[Live Review] The Divine Comedy à la Salle Pleyel (1er soir) : santé !?

Joie ! Neil Hannon est en tournée en France avec sa Divine Comedy. Au menu de cette première soirée à la Salle Pleyel, sourires de façade, mélancolie larvée, Donald Trump et alcool.

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The Divine Comedy à la salles Pleyel – Photo Jean O

Il y a quelque chose de réconfortant à retrouver The Divine Comedy, tous les deux ans environ, dans une prestigieuse salle parisienne. Quelque chose du domaine de l’assurance que certaines choses ne changent pas. Partout, le monde peut tomber en lambeaux, le droit international n’être plus que l’ombre de lui-même dans cet univers de prédateurs, où seuls les plus gros survivront, Neil Hannon reviendra nous enchanter avec ses comptines baroques et pop, et siffloter au bord du précipice avec ses airs de Scott Walker gentleman farmer.

The Divine Comedy Pleyel 02 03 Photo Jean O 2Quand la planète, en premier lieu le Moyen Orient, est au bord du précipice, l’Irlandais est lui au faîte de sa gloire, grâce au succès de Rainy Sunday Afternoon, le dernier album de son (faux) groupe The Divine Comedy. Publié en septembre dernier, cette nouvelle collection de chansons, enregistrée à Abbey Road, a trouvé son public, se classant numéro 1 des charts indie britanniques, et occupant une honorable place à sa sortie dans les charts tout court, au Royaume-Uni et en France, sa terre d’adoption (son second marché, diront les plus cyniques). Le voilà donc lancé dans une nouvelle tournée, étrennée au Royaume-Uni à l’automne dernier, se prolongeant en Europe continentale depuis quelques jours, puis lors de festivals d’été choisis. A cette occasion, ce sont de grandes salles, au maximum de ce que l’Irlandais peut remplir qui sont choisies, et cette première soirée à Pleyel s’est vendue en quelques clics, avant qu’une seconde, ouverte quelques semaines plus tard, subisse le même sort. Le tout pour une salle en configuration hybride assis-debout, avec une partie du parterre transformé en fosse, augmentant la jauge de 2.000 à 2.500 places, soit 5.000 tickets vendus pour deux soirs. Bref, et cela fait bizarre de l’écrire, The Divine Comedy aurait pu quasiment remplir le Zénith de Paris !

En tout cas, Neil et son groupe revenaient ce soir à Paris pour la première fois après sa résidence triomphante d’une semaine, en septembre 2023, à la Cité de la Musique, où il avait rejoué l’intégralité de son répertoire (ou presque), et si l’on exclut un showcase brouillon chez Gibert en octobre dernier pour accompagner la sortie du dernier album. Mais c’est aussi la nième fois, depuis ses débuts en 1993 : le démiurge de The Divine Comedy rappelle son premier passage à Paris ricanant de manière effarée face aux mains des témoins de l’époque qui s’élèvent dans Pleyel… Derrière le sourire, une mélancolie évidente, face au temps qui passe, aux « absent friends » et proches, ces ombres qui peuplent ce dernier Rainy Sunday Afternoon, funèbre mais maculé de trouées lumineuses, de vie, de joie, comme il a toujours su le faire.

The Divine Comedy Pleyel 02 03 Photo Jean O 3Après une demi-heure de bande son « cool », trempée dans le jazz et la pop doucereuse, mais avec aussi le Who By Fire de Leonard Cohen, Neil Hannon et son groupe investissent la scène de la Salle Pleyel juste après 21h. Le décor est simple : grandes tentures trouées de quatre gros spots lumineux qui donneront les teintes unicolores à chaque chanson (rose, rouge, vert) avec des effets sobres. Le chanteur, qui sera souvent à la guitare (tantôt acoustique, tantôt électrique), est accompagné sur la tournée de six musiciens : Tosh Flood (guitares, banjo, chœurs), Simon Little (basse, chœurs), Andrew Skeet (piano, claviers, chœurs), Ian Watson (accordéon, claviers, chœurs), Tim Weller (batterie, percussions) et Lucy Wiklins (violon), des habitués pour la plupart.

La mélancolie, la profondeur métaphysique, la douleur, aussi, vont taper à la porte assez vite dans le set : The Last Time I saw the Old Man, consacrée à la descente aux enfers de son père condamné par la maladie d’Alzheimer, en deuxième position, en impose d’emblée après un Achilles introductif faussement guilleret, et avant la chanson Rainy Sunday Afternoon, également dans ce registre. Cette triplette introductive issue du dernier album donne le ton général du concert, entre solennité métaphysique, et échappées mélodiques plus profondes et mélancoliques qu’en surface. Entre les deux, un échappatoire facile : l’alcool, que le freluquet irlandais n’hésite pas à se servir, en enchaînant les verres de vin. La présentation des musiciens elle-même, lors de la chanson inspirée, hélas, de Trump, Mar-a-Lago by the Sea, donne l’occasion à une distribution de boissons par Hannon en bartender, qui termine sa tournée par une rasade de gin tonic !

The Divine Comedy Pleyel 02 03 Photo Jean O 4Pour ce qui est de la set-list, l’Irlandais a fait deux choix forts : bien défendre le dernier album, avec sept titres retenus, soit un tiers du concert, et aussi appuyer, voire réhabiliter, Bang Goes The Knighthood, album moyen de 2010, représenté avec quatre titres, dont la jolie chanson éponyme. Ce choix l’amène toutefois à de l’anecdotique, avec Assume The Perpendicular, rareté qu’il aurait pu laisser au placard, ou Neopolitan Girl, fantaisie de poche, mignonne comme tout mais un peu anecdotique. Mais, chez Hannon, l’insignifiant est toujours d’une qualité infiniment supérieure à la moyenne de ce qui est proposé ailleurs ; alors, on écoute, posément, on essaye de découvrir des beautés insoupçonnées, dans tel arrangement, ou telle rupture mélodique de tel ou tel titre mineur. Et ça marche ! Qu’est-ce qu’il est fort, ce Neil, qui réussit presque à nous transporter avec d’autres choix inattendus, pour ne pas dire incongrus, de son répertoire dantesque : Norma and Norma (mignonne tout plein aussi malgré un riff très rock FM pour l’emballer), Bad Ambassador et Other People, sur les deux albums généralement honnis par les fans hardcore, Regeneration et Office Politics. Ces choix marquent une volonté d’innovation claire de l’Irlandais, qui ne veut pas refaire une tournée « greatest hits » comme en 2022, et c’est tout à son honneur, alors qu’il remplit des salles parfois très grandes et joue devant un public en partie moins « conquis d’avance ». Cela ne nous a pas totalement convaincus, mais reconnaissons que le geste ne manque pas de panache ; cette première partie, un peu en mode « diesel » à certains égards, a finalement été passionnante pour cette visite dans des recoins oubliés du répertoire majuscule et trentenaire de The Divine Comedy.

The Divine Comedy Pleyel 02 03 Photo Jean O 5Alors, bon, il fallait bien qu’il y ait aussi les « hits », si l’on peut dire, ce pourquoi la majeure partie du public était venu. Il fallait y arriver, à cette deuxième partie de concert. Si I Want You avait déjà marqué un premier sommet, digne du Short Album about Love, et ses bijoux orchestrés, le doublé, placé à mi concert de Songs of Love et Our Mutual Friend monte enfin le niveau en termes de composition et d’intensité. Et si Hannon ne renonce pas, jusqu’à la fin du concert, à parsemer de bizarreries sa setlist, dès lors les sommets vont se multiplier : A Lady of A Certain Age, The Heart is a Lonely Hunter (LA chanson du dernier album, voire de l’année 2025), Absent Friends, pour lequel une partie du public se lève, dans une version moins « surjouée » toutefois qu’à la Cité de la Musique, et que nous avons trouvé moins bouleversante. Même la voix, meilleure, du chanteur, nous a semblé manquer un peu de vibration, d’humanité fébrile et inquiète. L’effet du vin rouge, peut-être…

The Divine Comedy Pleyel 02 03 Photo Jean O 6Signe de ce relatif malaise, pour conclure le set, Becoming More Like Alfie, Generation Sex et National Express sont alors expédiées d’un même mouvement, efficace, festif, puissamment joué, mais un peu de manière mécanique. Il faut bien offrir les « tubes » du répertoire, et tous le seront quasiment ce soir, à de rares exceptions près (Something for the weekend, My Daddy’s Car, Everybody knows…). Puis revenir pour un rappel unique de trois chansons, de beauté là aussi bien jouée, mais peut-être sans supplément d’âme, sauf peut-être dans Invisible Thread, déchirante complainte autobiographique du père à sa fille qui quitte le foyer familial pour s’installer. Là, Hannon émeut, touche enfin, vraiment. Il clôturera de manière habituelle avec la très à propos Tonight We Fly, qui fait lever tout Pleyel dans un même mouvement, une même vague. De joie teintée de mélancolie, de ce sentiment que l’on va retrouver dans trois minutes le trottoir froid dans la nuit de début mars. De la certitude que l’on va mourir, quelle poisse.

Magnanime, il nous avait prévenus auparavant — « This is what this show is all about : mortality ! » — en introduisant Bang Goes the Knighthood, indiquant qu’elle aurait pu être chantée par « Johnny Hallyday, Alain Bashung or Jacques DutroncWell, they’re all dead, or almost ! » Heureusement, Neil ne l’est pas, lui. Bien vivant malgré la mélancolie et l’alcool. Touché, mais pas coulé. Solennel, mais pas abattu. Droit, après un rare moment allongé sur scène (durant Our Mutual Friend). « Vous reviendrez ? On passe des bons moments, ensemble, quand même » sourit-il, hanté et amusé à la fois par cette pensée.

Evidemment, mon cher Neil, car entre toi et nous, il y aura toujours « un fil invisible », qui ne rompra jamais.

Jérôme Barbarossa
Photos : Jean O. (merci à lui !)

The Divine Comedy à la Salle Pleyel (Paris)
Production : A gauche de la lune
Date : le lundi 2 mars 2026

Les prochains concerts de The Divine Comedy :
le 3 mars à Paris (Salle Pleyel, complet), le 4 mars à Ramonville (Toulouse, Bikini ; complet), le 11 mars à Bordeaux (Le Rocher de Palmer, complet), le 12 mars à Nantes (Stereolux, complet), le 13 mars à Rennes (le MeM, complet), le 17 mars à Bruxelles (Cirque Royal), le 25 mars à Lille (Aéronef).
Puis cet été à Londres (Royal Festival Hall) le 12 juillet, à Lyon pour les Nuits de Fourvière le 23 juillet, à Crozon (Festival du Bout du monde) le 1er août.
Toutes les dates : https://thedivinecomedy.com/news/live-2026

Son dernier album :

Rainy Sunday AfternoonThe Divine ComedyRainy Sunday Afternoon
Label : Divine Comedy Records / PIAS
Date de sortie : 19 septembre 2025

 

 

 

 

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