n’aurait pas écouté un nouvel album des Waterboys ou de Mike Scott (car c’est la même chose, non ?) depuis vingt ans… Confronter cette personne à The Soul Singer, le morceau ouvrant Good Luck, Seeker, le nouvel album des Waterboys, c’est lui garantir un choc, ou au moins un moment d’incrédulité : rien ici ne rappelle les années glorieuses du groupe, entre celtitude modernisée et rock lyrique enfiévré. A la place, de la soul – il n’est pas interdit de penser à Dexy’s ! – chantée d’une voix absolument méconnaissable – et une orchestration sophistiquée ne reculant pas devant l’électronique. Et même s’il est toujours possible que Mike Scott parle bel et bien de lui-même quand il chante : « He gets away with being rude / cos everyone’s scared of his quicksilver moods / the soul singer / He’s been around for fifty years / every crease of his face is a souvenir… » (« Il s’en tire tout en étant impoli / parce que tout le monde a peur de ses changements d’humeurs / le chanteur de soul / Il existe depuis cinquante ans / chaque ride sur son visage est un souvenir »), autant accepter que – et c’est très bien comme ça – que Good Luck, Seeker n’aura rien d’un album caressant notre éventuelle nostalgie dans le sens du poil, on peut apprécier le très beau (You’ve Got to) Kiss a Frog or Two.

Good Luck SeekerEt puis voilà que, surprise, oui, le troisième titre, le torturé et intense Low Down in the Broom nous confirme qu’il reste au fond de l’âme de Mike Scott un peu de ce sens échevelé des grands espaces irlandais et des immenses tourments de l’âme : un titre qui battrait éventuellement le rappel des fans d’autrefois, si les effets vocaux de Scott ne gâchaient finalement un peu notre joie. Mais, aucune crainte, on enchaîne avec un très accrocheur Dennis Hopper, rappé et les pieds bien arrimés dans le vingt-et-unième siècle, paradoxalement, puisqu’on parle quand même d’une apologie du réalisateur / acteur d’Easy Rider (« Dude with a ‘tache on a chariot chopper / Reb’ without a cause, man, what a showstopper / He was present at the birth of the teenybopper / sucking on a psychedelic pink gobstopper »).

Sans rentrer dans le détail de tous les titres, qui partent, on l’a compris, dans toutes les directions, et transforment l’album en un très joyeux kaléidoscope de moments d’émotion et de sensations très physiques, disons que ce qui unit les titres entre eux, c’est la joie perceptible – et communicative – du groupe : il suffit d’écouter la nouvelle version ici proposée ici de Why Should I Love You (un titre co-composé par Prince et Kate Bush !) pour respirer l’énergie d’un groupe prenant un plaisir total à jouer et élevant la musique là où elle devrait toujours trôner.

Si Scott se plante un peu sur The Golden Work, avec un usage immodéré et maladroit du vocoder, le sommet de l’album devrait achever de convaincre les plus désemparés devant cette suite de virages à angle droit : les sept minutes intenses de My Wanderings in the Weary Land ont cette fois tout d’une célébration d’un âge révolu du Rock « héroïque ». Même si le titre est plus parlé que chanté (et d’ailleurs l’album se terminera de la même manière avec un Mike Scott plus conteur que chanteur…), l’émotion qui monte et explose à mi-titre, avant le démarrage d’un long – et superbe – solo incandescent à la guitare, rappellera les larmes brûlantes que nous versions abondamment en écoutant la « Big Music ». Et, avouons-le, c’est du classic Rock, et c’est quand même très, très beau.

Le dernier quart d’heure du disque laissera forcément un petit sentiment de redescente après les hauteurs qu’on vient d’atteindre. Scott y enchaîne les monologues sur des ambiances diverses – planantes, trip hop, dance même – construites par le groupe (et oui, ce violon, c’est bien celui de Steve Wickham !) : il vaut sans doute mieux être anglophone pour en apprécier la poésie – oui ! – ou en tout cas l’émotion très intime que Scott y met.

Quoi qu’il en soit, voici un album régulièrement enchanté, qui prouve contre toute attente, que Mike Scott et ses Waterboys restent totalement pertinents en 2020. Et inspirés. Qu’ils n’ont pas oublié d’où ils viennent. Mais que, sur ces racines vigoureuses, ils continuent à pousser ardemment vers l’avant. Et vers le haut. Si seulement tous les groupes survivants des années 80 avaient la même énergie et la même créativité !

Eric Debarnot

The Waterboys – Good Luck, Seeker
Label : Cooking Vinly Limited
Date de sortie : 21 août 2020

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