Norma – HELL.O.V.E. : chansons contemporaines d’amour et de haine

Au sein, mais légèrement à côté du scène folk / rock française chaque jour plus riche, plus séduisante, il ne faut pas passer à côté du second album de Norma, le bien nommé HELL.O.V.E., qui confirme le sens poétique, les qualités mélodiques et la combativité de la jeune artiste toulousaine. Un coup de cœur.

Norma
D.R.

Quand on lit les noms que Norma cite quand on l’interroge sur ses sources d’inspiration, on ne peut être qu’impressionné par les ambitions musicales que cela sous-entend : Tom Waits, Nina Simone, Aldous Harding, Fiona Apple, Joni Mitchell, Kate Bush… La barre est haute pour une jeune artiste française pas encore très connue.

Norma HelloveQuand on voit et écoute Norma sur scène, on est frappé par l’incroyable détermination dont elle témoigne : seule sur scène avec ses claviers et sa voix, elle balance des textes – en anglais – d’une franchise et d’une brutalité rares, où elle s’attaque à pas mal de sujets « qui fâchent » encore aujourd’hui, malgré (ou à cause de…) la montée des mouvements « féministes » modernes. Les chansons de Norma parlent de ce qu’est être une femme en 2022, tant du point de vue émotionnel, sexuel que social. Face au machisme qui recule si peu, et tellement lentement. Face à la masculinité toxique dont la violence a tendance à redoubler. L’apparence physique – elle est frêle et très féminine – et la voix – aux accents parfois enfantins – de Norma ne nous préparent pas au choc bienfaisant de son discours, et c’est une belle, une très belle surprise.

Quand on écoute les albums de Norma, et HELL.O.V.E. (brillante manière d’épeler le mot LOVE, et clair quant au propos central du disque, entre « l’enfer, c’est l’amour » et « l’amour, c’est l’enfer ») est son second après le provocateur Female Jungle en 2019, on est frappé par la maîtrise mélodique de Norma – son songwriting « folk » est bel et bien trempé dans une jolie évidence « pop » – qui permet d’ouvrir au public (on a failli écrire, au « grand public », parce qu’on ne voit pas ce qui pourrait empêcher Norma de connaître le succès) son discours d’urgence et d’émotion parfois déchirante, un discours qui ne fait pas de concessions.

Bref, Norma est une artiste passionnante, et HELL.O.V.E. est une franche réussite qui tourne en boucle en ce moment sur nos platines : le choix de privilégier un son brut, presque artisanal, que l’on peut qualifier d’organique, avec des sonorités DIY se mêlant aux instruments (la référence à Tom Waits fait bien sens…) permet à l’album de se distinguer du gros de la production soit bien léchée, soit pleine de machines de bien des musiques actuelles.

Les trois premiers titres, HELL.O.V.E., Bodyback (et son backbeat indolent), et surtout Crocodile Tears avec son texte combatif (« Theo wash your face with your tears / I’m more than just a pair of hips and a great mouth to kiss / If i’m a witch you’re just evil » – Theo essuie ces larmes de ton visage / Je suis plus qu’une paire de hanches et une grande bouche à embrasser / Si je suis une sorcière, alors toi tu es juste diabolique) sont trois merveilles que, indiscutablement, le reste de l’album aura quelques difficultés à égaler. Après ce démarrage mémorable, le disque devient plus introspectif, plus poétique peut-être même, et visite des paysages musicaux différents, de la country à la soul, faisant preuve d’une âme voyageuse et joueuse.

Voyager, c’est beau, mais, à la fin, l’important est bien de trouver sa place dans le monde. Et pour Norma, ce sont les grands espaces américains qui seuls peuvent répondre à ses désirs de liberté, de sauvagerie, mais aussi de sérénité : « Endless Highways / Strangers in Cafés / I know that there’s a place where I belong » (Des autoroutes sans fin / des étrangers rencontrés dans les cafés / Je sais qu’il y a un endroit qui est le mien) chante-t-elle, pleine d’espoir et de nostalgie d’un futur qui n’existe pas encore sur la conclusion de l’album, A place where I belong. Peut-être que le prochain album de Norma devrait affronter encore plus franchement ce désir de grands espaces : Norma cite aussi le nom de Jim Jarmusch quand elle parle de cinéma, on lui recommande Stranger than Paradise comme titre pour son prochain disque.

Eric Debarnot

Norma – HELL.O.V.E.
Label : Shortcuts
Date de parution : 13 mai 2022

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