Le nouvel album d’Archive est dans la lignée du précédent et présente une synthèse de leurs différents styles. Privilégiant les morceaux linéaires et planants, il devrait, malgré des temps faibles sur la fin, satisfaire les fans et être la base de la setlist de la tournée qui démarre ce printemps.

La sortie d’un nouvel album d’Archive est toujours un évènement en France, où le groupe dispose d’une fan base très significative. Le groupe remplit régulièrement les salles parisiennes, Zenith ou Accor Arena, et la prochaine date à la Scène Musicale est évidemment complète. Archive fête cette année les 30 ans de Londinium, un album influencé par le trip hop qui a été à la fois un succès critique et commercial. Avec You All Look The Same To Me en 2002 et son titre phare de 16 minutes Again, il a mué vers le rock progressif et convaincu une cohorte de fans voyant en lui le nouveau Pink Floyd, jusque dans les thèmes très sombres des albums. Après un très réussi Controlling Crowds (Part I-IV) en 2009, le collectif dirigé par Darius Wheeler et Danny Griffiths a sorti quelques albums ambitieux mais plus difficiles d’accès et surtout dénués de leur habituel talent mélodique (The False Foundation) avant d’être stoppé à la fois par le Covid et l’annonce du cancer de Wheeler en 2020.
Archive est revenu en force en 2022 avec le double album Call to Arms, dans lequel il a confirmé son éclectisme musical. Dorénavant les disques peuvent revenir au trip hop originel tout en laissant également la place aux longs morceaux planants qui ont fait du succès récent, comme le prouvent les 14 minutes de Daytime Coma. On peut reprocher au disque d’être inégal, mais l’intention est louable et globalement l’ensemble est très réussi. Après une tournée pendant laquelle il a rejoué ses albums les plus planants, Archive est de retour avec Glass Minds, soit 80 minutes de musique qui vont prendre du temps à être digérées mais qui devraient être particulièrement appréciées par son public fidèle.
L’instrumental Broken Bits démarre l’album dans une ambiance apocalyptique et très One of These Days de Pink Floyd. Très cinématographique, le titre pourrait être utilisé sur un paysage de ville dévastée et de fait n’aurait pas choqué sur Call To Arms avec son cor menaçant. Nous prenons les paris que la setlist des prochains concerts du groupe démarrera sur cette ambiance joyeuse. Un petit motif au piano ouvre Glass Minds, laissant place rapidement à la voix de Lisa Mottram pour un peu de lumière. Patterns donne l’occasion à Dave Penn de briller sur un titre très hypnotique mais qui dure tout de même 8 minutes ce qui est beaucoup avec cet arrangement minimaliste. Look At Us est donc d’autant plus apprécié. Titre le plus rock, il est bien placé pour remettre un coup de boost, il n’a pas été choisi en single par hasard. Ce n’est pas le titre le plus marquant par contre, et la récompense est décernée en ce qui nous concerne à So Far From Losing You, qui va être adoré par tous ceux qui aiment les longues compositions du groupe. Les voix de Pollard Berrier et Lisa Mottram s’entremêlent magnifiquement, et la rupture de rythme au milieu du morceau fait basculer dans la rêverie. C’est superbe et exactement ce qu’on peut attendre d’un nouvel album d’Archive en 2026.
Wake Up Strange est un autre grand moment du disque, single très malin avec un son de batterie qui rappelle certains tubes du début de carrière deDepeche Mode. City Walls pourrait en revanche générer quelques débats : Selon son humeur on pourra soit penser qu’il ne se passe rien pendant 5 minutes, soit au contraire admirer l’aspect mélancolique d’un morceau construit sur très peu mais que la voix de Pollard Berrier sublime. Archive pourrait vu son statut se lancer dans la surenchère sonore. City Walls subjugue avec quelques notes et nous essayons d’imaginer ce que le groupe va en faire sur la tournée, et les probables photos urbaines en noir et blanc qu’il va utiliser pour l’illustrer. City Walls conclut 2 premiers tiers parfaits.
The Love The Light est tout aussi hypnotique avec cette fois ci Lisa Mottram au chant et on est en doit de trouver que ça fonctionne un peu moins bien malgré les jolis cuivres. Le morceau cherche à décoller sans y parvenir. Shine Out Power a une vibe Arcade Fire mais peine également à marquer sans être désagréable. Heads Are Gonna Roll nous ramène 30 ans en arrière à l’époque de Londinium avec le rappeur Jimmy Collins, même si Archive intègre régulièrement des tels morceaux sur ses disques (Quiet Time sur Controlling Crowds par exemple). Le défaut de l’album sera de se conclure sur Where I Am, 8 minutes d’ennui profond et surement pas le meilleur moyen de finir un disque qui peine à maintenir l’intérêt de l’auditeur sur la duréeet aurait vraiment dû être plus court.
Malgré cette fin d’album moins convaincante, Glass Minds confirme la créativité d’un groupe qui continue sa quête et ne cède pas à la facilité.
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Laurent FEGLY
