“Falling” : un premier film prometteur phagocyté par son acteur…

En mêlant le sujet déjà riche de l’avancée de la sénilité chez un père pas vraiment aimable avec les souvenirs d’une enfance difficile, Viggo Mortensen livre avec Falling un premier film pas toujours très contrôlé, mais prometteur…

Falling
Lance Henriksen – Copyright 2020 PROKINO Filmverleih GmbH

Falling n’est pas un film parfait. A la limite, ce n’est même pas un film très plaisant. Il est rempli de petits défauts, sans doute dus au désir de Viggo Mortensen de “tout mettre” dans son premier film en tant que réalisateur : après tout, il ne peut pas être certain de jamais en faire un deuxième, et il a pris le risque de saturer le spectateur, de le perdre à cause d’un matériau trop riche, et pas très équilibré.

Entre le passé de cette famille, étouffée, massacrée même par l’amour maladroit – car de l’amour il y en a – d’un père à la masculinité que l’on qualifie de nos jours de “toxique”, et le présent qui voit le patriarche s’abimer chaque jour davantage dans une sénilité qui révèle toute la méchanceté et l’obscénité enfouie en lui, il y aurait presque deux films différents à faire, mais les deux doivent coexister dans Falling. Et c’est cette coexistence entre des moments d’une grande subtilité (le passé), portés par une narration fine – et une musique remarquable – et d’autres, certes drôles (la logorrhée agressive du père) mais très vite épuisants (le présent), qui crée une sensation de trop plein, nuisant indiscutablement au film… Ce qui explique sans doute des réactions relativement négatives à un film qui, à notre avis, ne les mérite pas vraiment.

Car les moments de grâce – comme ceux des rapports entre le père encore jeune et son fils qui essaie de se construire, avec la chasse comme symbole de transmission ratée, mais ayant néanmoins le mérite d’avoir existé – ne manquent pas, et ces passages de Falling témoignent d’un vrai potentiel chez Mortensen réalisateur, ou en tous cas d’un vrai regard… que l’on espère retrouver, donc, dans un prochain film.

Finalement, le vrai problème des scènes centrées sur la sénilité du père, ce n’est peut-être pas un apparent excès de simplisme qui consiste à opposer les idées réactionnaires du père aux poncifs de la gauche libérale états-unienne : ce déchirement au sein des familles entre pro-Trump et anti-Trump, pour faire simple, est bien la réalité actuelle d’un pays profondément divisé, où même les membres d’une famille n’arrive plus à se comprendre.

Non, ce qui déséquilibre Falling, c’est l’interprétation – et la personnalité – stupéfiante de Lance Henriksen, qui réduit les autres interprètes à faire de la simple figuration : face à lui, Mortensen semble aussi inhibé comme acteur que son personnage l’est dans le script, et Laura Linney n’arrive même pas à être crédible. Et le réalisateur Viggo Mortensen n’arrive pas à gérer ces excès outranciers, régulièrement aussi fascinants que pénibles, qui se déversent à l’écran. Le tout est parfois très drôle – comme dans la scène du proctologue interprété par l’ami Cronenberg venu supporter le projet – mais souvent horrifiant. Le film en est donc indiscutablement déséquilibré… Pourtant, nous qui avons toujours admiré Henriksen dans les nombreuses Séries B de SF qu’il a fait dans ses jeunes – et moins jeunes – années, nous délectons de voir son talent enfin reconnu.

Eric Debarnot

Falling (2020)
Film US de Viggo Mortensen
Avec : Viggo Mortensen, Lance Henriksen, Terry Chen
Genre : Drame
Durée : 1h52

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