[Live Report] Nits au Café de la Danse : ou comment triompher du Temps grâce à la musique…

La pandémie nous ayant privé du concert des Nits prévu en mars 2020 pour la tournée Angst, nous nous sommes rattrapés hier soir au Café de la Danse avec deux heures où Henk, Rob et Robert nous ont rappelés combien ils manient habilement la magie du « live ».

2021 12 10 Nits Café de la Danse
Nits au Café de la Danse – Photo : Eric Debarnot

1983 : Paris s’enflamme sur Nescio, un morceau typique de ce que l’on qualifierait bien plus tard d’Art Rock, et qui nous vient des Pays-Bas. Les plus branchés ont déjà anticipé l’apparition des Nits (car nos Hollandais intello-pop s’appellent ainsi), en particulier lors d’une première partie renversante de Marianne Faithfull à l’Olympia. Mais ce ne sera qu’une fausse joie, un faux départ pour ce groupe qui deviendra très vite « l’un des secrets les mieux gardés de la pop », dixit les Inrocks, en dépit d’albums d’une qualité croissante, puis soutenue.

2021 12 10 Nits Café de la Danse2021 : Les Nits jouent au Café de la Danse, un net recul par rapport à l’époque où ils remplissaient l’Olympia : il faut néanmoins admettre que depuis quelques années, ils ont accentué le côté conceptuel / abstrait de leur musique, ce qui ne la rendra évidemment pas plus populaire ! Ce concert remplace celui annulé en mars 2020, juste aux premiers jours de l’épidémie du Covid, ce qui nous vaut quand même un gros changement au niveau du programme, puisque c’est l’album Knot qui est à l’honneur, un disque atmosphérique plus exigeant que son prédécesseur, Angst.

20h00 : Qui n’a jamais vu les Nits pourra s’exclamer : « Oh, les papys ! » en voyant Henk, Rob et Robert pénétrer sur la scène d’un Café de la Danse en configuration entièrement assise (et peuplé largement de têtes elles aussi grisonnantes) : le temps n’épargne pas plus les génies de la pop que nous ! Mais deux heures plus tard, alors que le trio salue une salle en extase, la magie Nits a fait son effet, et les années semblent s’être envolées : les visages rayonnent de joie, la musique nous a rendu à tous notre énergie, notre optimisme, notre éternelle jeunesse.

La setlist de cette tournée est construite à l’image des précédentes, avec les morceaux du dernier album encadrés régulièrement de reprises des « hits » (enfin on s’entend, des succès dans ce monde parallèle peuplé par les fans des Nits) : Home after Dark, Nescio, Cars and Cars (toujours aussi majestueux et puissant), JOS days, A Touch of Henry Moore, Sketches of Spain, Soap Bubble Box… le tout sur près de deux heures de set, avec une pause de 15 minutes au milieu, et encadré par Port Of Amsterdam, en Intro (version « coitus interruptus ») et Outro (la version complète avec le rituel tonnerre de percussions). Mais, et cela peut être aussi bien un délice qu’une frustration, chaque morceau est révisé radicalement, ou plutôt déconstruit et reconstruit sur des rythmes différents, avec des mélodies altérées : Soap Bubble Box devient une fugue jazzy à travers New York, Henry Moore une pure sculpture d’art contemporain, etc.

2021 12 10 Nits Café de la DanseComme d’habitude les commentaires drolatiques et absurdes de Henk font beaucoup dans l’attrait des nouvelles chansons (Ultramarine évoquerait la rencontre de Bob Dylan et Claude Monet à l’hôtel Savoy de Londres, et leur discussion sur la manière de peindre un chef d’œuvre, Dead Rat Ball tournant autour de l’éducation sexuelle via Marvin Gaye, ou quelque chose comme ça !). Les chansons consacrées par Henk à ses souvenirs de famille (Une Petite Allumette, Lits-Jumeaux, Yellow Socks & Angst), en particulier à sa grand-mère, s’avèrent très émouvants, Henk évoquant sa famille avec un mélange de tendresse et d’humour qui va droit au cœur.

Musicalement – est-ce même la peine de le mentionner -, aucune baisse de niveau : Robert reste l’ultime virtuose aux claviers, mais aussi le pourvoyeur de petites bizarreries qui ajoutent systématiquement de la légèreté au cœur des chansons les plus mélancoliques. Rob est un géant aux percussions, et nous aurons même droit à un vrai solo de batterie à la fin de A Touch of Henry Moore ! Quant à Henk, on a eu la sensation qu’il libérait encore plus son chant, pour mieux exprimer ses émotions…

Ce sont les rappels qui prendront la forme de gros, gros cadeaux de Noël : imaginez les deux merveilles que sont Adieu Sweet Banhof et In the Dutch Mountains enchaînées à la perfection, puis en second rappel, une réjouissante interprétation de Giant Normal Dwarf.

Triomphe – mérité – pour notre trio… dont on attend d’ici peu un nouvel album, d’ailleurs ! Qui sera l’occasion, espérons-le, d’une nouvelle tournée : nous n’avons plus de temps à perdre !

Texte et photos : Eric Debarnot

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2 thoughts on “[Live Report] Nits au Café de la Danse : ou comment triompher du Temps grâce à la musique…

  1. Bonjour

    L’auteur de cet article se trompe sur la durée de ce concert : c’était 1H45 et non 2H! J’y étais et j’ai vérifié montre en main. Le quart d’heure d’entracte ne doit pas compter comme musique jouée!!
    Salutations.

    1. Oui, tu as raison, j’ai oublié de décompter l’entracte. Merci pour ta correction. Eric

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