« Debout, comme une reine » d’Emily Barnett : à la recherche de Sophie Toscan du Plantier

Qui était Sophie Toscan du Plantier, sauvagement assassinée en Irlande, en 1996 ? Épouse du producteur  Daniel Toscan du Plantier, elle était une jeune femme sensible et cultivée, éprise de liberté. Elle pensait l’avoir trouvée, à West Cork, dans cette maison blanche battue par les vents, face à l’océan. Mais c’est là aussi que le destin allait la mettre face à Ian Bailey.

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« Elle fut enterrée debout, comme une reine ». Cette phrase dont elle a tiré le titre de son roman, Emily Barnett l’a empruntée à un texte de Sophie Toscan du Plantier. Sans doute sommes-nous nombreux à nous souvenir de l’assassinat de cette jeune femme. C’était quelque part en Irlande, au bord de l’océan, le 23 décembre 1996. Je n’avais jamais entendu parler d’elle jusque là et n’étais pas la seule : si l’affaire avait fait grand bruit à l’époque, c’est parce qu’elle était l’épouse de Daniel Toscan du Plantier. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que la discrète et sensible Sophie produisait des documentaires pour la télévision et se consacrait secrètement à l’écriture. Pour Emily Barnett, se lancer sur les traces de Sophie Toscan du Plantier, ce n’était ni raconter sa vie de « femme de » ni ressusciter un fait divers sanglant. C’était partir à la recherche de Sophie Bouniol qui, loin de la France et de son célèbre mari, s’était créé à West Cork une « lande intérieure » à l’image de ces paysages irlandais qu’elle aimait tant.

Debout-comme-une-reineEmily Barnett dit avoir conçu son roman comme « une tentative d’élucidation intime » des circonstances de la mort de Sophie Toscan du Plantier. Du point final d’une existence, elle fait le point de départ d’une enquête pour laquelle elle va convoquer non seulement tout ce qui s’est écrit sur le meurtre mais aussi les textes et les manuscrits non édités de Sophie, les témoignages de sa famille – son fils, son cousin, sa tante – et de ses amis – entre autres, Sylvie Pialat. Si bien qu’en cherchant à comprendre la mort de Sophie, c’est sa vie qu’elle interroge : qui était cette jeune femme peu versée dans les mondanités, qui avait choisi de faire de cette maison isolée, rustique et mal chauffée, son espace de liberté, son refuge, au point de venir y passer Noël loin des siens ? À Toormore, Sophie aimait travailler, lire au coin du feu, parcourir la lande peuplée de moutons, contempler l’océan et le phare du Fastnet. Profiter du calme, dans ce hameau où tout le monde se connaissait et où personne ne fermait sa porte à clé.

Le mystère qui entoure les circonstances de la mort de Sophie Toscan du Plantier – retrouvée au matin par sa voisine, gisant dans son jardin, vêtue d’un pyjama et de bottes, abominablement défigurée – ne porte pas sur l’identité de son assassin. Le livre d’Emily Barnett ne repose pas sur un suspense policier et ne dévoile rien de sensationnel : très vite, les soupçons se sont portés sur le voisin de Sophie, Ian Bailey, un journaliste alcoolique de 39 ans, connu pour ses violences envers les femmes. Condamné par contumace à 25 ans d’emprisonnement par la justice française, l’homme ne sera pourtant jamais extradé. C’est vers la fiction que s’est orientée l’auteur pour faire revivre Sophie ou du moins perpétuer sa mémoire. Reconstituant ses derniers jours, ses dernières heures, ses derniers instants, imaginant ce qu’avaient pu être ses rapports avec Bailey : elle, l’introvertie amoureuse de la poésie irlandaise, lui, le poète auto-proclamé faisant entendre ses vers le soir dans les pubs.

Pourquoi Emily Barnett s’est-elle intéressée à Sophie Toscan du Plantier ? Elle parle d’un sentiment de gémellité, affirme s’identifier à elle ou à ce qu’elle devine d’elle, se souvient avoir partagé les mêmes élans et les mêmes terreurs qu’elle. Le dire est une façon de légitimer sa démarche plus que de se mettre en avant, si bien que jamais le rapprochement ne nous parait déplacé. Il passe essentiellement par le lien à la nature sauvage, au vent, à l’océan, que l’auteur éprouve depuis l’enfance dans sa maison de famille du Cotentin -« la petite Irlande. C’est aussi un attachement viscéral qui unissait Sophie à l’Irlande. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de penser en regardant son visage – ses cheveux blonds, sa peau laiteuse, ses taches de rousseur – qu’elle avait trouvé là-bas ses véritables origines. Le destin a voulu que cette terre qu’elle avait élue comme sienne devienne celle de sa mort et que le lieu où elle avait trouvé sa liberté soit celui qui l’en prive à jamais.

Anne Randon

Debout, comme une reine
Roman d’Emily Barnett
Editions Gallimard
216 pages – 20,50€
Date de parution : 15 janvier 2026

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