[Cannes 2024] Jour 3 : City of Darkness, Bird, Desert of Namibia…

Cinq films étaient au programme de ce vendredi 17 mai avec, dedans, du bourre-pif chinois, du social britannique, du social roumain, une bipolaire au Japon et un réveillon américain. Résumés et avis à chaud…

City of Darkness, de Soi Cheang

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City of Darkness est le nouveau film du cinéaste Soi Cheang, après la « sensation » Limbo, d’une maitrise graphique indéniable, mais d’une nullité abyssale en termes d’écriture, associée à une complaisance vraiment gênante pour la violence. Erreurs réparées avec ce roboratif film de bagarre où les gangs s’affrontent pour le contrôle d’une Citadelle, un bidonville géant en périphérie de Hong-Kong. La direction artistique est superbe, les lieux dynamiquement mis en valeur et les combats d’une inventivité cartoonesque. Aucun mobilier ne résiste aux adversaires dans un délire croissant où l’on se frappe à la théière rouillée, on embrasse goulument des mur de briques et l’on déguste des braises comme des apéricubes. (Hors compétition – Sortie le 4 septembre 2024)

Bird, de Andrea Arnold

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Andrea Arnold reprend les thématiques déjà abordées dans Fish Tank ou American Honey sur les déclassés et leur combat ordinaire pour garder espoir, voire quelques bribes de poésie dans un monde brutal. Il ne faut surtout pas trop dévoiler l’intrigue pour pouvoir se laisser surprendre par cette fable assez étonnante, très juste dans son jeu, même si un peu trop arty par instants, avec quelques affèteries musicales un peu gratuites. Pas de quoi gâcher l’ensemble cependant. (En compétition pour la Palme d’or)

Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde, de Emanuel Parvu

Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde

Voilà une très bonne surprise ! Le film raconte l’agression subie par un jeune homme dans un village reculé de Roumanie, et la manière dont l’enquête qui suit va cristalliser toutes les tensions et faire surgir les démons de l’intolérance et du fanatisme. Brillamment écrit, mis en scène au scalpel, le film parvient à tenir ce rare point d’équilibre entre beauté plastique, justesse du ton et finesse évitant tout didactisme ou complaisance. Un prix du scénario ou de la mise en scène n’est à ce stade de la compétition pas à exclure. (En compétition pour la Palme d’or)

Desert of Namibia, de Yôko Yamanaka

Desert of Namib

On nous avait pourtant annoncé un film « vibrant » et « énergique » sur la jeunesse tokyoïte, je n’ose pas imaginer le résultat s’il avait été qualifié de « contemplatif », ce terme généralement choisi pour préparer les spectateurs à l’ennui. Soit la descente d’une jeune fille se découvrant progressivement des syndromes de bipolarité, et dont on va retranscrire en exhaustivité le désœuvrement, l’ennui, l’indécision et quelques crises de rage. Elle regarde des vidéos de girafe buvant dans le désert (d’où, j’imagine, le titre), frappe beaucoup son petit ami qui passe une bonne partie du film à s’excuser sans savoir pourquoi et ramasse les objets qu’elle balance au sol. 137 minutes qui passent en années. De chien. (Quinzaine des Cinéastes)

Christmas Eve in Miller’s Point de Tyler Taormina

Christmas Eve in Miller’s Point

Un film qui se résume à son pitch : Une nuit de Noël, dans une famille nombreuse, et tous les ingrédients qui vont avec, du repas aux chansons, de l’alcool aux différentes perceptions des trois générations en présence. C’est émouvant, assez poétique – on pense pas mal à Wes Anderson pour le travail sur les arrière-plans ou le comique insolite – et très sincère de la part du cinéaste. Quand le public comprend, au bout de 45 minutes, que le film n’aura en revanche strictement rien à raconter, les réactions ne se font pas attendre : les départs sont nombreux, même à l’orchestre, mais qu’on se rassure : l’équipe ne voit pas les rangs derrière elle… (Quinzaine des cinéastes)

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