Si dans sa seconde saison, la série-phare de chez Prime prend une belle ampleur, son impact est affaibli par une narration excessivement fragmentée, qui dilue l’impact des scènes les plus fortes et fatigue le téléspectateur.

La première saison de l’adaptation par les Studios Amazon du jeu vidéo Fallout nous avait clairement moins convaincus que les adeptes du jeu, qui avaient apprécié d’y retrouver les éléments clés de son univers intégrés dans un scénario plutôt malin. Pour nous, l’équilibre du mélange de genres semblait souvent précaire, voire franchement instable, et il n’était jamais réellement clair à quoi « servait » le rire, quand il venait bouleverser des scènes atroces ou dynamiter des problématiques « sérieuses ». Si Fallout a un sujet fort, et plutôt d’actualité, celui de la capacité d’une humanité cupide, dévoyée par le capitalisme à outrance, de provoquer une apocalypse nucléaire pour l’enrichissement de certains, Geneva Robertson-Dworet et Graham Wagner, les showrunners, n’avaient clairement pas le génie d’un Kubrick dans son Docteur Folamour quand il s’agit de représenter de manière satirique la responsabilité d’un groupe restreint dans l’avènement du « pire » pour l’humanité toute entière. Mais sans doute en demandions-nous trop à une simple « série TV populaire »…

Cette seconde saison marque un indéniable progrès sur certains points : la découverte du New Vegas et des multiples conflits qui l’agitent offre une belle amplitude à Fallout, et le foisonnement de personnages pittoresques et de situations extrêmes, en dépit d’excès gore pas toujours maîtrisés, permettent de renouveler l’intérêt d’un univers post-apocalypique finalement très original. Les studios Amazon y ont mis clairement les moyens, et le spectacle est régulièrement divertissant, voire même fascinant, surtout quand les aspects « western spaghetti » renvoient à certaines images des grands films de Sergio Leone.
Et puis les scénaristes jouent la bonne carte en approchant de manière sérieuse les conflits vécus par les deux beaux personnages que sont Lucy (Ella Purnell, pas aussi à l’aise toutefois quand dans Sweet Pea) et The Ghoul (Walton Goggins, magnifique, qui pourrait bien être à lui seul la principale raison de regarder Fallout). Sans même parler du personnage passionnant et ambigu de Hank McLean, qui permet à Kyle MacLachlan de démontrer que les années l’ont lesté d’une crédibilité bienvenue. Le dernier épisode (The Strip) est particulièrement fort, et on se retrouve même surpris du niveau émotionnel atteint par instants.
Il y a malheureusement un défaut important, qui empêche notre adhésion totale à Fallout : c’est un choix de narration et de rythme pour le moins maladroit. En multipliant les points de vue, en accumulant dans un montage parallèle « éclaté » les histoires, les scénaristes sacrifient et le rythme de la série, et l’adhésion du téléspectateur bringuebalé en permanence, aussi bien dans le temps (avec l’une des histoires les plus passionnantes narrées en flashback) que dans l’espace. Les scènes les plus fortes sont systématiquement fragmentées, sans laisser assez de temps à l’immersion dans l’action ou dans les conflits psychologiques, et leur impact se trouve quasiment toujours dilué. Avec un rythme moins frénétique, en nous laissant « vivre avec » ces drôles de héros confrontés en permanence à des choix moraux impossibles ou à des situations inextricables, Fallout gagnerait largement en puissance. Et en force de conviction…
… Et puis, si les deux derniers épisodes sont réussis, on n’échappe pas à l’impression qu’ils servent aussi à nous « vendre » la troisième saison, avec un empilement de pistes scénaristiques et une accumulation de nouvelles menaces encore inconnues qui viendraient rebattre toutes les cartes. C’est là un procédé manipulateur qui n’est pas des plus agréables.
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Eric Debarnot
