“Zone de crise” : la pandémie vue par les losers névrosés de Simon Hanselmann

Voici le retour de la joyeuse troupe de marginaux en pleine crise du Covid ! Simon Hanselmann signe avec Zone de crise une grande aventure trash et transgressive mais non sans malice.

ZONE DE CRISE - SIMON HANSELMANN
© 2022 Dupuis/Seuil

Au départ, l’auteur avait décidé de faire une petite série webcomic de ses traditionnels héros sur son Instagram, une manière pour lui de tromper l’ennui attrait au covid tout en offrant à son public sa vision des événements sociétaux. Au fur et à mesure de l’année, la série prend de l’ampleur, connait un certain succès et se voit même couronner en 2021 d’un Eisner Award. Par soucis financier et esthétique, Il décide donc d’en faire une compilation dans le but de l’éditer et voici comment Zone de crise nous est arrivé d’outre-Atlantique.

ZONE DE CRISE - SIMON HANSELMANNPour ceux ne connaissant pas du tout l’univers de Simon Hanselmann, voici une rapide présentation de ce que l’on peut trouver dans ces dernières parutions (dernière publication en date Long Story Short, recueil de différents épisodes sortis dans diverses zines que je ne peux que vous conseiller de lire également).

On suit de base une colocation composée de trois personnages. Megg la sorcière névrosée en couple avec Mogg le petit chat gris aigris, ainsi que Owl, le hibou psychorigide, souffre-douleur du sympathique couple. Tous les trois passent le plus clair de leur temps à se défoncer et à créer du vide à base du « néant » de leur propre existence. Ils reçoivent régulièrement chez eux une tripotée d’amis plus déjantés les uns que les autres : Booger, une femme transgenre fan de ses strings, Mike, un sorcier sous le joug de sa vieille mère, Ian, l’ours à la cool et le plus terrible de tous, Werewolf, un chien aux mœurs plus que douteuses, accompagné généralement de ses deux enfants crasseux. L’histoire, souvent décousue, permet d’ajouter et d’enlever à souhait des éléments sans grand lien les uns avec les autres. Ces facilités scénaristiques peuvent étonner au départ mais finalement on y adhère rapidement.

Zone de crise diffère des précédents ouvrages car on y suit une aventure entière suivant la même trame : comment cette bande d’ahuris va-t-elle survivre à la pandémie et surtout à réussir à vivre ensemble ? Comme vous pouvez en douter, tout va dégénérer et s’ensuivront des situations plus extravagantes les unes que les autres (un peu finalement comme ce qui a pu se passer pendant le covid).

Megg se réfugie dans le jeu Animal Crossing tout en essayant régulièrement d’abuser de Booger ; Mogg bascule dans toutes les théories complotistes ; Werewolf connaît un succès retentissant grâce au serveur OnlyFan et à ses démonstrations de l’utilité de divers sex toys ; Owl, quant à lui s’affirme enfin et devient même un véritable tyran afin de faire cesser le chaos ambiant.

Tout cela n’est qu’un avant-goût de la quantité impressionnantes d’intrigues de Zone de Crise. Chaque jour, un nouveau pétage de plomb, « une bonne idée » plongeant les protagonistes face à de nouveaux problèmes. C’est drôle et absurde à la fois. Les diverses pérégrinations de ces derniers servent à l’auteur à poser un regard critique et humoristique sur cette période surréaliste. Se jouant des codes moraux, personne ne sera épargné par sa plume corrosive : hétéro, antifa, extrême droite, policier, cancel culture, influenceur et autres réseaux sociaux, transgenre, Netflix, tous ont droit à leurs instants de « gloire » dans Zone de crise.

Ce truculent foisonnement d’idées donne à la BD quelque chose de fascinant dans son propos et ses dessins. Il est impossible de rester impassible. On va alterner entre dégoût, rire, questionnement existentiel, tout en étant choqué par l’immoralité de certaines planches. Pour autant, le désir de savoir comment ce bordel va se finir est plus fort.

Zone de crise n’est donc pas fait pour tout le monde (surtout pas pour les plus jeunes) et peut déplaire à certains lecteurs. Si vous êtes adepte de l’humour irrévérencieux, bizarroïde et vulgaire voire carrément obscène, vous pourrez y trouver votre compte.

Une mention spéciale pour conclure à propos des commentaires de l’auteur qui se trouve à la fin du roman graphique. C’est une sorte d’explication sur la construction de son webcomic avec beaucoup de digressions amusantes… les plus curieux les liront jusqu’au bout.

Clara Nouaille

Zone de crise
Scénario & dessin : Simon Hanselmann
Éditeur : Dupuis/Seuil
292 pages – 25 €
Parution : 25/03/2022

Zone de crise – Extrait :

ZONE DE CRISE - SIMON HANSELMANN
© 2022 Dupuis/Seuil

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