Thomas Coville, la quête de l’ultime : une aventure humaine, technologique et sportive

Thomas Coville, la quête de l’ultime est une bande dessinée originale entre documentaire, autobiographie et essai. Le portrait vivant d’un héros de la mer.

© Dargaud

Afin de nous partager « ce qui peut se passer dans la tête d’un marin », Alexandre Chenet et Renaud Garreta ont suivi Thomas Coville lors de son tour du monde en solitaire de 2016, le résultat est vivifiant.
La voile a connu une révolution. La dernière génération de trimarans vole, au sens propre du terme. Mieux encore, pour des raisons qui défient l’entendement, les « Ultimes » filent deux fois plus vite que le vent, leur unique « carburant ». Alain Colas boucla en 1973 le premier tour du monde en solitaire en 173 jours, Thomas Coville mettra 49 jours.

Pour un prix raisonnable, Dargaud nous propose un très bel ouvrage, même si le scénario d’Alexandre Chenet est trop ambitieux. Au lieu de se concentrer sur la tentative, passionnante, de record, il s’appesantit sur la naissance de la classe Ultime, puis sur ses récentes avanies. Il s’autorise des digressions techniques, que le lecteur pressé passera. Il demeure que Chenet nous livre un extraordinaire portrait d’un compétiteur et de son équipe. Lors d’une tentative de record en solitaire, le champion lutte seul contre une météo changeante et, au final, imprévisible. Si Tabarly ou Colas naviguaient véritablement seuls, livrés à leur leurs doutes et passions, Coville est en permanence relié à son équipe qui, de France, réunit routeurs, ingénieurs et médecins. Au fil des pages, nous découvrons la portée de l’exploit : un record est un sprint de 50 jours. Pour tenir, le champion est contraint de ménager sa monture et son corps. « Naviguer, c’est accompagner la mer et le vent, ne surtout pas s’y opposer, on ne sera jamais les plus forts ». Un monocoque peut chavirer, il est conçu, tel un bouchon, pour se redresser. Un multicoque ne se retourne qu’une fois, puis, il a tôt fait de se démembrer. Dans l’Atlantique, des secours sont encore possibles. Dans les mers du Sud et le Pacifique, le marin en perdition est seul. Définitivement seul.

Le dessin de Renaud Garetta est dynamique. L’auteur d’un Tanguy et Laverdure et d’une série sur la moto (Warm up) excelle dans les prises de vitesse. Ses cases en Dutch angle, en petits ou très grands formats, sont grisantes. Le travail sur l’océan et les nuées est extraordinaire. Coville ne navigue que par gros temps. Garetta alterne pros plans et paysages, multiplie les angles, les jeux de couleurs et de lumières. Ses visages sont moins travaillés, mais si ses personnages restent en retrait, ils laissent toute leur place au voilier et la mer.

Stéphane de Boysson

Thomas Coville, la quête de l’ultime
Scénario : Alexandre Chenet
Dessin : Renaud Garreta
Éditeur : Dargaud
112 pages couleurs – 18 €
Parution : 28 août 2020

Thomas Coville, la quête de l’ultime – Extrait :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.