[Interview] Marc Desse : “Chanter, j’ai appris sur le tas…”

Parce qu’il nous avait impressionné, sur la scène du Supersonic, accompagné par un groupe percutant, il nous fallait absolument rencontrer Marc Desse, un drôle d’oiseau faisant le grand écart entre des influences variétés françaises et espagnoles et le Rock le plus ambitieux…

Marc Desse - Photo : Ella Hermë
Photo : Ella Hermë

Benzine : Marc, raconte-nous, ça vient d’où la musique, chez toi ? De ton environnement familial ?

MD : Non, ce n’était pas vraiment familial même s’il y a des musiciens dans la famille, notamment ma grand-mère pianiste classique. Du coup, j’ai passé quelques années au conservatoire mais ça n’a pas été un coup de cœur… Lorsqu’on a déménagé en Espagne à mes 12 ans, du côté d’Alicante, ç’a été mon prétexte pour arrêter le piano. J’avais acquis les bases de solfège, mais je le percevais comme étant une corvée… Bien sûr, tu le regrettes plus tard, d’avoir arrêté…

J’aimais beaucoup écrire des poèmes, des petites nouvelles… J’écrivais en espagnol et quand je suis rentré à Paris, j’ai fait un break d’un an pour réapprendre le français avant d’aller à la fac de Lettres. C’est à ce moment-là qu’on m’a offert ma première guitare… Je ne suis pas passé par l’étape « reprises », j’ai tout de suite voulu mettre mes textes en musique, j’avais des mélodies qui me venaient… Au départ mes chansons étaient très longues, pas du tout structurées puis j’ai rencontré d’autres musiciens à la fac, on a monté un premier groupe, qui s’appelait Théâtre Métamorphosis. Un nom compliqué ! Celui d’une péniche qui se trouvait à côté de Notre-Dame. En 2008, on répétait souvent sur les quais avant d’écumer les open-mics du coin. On avait joué dans des endroits comme le Pop In, l’International, l’Espace B… Ça n’a jamais pris mais c’était formateur. On a démarré sur du blues / psyché et à la fin c’était plus punk / new wave (rires).

Benzine : Et ton passage en solo ?

MD : Le groupe s’est arrêté en 2011… Entre temps, j’avais connu les musiciens d’un groupe anglais que j’adorais, ça s’appelait The Notes. Ils venaient de sortir un très bel album sur Bleeding Gold Records, un tout petit label créé par Roger Preston à San Diego. Ce Roger est un vrai défricheur de groupes ! Il a un réseau indie de distribution dans le monde entier : au Japon, en Corée, aux USA… Quand The Notes ont splitté j’ai sorti un de mes titres, Petite Anne, sur un split 45t vinyle avec le bassiste qui faisait une musique qui collait bien avec la mienne avec son projet The Pipers. A l’époque j’écoutais beaucoup d’indie pop, j’avais découvert the Field Mice, les Pastels, toute cette scène… J’enregistrais à l’arrache… J’avais appris à me servir d’un logiciel, mais ça me prenait un temps fou. Je faisais tout dans mon coin, je n’avais plus envie d’avoir de groupe. J’ai fait un EP, Romance, un pur exercice de style, le genre de choses que je n’aime plus trop… Je ne l’ai même pas mis sur les plateformes !

Benzine : On en arrive à ton premier album, Nuit Noire

En 2011, j’ai rencontré Dave Graw, un musicien originaire de Détroit. Il m’avait proposé d’enregistrer des batteries sur mes morceaux à distance. On a fait l’essai sur le titre Video Club puis on a continué sur Nuit Noire. J’enregistrais tout avec une boite à rythme à Paris, je lui envoyais ça et lui faisait les batteries. On a fait tout l’album comme ça en 2012-2013 puis c’est sorti en 2014. Je voulais avoir un label en France, parce qu’un label à l’autre bout de la terre, c’était compliqué… Le label Bordeaux Rock m’a proposé de le sortir, de gérer la partie promo… Et c’est là qu’il y a eu de bons retours, ça a été une surprise ! Grâce à ça j’ai pu  faire de belles premières parties: Temples, Etienne Daho, un festival Oui FM, des concerts en Belgique… 

Benzine : Ton nom a été associé à l’époque à celui de Hedi Slimane…

Oui, j’ai été invité par Hedi Slimane, qui était le créateur de Yves Saint Laurent à l’époque à me rendre aux défilés.  Ce fut une chouette expérience ! Je me suis retrouvé fin 2014 à assister à des défilés et des aftershows de Saint Laurent. Ça m’a permis de rencontrer pas mal de musiciens qui sont devenus des potes – François Mary, La Femme, Grand Blanc… On a tous été conviés à Los Angeles pour un shooting photo avec Hedi. C’était pour la campagne Paris Sessions illustrée par des photographies de jeunes musiciens français. On était comme en colo… (rires)

Benzine : Au final, il s’est écoulé beaucoup de temps entre tes deux albums…

MD : La production du deuxième album a été compliquée… Ça m’a demandé beaucoup d’énergie, mais je suis content du résultat. Après quelques accidents de parcours, on a repris le travail avec Gaël Etienne en 2018 qui a réalisé l’album puis on est reparti à Détroit avec la même team dont Dave. L’objectif était de sortir une musique mieux produite et de faire évoluer le style du premier album vers quelque chose de plus lumineux. Le côté positif, c’est qu’on a pu choisir les meilleures chansons sur 4 ans, entre 2014 et 2018.

Du coup, il s’est passé 7 ans entre les deux albums, mais il faut décompter le Covid ! Le second album a été terminé en 2019, il est sorti en juin 2021 alors que le premier single était sorti fin 2019… 

Sortir finalement cet album et pouvoir faire des concerts, ça m’a fait bien fou !

Benzine : A propos de concerts, on a été très impressionnés par ton groupe sur scène, lors de ton passage au Supersonic

MD : On a été ravis de voir comment ça marchait bien à quatre, c’était bien rock alors que l’album est volontairement plus pop, plus doux, plus orchestrés… Mais c’est primordial pour moi d’adapter les morceaux à la scène et aux contraintes que l’on puisse avoir. Je préfère limiter au maximum l’usage de bandes et me concentrer sur le jeu avec les musiciens… Ceci dit, fondamentalement, le seul morceau joué de manière radicalement différente, c’était Bleu Turquoise, car normalement je le joue tout seul, mais j’avais voulu lui donner une touche « à la Byrds » cette fois.

Marc DesseBenzine : Parle-nous un peu de tes influences, qui ne sont pas évidentes à la première écoute…

MD : Les variétés française et espagnole ont toujours été là, depuis mon enfance, des sixties aux eighties. J’adore la pop anglaise, le rock psychédélique, ce sont les Doors qui m’ont donné envie de faire de la musique. Morrison écrivait et chantait… Moi, chanter, j’ai appris sur le tas… Mais j’ai un chanté un peu parlé… 

Benzine : Est-ce qu’on peut parler de projets ?

MD : Oui ! Aujourd’hui, j’ai plusieurs projets en cours. D’abord, depuis le début de l’année, je travaille sur de nouveaux morceaux avec Antoine Rault, un très bon ami que j’ai rencontré alors qu’il était musicien pour Lescop

Il y aussi des morceaux qu’on a fait il y a longtemps avec Gaël Etienne et qui ne sont jamais sortis, l’idée serait de les enregistrer en live pour se rapprocher de ce que tu as vu au Supersonic. 

Et puis j’écris aussi sur la musique de Dave Graw, qui est dans un style plus ambient. Il faut que tu écoutes ça ! Il commence à ajouter de la batterie et de la basse… ça devient plus pop… Dave a composé un super morceau pour lequel j’ai écrit un texte, en français et en anglais. Ça devrait sortir bientôt ! D’ailleurs, depuis toutes ces années de collaboration, Dave et moi, on a joué ensemble une seule fois physiquement, c’est incroyable… (rires)

Benzine : Promis, on écoutera ce que fait Dave Graw ! En tous cas, tiens-nous au courant de l’avancement de tes projets, et surtout de tes prochains concerts !

Paroles recueillies par Eric Debarnot

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