Dans un récit bouleversant, Anne Terral explore le manque et l’absence, celui d’un père parti trop tôt. Entre souvenirs d’enfances et voyage imaginaire, elle compose un texte court, intense et dépouillé, où la douleur du deuil s’exprime avec beaucoup de délicatesse.

C’est l’histoire d’une gamine qui devient orpheline de père à l’âge de dix ans et qui doit continuer à avancer dans la vie, malgré le manque, malgré la douleur, malgré l’absence.
Puis un jour, devenue adulte, bien longtemps après une disparition dont on ne se console pas, elle décide de faire revivre son père et de l’embarquer dans un voyage à deux, post-mortem, à travers l’Europe. Dans la vieille 403 du papa, les voilà partis sur les routes pour vivre avec lui ce qu’elle n’a pas pu connaître durant son enfance et son adolescence, lui dire les choses qu’elle a sur le cœur, partager de petits moments, tenter d’exorciser la douleur de la perte. Un voyage imaginaire évoqué à travers des phrases courtes, comme écrites dans l’urgence, avant que tout ne s’arrête.
(…) Tous ces jours où je n’ai pas grandi sous tes yeux
et où tu n’as pas vieilli sous les miens.
Je te rends ton absence, je n’en peux plus.
Je te rends mon deuil, je n’en veux plus. (…)
En parallèle de ce voyage imaginaire, Anne Terral se souvient, pour de vrai cette fois, de son adolescence, de ces années entre dix et vingt ans durant lesquelles elle a ressenti la disparition du père à travers le regard et la parole des autres. Elle n’a pas oublié la manière dont il a fallu gérer ce handicap. Elle se souvient de tout : de ce qu’elle a imaginé, seule ou avec ses copines, mais aussi des angoisses, des traces psychologiques profondes qu’a laissées cette absence.
Avec ce récit empreint d’une grande sensibilité, qui joue sur l’alternance entre souvenirs et rêve éveillé, Anne Terral signe un livre court et intense, difficile à lâcher tant on est emporté par un propos extrêmement émouvant, par la profondeur, la poésie et la délicatesse qui s’en dégagent.
Un récit porté par une écriture dépouillée, sans superflu, qui parvient à raconter, sans emphase, la douleur et les sensations, aussi insaisissables soient-elles, d’une enfant meurtrie à vie par l’absence.
(…) le mien, de père, ne sera jamais vieux. Le mien n’aura jamais un gros ventre ni des soucis de prostate, un dos voûté et des trous de mémoire. Je ne le verrai pas vieillir, je n’aurai pas à m’inquiéter pour sa santé, ni à lui acheter une canne et encore moins à lui trouver une maison de retraite. Je ne m’occuperai pas de lui et avec lui, je ne me disputerai jamais.
J’ignore si c’est enviable ou pas. (…)
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Benoit RICHARD
