Le Top 25 Benzine des meilleurs albums du premier quart du XXIe siècle

Au 31 décembre 2025, nous avons donc bouclé le premier quart du XXIe siècle, et, à l’image d’autres médias (l’idée n’est pas de nous), nous avons voulu jeter un regard dans le rétroviseur, avant d’entamer un nouveau quart de siècle qui s’annonce pour le moins « homérique ». Voici donc les 25 albums que l’équipe de la rédaction de Benzine a élus – avec beaucoup de difficultés, car la liste initiale proposée était de 174 disques ! – pour les années 2001-2025.

Top 25 albums MEA

A parcourir les réseaux sociaux – qui ne sont pas (plus ?) une référence, mais quand même – on ne peut être qu’atterré par la multiplication de propos réactionnaires, même dans le domaine de la musique. A croire la « majorité silencieuse », il n’y a rien eu d’intéressant à poser sur sa platine – ou à écouter en streaming, bien sûr – depuis la fin des années 90, voire 80 pour les plus nostalgiques. Certes le Rock n’est plus aujourd’hui la grande musique « populaire » qu’il était, et il a été supplanté par le rap ou l’électro, et par les nouveaux courants de la « pop » globale. Mais cela ne veut pas dire, du moins à notre avis, que la qualité des albums ait baissé, au contraire. La preuve en est que quand nous avons tenté de construire cette sélection, avec nos rédacteurs, il a semblé quasiment impossible – et certains dans l’équipe ont même déclaré forfait – de réduire 25 ans de passion musicale à 25 albums. Et ça, n’en déplaise à ceux que le XXIe siècle afflige (du moins du point de vue musical), c’est une très bonne nouvelle.

L’autre bonne nouvelle, c’est que la liste que nous avons finalement réussi à établir est une jolie photo, par ailleurs équilibrée, de ce qui nous semble avoir marqué notre vie entre 2001 et 2025 : on y trouve une belle multitude de genres, de styles, d’origines (oui, il y a même du rap et de l’électro, car pas mal d’entre nous en écoutent aussi)… Et même si chaque lecteur n’y trouvera pas tous ses coups de cœur, évidemment, il y a la satisfaction de voir que la musique que nous aimons n’a rien d’élitiste, de confidentielle, mais qu’elle peut faire encore battre le cœur et bouger le corps d’une bonne partie de la population terrestre.

Cette liste est toutefois loin d’être « parfaite », elle est visiblement déséquilibrée au profit des disques de la première décennie, ce qui tendrait à prouver que nous-mêmes sommes sujets parfois aux ravages de cette maudite nostalgie ! Ou, espérons-le, que les grands albums ont besoin de temps – soit une denrée rare aujourd’hui – pour s’imposer de manière définitive dans nos vies. On se donne rendez-vous en janvier 2051, pour la suite ?

Les 25 albums du premier quart du XXIe siècle ont été sélectionnés par Alexandre, Mathieu, Benoît, Jean-Christophe, Ordell, Laurent (Fegly), Laetitia, Jérôme et Eric. Ils ne sont pas classés par ordre de préférence, mais par année de parution.

Top 25 albums 01

The Strokes – Is This It (2001)
Le coup de tonnerre rock du début de siècle. Guitares sèches, nonchalance étudiée, songwriting minimal et immédiat. Is This It réactive l’héritage new-yorkais (Velvet, Television) avec une fraîcheur insolente, redonnant au rock une urgence qui a immédiatement séduit la planète entière.

Daft Punk – Discovery (2001)
Un disque de la mue et de l’explosion pop. Daft Punk embrasse la mélodie, l’euphorie et la culture disco-house, sans renier l’électronique. Un album lumineux, visionnaire, qui redéfinit la musique dance grand public et influence durablement pop, électro et hip-hop.

Alain Bashung – L’Imprudence (2002)
Une oeuvre crépusculaire et hantée. Bashung ralentit le tempo, creuse l’ombre, sublime l’ellipse. Textes labyrinthiques, arrangements organiques, voix spectrale : L’Imprudence impose une radicalité poétique rare, loin du format chanson, et s’affirme comme un sommet de maturité artistique.

Interpol – Turn On The Bright Lights (2002)
Le premier retour du post-punk, en version nocturne et urbaine. Basse en avant, guitares tranchantes, voix désincarnée : Interpol capture l’angoisse moderne avec une élégance glacée. Un premier album cohérent et tendu, qui redonne au rock une gravité romantique et marquera toute une génération.

Queens of the Stone Age – Songs for the Deaf (2002)
Un road-movie halluciné à plein volume. Riffs massifs, groove implacable et énergie brute. Josh Homme et sa bande signent un disque à la fois accessible et abrasif, un sommet du heavy rock moderne, où chaque morceau frappe avec une efficacité redoutable. Et y a même des tubes !

Top 25 albums 02 B

Sparks – Lil’ Beethoven (2002)
La renaissance la plus audacieuse. Les frères Mael déconstruisent leur pop enjouée et mélodique via des répétitions obsessionnelles, des chœurs martelés, en poussant encore plus loin leur humour absurde. Minimaliste et théâtral, Lil’ Beethoven ouvre une nouvelle ère pour Sparks, qui prouvera que le succès commercial peut revenir après 30 ans de carrière.

The White Stripes – Elephant (2003)
Un blues primal et rock dépouillé. Duo réduit à l’essentiel, son cru, riffs mémorables. Elephant impose une esthétique analogique et radicale, tout en accouchant d’hymnes immédiats. Jack White y affirme un classicisme sauvage devenu emblématique non seulement des années 2000, mais de ce premier quart de siècle.

Radiohead – Hail To The Thief (2003)
Un album de tensions et de fractures. Radiohead y mêle rock nerveux, expérimentations électroniques et colère politique post-11 septembre. Moins conceptuel que Kid A, plus instable et fiévreux, Hail to the Thief ingère l’angoisse de son époque et la transforme en matière électrique.

Arcade Fire – Funeral (2004)
Une épopée collective et émotionnelle. Chœurs, cordes, urgence vitale : Funeral transforme l’indie rock en catharsis universelle. Album de deuil et d’élan, il comprend et transcende l’intensité de la jeunesse, et impose Arcade Fire comme le groupe porte-voix d’une génération en quête de sens. Le succès va être immense…

Daniel Darc – Crèvecoeur (2004)
Un retour fragile et bouleversant. Darc met son âme à nu, entre romantisme désespéré et pudeur extrême. Écriture limpide, mélodies délicates, voix brisée : Crèvecœur touche par sa sincérité absolue, et s’impose comme l’un des grands disques français des années 2000.

Top 25 albums 03

Franz Ferdinand – Franz Ferdinand (2004)
Une pop rock angulaire et dansante. Riffs secs, basse nerveuse, sens du refrain imparable. Franz Ferdinand réconcilie rock et dancefloor avec ironie et élégance. Un premier album incisif, qui incarne parfaitement l’optimisme de la jeunesse.

LCD Soundsystem – LCD Soundsystem (2005)
Un disque manifeste et schizophrène. James Murphy mêle ironie, références underground et pulsation dance. Entre punk, électro et confession générationnelle, cet album capte l’esprit d’une scène new-yorkaise vieillissante mais lucide, transformant le malaise en hymnes fédérateurs.

MGMT – Oracular Spectacular (2007)
Une psych-pop acidulée sous faux airs naïfs. Derrière les tubes planétaires, MGMT propose un disque inventif, coloré et mélodiquement riche. Oracular Spectacular incarne une pop cérébrale et accessible, capable de conjuguer expérimentation, ironie et immédiateté.

Portishead – Third (2008)
Un retour sombre et abrasif. Portishead rompt avec le trip-hop feutré pour une matière plus industrielle, tendue et anxiogène. Third est un disque de rupture, exigeant et sans concession, qui transforme l’attente en choc esthétique durable.

Vampire Weekend – Vampire Weekend (2009)
Une pop érudite et faussement légère. Influences africaines, élégance mélodique, énergie punk, textes ironiques : Vampire Weekend impose un son singulier, solaire et sophistiqué. Un premier album vif et distinctif, qui renouvelle la pop indé US avec intelligence et insouciance (apparente).

Top 25 albums 04

Beach House – Teen Dream (2010)
L’apogée de la dream pop contemporaine. Claviers vaporeux, voix diaphane, mélancolie lumineuse. Teen Dream enveloppe l’auditeur dans une douceur hypnotique, atteignant un équilibre rare entre accessibilité et contemplation, et installe durablement Beach House dans le paysage indie.

Kanye West – My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010)
Une oeuvre monumentale et baroque. Kanye West transforme l’excès en art total : production luxuriante, ego mis à nu, ambition démesurée. MBDTF est un sommet du hip-hop moderne, où confession, provocation et génie formel cohabitent sans filtre.

Kendrick Lamar – Good Kid, M.A.A.D City (2012)
Un récit initiatique et cinématographique. Kendrick Lamar chronique Compton avec une précision narrative rare, entre lucidité sociale et introspection. Un album concept d’une cohérence exemplaire, qui impose Kendrick comme conteur majeur et conscience du rap contemporain.

Tame Impala – Lonerism (2012)
Un psychédélisme introspectif et moderne. Kevin Parker mêle textures analogiques, mélodies pop et isolement existentiel. Lonerism élargit le rock psyché à une dimension intime et sensorielle, devenant un disque générationnel pour une pop tournée vers l’intérieur.

Nick Cave & The Bad Seeds – Push the Sky Away (2013)
Un disque de retenue et de murmure. Nick Cave privilégie la tension, l’espace et la suggestion. Minimaliste et hypnotique, l’album capte une beauté fragile, où chaque mot compte. Une œuvre de maturité, qui redéfinit la puissance par la retenue.

Top 25 albums 05

Dominique A – Éléor (2015)
Une épure et une clarté retrouvée. Dominique A simplifie les formes pour mieux faire surgir l’émotion. Chansons lumineuses, arrangements aérés, écriture directe : Éléor marque une renaissance douce, prouvant qu’intensité et sobriété peuvent coexister avec évidence.

David Bowie – Blackstar (2016)
Un testament crépusculaire et audacieux. Bowie affronte et trompe la mort par l’expérimentation, mêlant jazz, art-rock et énigmes symboliques. Blackstar bouleverse par sa lucidité et son inventivité, offrant une sortie magistrale à un artiste qui n’a jamais cessé de se réinventer.

Bob Dylan – Rough and Rowdy Ways (2020)
Le retour inspiré d’un conteur intemporel. Dylan médite sur l’histoire, la mort et l’Amérique avec une liberté totale. Voix rugueuse, textes foisonnants : Rough and Rowdy Ways confirme une fin de carrière étonnamment fertile et profondément habitée.

Fontaines D.C. – Skinty Fia (2022)
Une colère sourde et une identité fracturée. Fontaines D.C. assombrit son post-punk, creuse l’exil et le malaise irlandais. Skinty Fia gagne en densité et en gravité, affirmant un groupe en pleine mue, plus politique et introspectif que jamais.

Beth Gibbons – Lives Outgrown (2024)
Un premier album solo certes tardif, mais profondément intime. Beth Gibbons y déploie une folk dépouillée, organique et grave, portée par une voix toujours habitée. Lives Outgrown explore le temps, la perte et la résilience avec une pudeur bouleversante, loin de toute nostalgie facile.

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