5 + 5 = Les disques préférés de Thierry Jousse

Critique, cinéaste, animateur radio sur France Musique, amoureux des BO de films, Thierry Jousse évoque pour BENZINE 10 albums d’hier et d’aujourd’hui qu’il apprécie tout particulièrement. On y trouvera bien évidemment de la musique de films, mais pas seulement…

Thierry-Jousse
© Christophe Abramowitz / Radio France

Ceux qui s’intéressent au cinéma et à la musique de films connaissaient forcément le nom de Thierry Jousse. Ce critique cinéma mais aussi critique musique, réalisateur de films pour le cinéma (Les Invisibles, Je suis un no man’s land...), animateur sur France Musique d’émission dédiées à la musique de films (actuellement Ciné Tempo), est également l’un des auteurs de l’indispensable collection Blow Up sur arte dans laquelle il met en avant de grands noms du cinéma. Aujourd’hui, il a bien voulu évoquer ses coups de coeur musicaux du moment et de toujours parmi lesquels on trouvera évidemment quelques BO de choix mais également des choses très actuelles comme Tank and the Bangas ou The Liminanas.

5 Disques du moment :

Tank and the Bangas : Self Care
Un single RnB signé par un groupe génial basé à La Nouvelle Orléans. Une comptine un peu tordue superbement produite.
Ce que j’ai entendu de mieux dans le genre depuis un moment…

The Liminanas (feat. Nuria) : Calentita
Une petite merveille du duo catalan psychédélique, avec, en prime, la voix espagnole de Nuria. Un faux air du Gainsbourg de la grande époque. Un sens du talk over et une ambiance droguée et plagiste du meilleur aloi. Idéal pour la période de confinement.

Bertrand Burgalat : Les Apparences
J’aime le travail de Bertrand Burgalat depuis longtemps, et, notamment, son travail pour le cinéma.
Sa dernière BO, écrite pour Les Apparences de Marc Fitoussi, est sans doute ce qu’il a fait de mieux en la matière.
Dans une grand tradition orchestrale, très française, raffinement, sophistication, beauté des thèmes, sens des climats… Tout y est !

Le Monde Instrumental de Michel Legrand
Un gros coffret (10 CD), paru récemment sur l’excellent label Fremeaux & Associés, qui documente remarquablement tout le travail de Michel Legrand, pendant les 10 première années de sa carrière. Du jazz, de la variété, de la musique d’orchestre, de la musique de film. Legrand avant Legrand était déjà Legrand. La preuve !

Brian Eno : Film Music 1976-2020
Une avant-première avec cet album d’Eno à sortir courant novembre, si tout va bien… Un album qui regroupe 17 contributions cinématographiques de l’inventeur de l’ambient. Des musiques qui viennent de films de Derek Jarman, David Lynch, Michaël Mann, Danny Boyle et d’autres encore, plus obscurs… Jamais monotone, toujours extrêmement élégant, un disque assez vertigineux qui peut se réécouter en boucle. Ça s’impose !

5 disques de toujours :

Dionne Warwick : Here I am
Un chef d’œuvre mélancolique et féérique comme tous les albums de Dionne Warwick conçus, écrits et réalisés par Burt Bacharach.
Aucun tube mais une collection de chansons qui atteint discrètement au sublime. La voix de Dionne Warwick, à cette époque, est une des raisons de croire en l’existence de Dieu. Quant à l’orfèvrerie pop de Bacharach, complexe et limpide à la fois, elle est vertigineuse. Un Everest !

Julie London : Julie is her Name
Le disque intime par excellence. Pour son premier album, l’actrice Julie London, accompagnée seulement par la guitare ô combien subtile de Barney Kessel, frappe un grand coup tout en velours et en émotion. C’était son premier album ! Ce ne sera pas le dernier. Du classique Cry me a River à cette interprétation pratiquement a-cappella de Laura, le thème de David Raksin, Julie is her Name est un festival de douceur ensorcelante.

Curtis Mayfield : Curtis
La soul Technicolor et engagée de Curtis Mayfield à son apogée. Ce crooner à la voix d’or produit ici une musique aussi veloutée qu’énergique qui s’incarne dans des morceaux aussi forts que Move on Up, Give it Up ou encore l’hymne qui ouvre magistralement l’album, ‘(Don’t Worry) if there is a hell below we all gonna go. Un album complètement ancré dans son époque, le début des années 1970, qui épouse le tournant psychédélique et politique de la soul, à l’instar des disques des Temptations produits par Norman Whitfield ou du What’s Going on de Marvin Gaye, mais qui, en même temps, est parfaitement intemporel, au sens où sa puissance demeure totalement intacte.

Ennio Morricone : Metti, una Sera a Cena
L’œuvre de Morricone est tellement énorme qu’il n’est vraiment pas aisé de choisir une BO parmi toutes celles qu’il a écrites. J’ai finalement opté pour celle de Metti, una Sera a Cena, un film peu connu de Giuseppe Patroni Griffi, avec tout même Jean-Louis Trintignant. Nous sommes en 1969 et le maestro est déjà au sommet de son art d’esthète. La musique Metti, una Sera a Cena représente parfaitement la face « adorable » d’un compositeur au langage pourtant souvent complexe. Les amateurs de bossa italienne, de mélodies tordues et pourtant imparables, de voix sensuelles ou de climats mystérieux seront comblés. En cas de coup de mou, la musique à écouter en priorité.

Joao Gilberto : Joao Gilberto (1973)
L’album blanc de Joao Gilberto, qui ne fut pas seulement l’inventeur de bossa nova – ce qui serait déjà une contribution fondamentale à l’histoire de l’humanité ! – mais aussi un artiste totalement singulier, un peu comme Thelonious Monk pour le jazz. Un « original » qui n’en faisait qu’à sa tête et qui a creusé le même sillon génial toute sa vie. Cet album à la couverture presqu’entièrement blanche, sorti en 1973, est peut-être le plus pur que Joao ait produit. Accompagné de sa guitare et de discrètes petites percussions, Joao Gilberto pratique ici la sorcellerie musicale, une sorte de vaudou ultra dépouillé. Longtemps après avoir écouté cet album, on garde en mémoire l’envoûtement provoqué par cette voix, ce phrasé, ce tempo, ce travail sur la répétition, ce jeu de guitare, uniques en leur genre. Comme si l’éternité s’était faite musique.

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