Dans son dernier roman, l’hilarant Killing me softly, Jacky Schwartzmann évoque Baxter Dury et Måneskin Un des passages les plus drôles du livres. Une raison suffisante pour lui demander de nous parler de ses coups de coeur musicaux d’hier et d’aujourd’hui.

5 disques du moment :
MIKI : Industry Plant
J’ai effectué une résidence à la SMAC de Besançon, La Rodia, dans le cadre de leur festival Détonation. J’ai assisté à toutes les réunions, de la présentation à la presse à la commission de sécurité et, évidemment, aux concerts. Je suis tombé par hasard sur Miki et ai été subjugué par une chose : sans avoir jamais entendu ses morceaux, au moins cinq d’entre eux ont eu sur moi l’effet d’un tube entendu des milliers de fois. Cette meuf est une usine à tubes. Ses textes sont toujours drôles, parfois profonds, toujours touchants, comme ça, en passant… Et puis sans le savoir, nous avons vécu dans le même quartier, Belair, à Luxembourg.
THE STROKES : The new abnormal
Jusqu’à il y a peu j’étais persuadé que le meilleur groupe de ce début de ce XXIème siècle était Vampire Weekend. Mais je suis tombé sur un post de l’ami Thomas VDB, qui encensait cet album de The Strokes. Que j’écoute en boucle depuis. Celui-là, et les autres, ainsi que tout ce que fait Julian Casablancas.
BAXTER DURY : Allbarone
Le début de mon dernier roman, Killing me softly, relate le concert du groupe Måneskin, à Rock en Seine. Cadeau d’anniversaire pour mes deux filles ados, qui étaient fans. Je n’ai pas pu assister au concert de Baxter Dury, qui passait le lendemain. Déception. Pour me venger, dans le roman, je fais buter le guitariste du groupe italien, juste parce qu’il fait trop de solos. Heureusement, en décembre dernier, ce raté a été réparé, puisque j’ai assisté au concert de Baxter Dury, à la salle Pleyel…
LORENZO : Sex in the city
Je suis d’une génération qui a grandi avec NWA, Public Enemy, The Roots et le Suprême NTM. Cela fait des années et des années que toutes les nouveautés en rap m’ennuient à un niveau prodigieux. Les textes n’évoquent que des bitchs, ou alors de grosses ventes d’album, du succès et de l’argent. L’unique obsession de ces jeunes gens est d’être riche et de se taper des filles à l’arrière de limousines. Des crétins. Et puis il y a Lorenzo… Le feu sacré de NTM, l’humour et la poésie de Stupeflip. Nique la BAC !
MARLON MAGNÉE : Dark Star
Marlon Magnée est l’un des membres fondateurs du groupe La Femme, que j’ai découvert il y a peu de temps à une teuf de vieux, puisque c’était les 50 ans d’une copine. Un album de 2013, Psycho Tropical Berlin, une gifle. Entre Mustang, le groupe clermontois, les Pixies et… Plastic Bertrand ! En mars prochain sort ce premier album solo de Marlon Magnée, dont les deux premiers titres sont aussi disponibles que tonitruants.
5 disques pour toujours :
DAVID BOWIE : Ziggy Stardust
Parce que les albums dont aucune chanson n’est à jeter et dont chaque note est à sa place sont rares et exceptionnels. J’aurais pu choisie Hunky Dory. J’aurais pu choisir Space Oddity, uniquement pour le titre éponyme. Mais Ziggy demeure l’album parfait et a le même âge que moi… 1972.
PRINCE : Purple Rain
Idem, quand on sélectionne Prince, quel album choisir ? Celui-là, pour des raisons musicales évidentes, et parce que j’ai découvert cet album en URSS, en 1989, alors que les jeunes soviétiques de mon âge écoutaient et idolâtraient la chanson… Nuit de folie, du groupe Début de soirée. « Tu sens la musique au bout de tes doigts… »
THE BEASTIE BOYS : Ill Communication
J’aurais pu mettre tous les albums des Beastie, en tout cas de Paul’s Boutique à Hello Nasty. J’ai découvert les Beastie en arrivant en fac de philo. J’écoutais alors Jacques Brel, les Doors et Boris Vian. Je me suis retrouvé avec des types qui étaient au courant de toutes les nouveautés, qui m’ont fait découvrir, en vrac, Jim Jarmusch, Robert Altman, Bret Eston Ellis ou Mathieu Kassovitz. Ils m’ont demandé pourquoi je n’écoutais que des mecs morts. Ils m’ont emmené chez le disquaire Music Machine, de Besançon. Et tout a explosé : Asian Dub Fondation, Portishead, Massive Attack, The Chemical Brothers, Archive, Morcheeba… Les Beastie Boys sont les patrons de cette vague.
DAFT PUNK : Homework
Les années 1995 et 1996 ont été tellement riches en nouveautés, en nouveau groupes ! Björk, Jamiroquai, j’en passe. Je pensais que c’était terminé, que j’avais vécu un âge d’or, que plus aucun groupe ne me sidérerait. Et puis un soir, chez mon vieux pote Simon, il me parle de ce nouveau truc un peu dingue, des Français, la putain de french touch, et bla, et bla, et bla. Simon décide de me prouver qu’il a raison. Il m’installe dans un grand fauteuil de lecture de son daron, dans le salon. Il m’allume un joint de beuh et lance Homework. Ce que ça m’a fait ? Comme si des ingénieurs de la NASA m’avaient foutu dans une navette et juste dit : « Accroche-toi à ton slip, celle-là, on n’a aucune idée d’où elle part ! »
PORTISHEAD : Dummy
Et de conclure avec l’album de tous les temps, parce qu’unique au monde. Les Beatles ont tout défoncé mais ils faisaient du rock. Eminem a tout défoncé mais il faisait du rap. Portishead a fait du Portishead, jamais aucun autre groupe au monde n’a erré sur leurs plates-bandes. Les basses vous défenestrent le cœur de la cage thoracique. La voix de Beth Gibbons vous pousse à vous dire que, oui, bon, pourquoi pas finalement : Dieu existe.
« Killing Me Softly », de Jacky Schwartzmann : un tueur à gages à l’EHPAD
