EggS – A Glitter Year : l’esprit et la lettre du Dunedin Sound… en France !

En s’inspirant des grands groupes néo-zélandais, EggS ne choisit pas la route la plus facile pour conquérir le grand public en France. Peu importe ! A Glitter Year est un cadeau réjouissant pour tous ceux que l’élégance stylistique ravit dans le Rock.

EggS
EggS © Jules-Vandale

Nouvelle-Zélande, début des années 1980. Le label Flying Nun place le pays sur la mappemonde rock avec des groupes tels que les Verlaines, les Chills, The Clean, The Jean-Paul Sartre Experience, les Bats… Des groupes se caractérisant souvent par l’influence de la raideur rythmique et du son de guitare du Velvet Underground à laquelle vient parfois s’additionner l’héritage pop des Beatles et des Byrds. Un Pavement et un R.E.M. déclareront leur flamme au Dunedin Sound. Qui d’une certaine manière aura poussé à l’extrême la volonté d’anti-glamourisation, d’anti-starisation et de refus du lyrisme du rock indépendant des années 1980. Manque de pot : la postérité aura plutôt retenu en premier lieu sur la période le bruitisme de Sub Pop and co (Sonic Youth, Hüsker Dü…), le surréalisme des Pixies, les groupes indie avec frontmen « à voix » et/ou charismatiques (Echo and the Bunnymen, R.E.M., les Smiths…).

A Glitter YearIl y a fort à parier que les Parisiens de EggS ne seront pas au rock français ce que les Strokes furent au rock US des années 2000 : un groupe remettant le genre musical au premier plan de la pop culture de leur pays d’origine. Et ils partagent d’ailleurs avec le Dunedin Sound la même posture “I don’t wanna be a star”, comme le suggère l’ironique titre de leur premier album faisant référence au confinement. Mais à la première écoute cet album est un peu, toutes proportions gardées, au Dunedin Sound ce qu’il y a 32 ans le premier album des La’s fut au rock anglais des années 1960. Un album qui aurait exactement le son de ses modèles mais n’aurait pas oublié d’allier à la lettre de ses influences leur esprit. Une copie qui ne serait pas du Musée Grévin.

Sauf que si le groupe retrouve la lettre et l’esprit de ses modèles c’est parce qu’il ajoute au déjà entendu des contrepoints et variations par petites touches. Si la guitare et le chant de Charles Daneau semblent avoir élu résidence du côté des Verlaines, le contrepoint est apporté par deux membres du groupe En Attendant Anna : le chant doucereux évoquant Sarah Records de Margaux Bouchaudon et le saxophone de Camille Fréchou. C’est dans les dialogues de ce « trio » que l’album trouve un peu de dynamique et de singularité : Turtle Island, morceau acoustique dans lequel Bouchaudon et Fréchou sont absentes, est « seulement » un excellent pastiche des moments d’accalmie de Dinosaur Jr et Sebadoh.  Dans les variations par petites touches, on compte l’ajout de synthétiseurs à la Elvis Costello and the Attractions à la power pop très néo-zélandaise de Daily Hell. Ou les synthés atmosphériques années 1980 de Still Life et We Were Soldiers.

Alors oui, le Dunedin Sound a moins de nostalgiques que le rock anglais des années 1960, et du coup cet album aura du mal à atteindre, même à l’échelle hexagonale, le même culte que celui des La’s. De plus, le rock français chanté dans la langue de Shakespeare n’a jamais fonctionné auprès d’un large public, comme le montrent les expériences Dogs et Little Bob Story. Pas grave : A Glitter Year est un excellent album de rock français de 2022, sorti sur le label du batteur des Field Mice.

Ordell Robbie

EggS – A Glitter Year
Label : Howlin Banana Records
Date de publication : 4 novembre 2022

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