Le duo de 100 bullets, Brian Azzarello et Eduardo Risso, se reforme pour un étonnant western cruel et coloré. Un récit impitoyable, où la beauté des images contraste avec la brutalité des hommes.

À sa sortie d’une prison mexicaine, Carter est accueilli par ses deux frères. Sans foi ni loi, les braqueurs de branque ont soudoyé le directeur. Après s’être vengé, Carter part à la recherche d’Anna, son ancienne compagne. Peu de temps après, Daniel, Simon et Jack, de jeunes gamins, voient leur père adoptif, un pasteur prêchant la non-violence, assassiné par Carter, leur probable géniteur. Il a été tué sous les yeux d’Anna, leur mère. Les enfants refusent d’être placés dans des familles. Bien qu’Anna ne soit guère maternelle, ils partent à sa recherche.
Le scénario de Brian Azzarello tient plus des œuvres de Sam Peckinpah ou de Quentin Tarentino que des belles histoires de John Ford… Son Ouest est particulièrement cruel. Le destin des innocents et des doux y est souvent écourté. Ici, on s’écharpe, s’égorge et s’énuclée à bout portant. Le sang gicle, les corps peinent à tomber, les blessés jurent et râlent et les cadavres finissent dévorés par les chacals. L’album propose une scène de gunfights généralisés, d’un réalisme à la fois inoubliable et hallucinant. Tous contre tous. Juste après, sans transition, il nous offre une belle et poétique pause, dans un monde fantastique et morbide.
Les douces aquarelles d’Eduardo Risso tranchent agréablement avec la noirceur du propos. Son trait est vif et précis, sa nature est belle, ses cow-boys sont rudes et balafrés. Les femmes sont souvent des proies. Seules Anna et Chouette enragée, la Comanche, ont appris à se défendre.
Nous suivons les deux fratries, celle des tueurs et celle des orphelins. Les seconds marchent sur les traces, essentiellement des cadavres, laissées par les premiers. L’histoire est racontée par Simon, l’un des enfants. Leurs rôles sont particulièrement bien écrits. Si les gamins conservent, un temps, une fragile innocence, ils ne seront pas pour autant épargnés. Ils ne croiseront que des voleurs de chevaux et des gangsters, des tueurs et des chasseurs de prime. Comment survivre dans un monde livré à la violence ? Simon se choisira-t-il un père ? Les gamins sont-ils condamnés à vivre comme Carter et ses frères ?

Stéphane de Boysson
La Ballade des frères Blood
Scénario : Brian Azzarello
Dessin : Eduardo Risso
Éditeur : Delcourt
179 pages – 25,50 €
Parution : le 17 septembre 2025
La Ballade des frères Blood — Extrait :

