Anthony Horowitz mêle réalité et fiction dans un polar audacieux où il devient narrateur de sa propre enquête. Entre humour so british et intrigue à tiroirs, M comme meurtre? entraîne le lecteur dans un jeu de miroirs plein de malice.

Dans les premières pages de ce roman, on découvre que Diana Cowper, une femme sans histoire, entre un matin dans une agence de pompes funèbres de Londres pour organiser ses propres funérailles. Quelques heures plus tard, elle est retrouvée étranglée à son domicile. Le détail est trop troublant pour n’être qu’une coïncidence. Qui pouvait donc en vouloir à cette vieille dame ?
Dès les premières pages, on réalise que le récit adopte un dispositif narratif plutôt audacieux. Anthony Horowitz est le narrateur de sa propre histoire. Il apparaît sous son vrai nom, avec sa vraie vie, entre la série Foyle’s War, le scénario de Tintin pour Spielberg et Peter Jackson, et sa carrière d’auteur jeunesse avec Alex Rider. Il est à la fois l’auteur du livre et le Watson d’un détective particulier avec lequel il ne s’entend guère
Ce détective, c’est Daniel Hawthorne, un ancien inspecteur, viré de Scotland Yard, taiseux et agaçant dans sa façon de toujours avoir un coup d’avance. Hawthorne propose à Horowitz de l’accompagner dans ses enquêtes pour en tirer un roman… et ce que nous lisons, c’est ce roman.
Ce jeu de miroirs entre fiction et réalité rappelle le duo Holmes et Watson. Horowitz, grand connaisseur de Conan Doyle, s’amuse à reproduire la même dynamique avec un détective de génie énigmatique et un narrateur qui observe et consigne, qui fait de son mieux pour faire avancer l’enquête mais qui est parfois dépassé.
Comme dans Sherlock Holmes, l’enquête tient toutes ses promesses. Elle entraîne le lecteur dans une intrigue à plusieurs niveaux où les suspects se succèdent sans que l’on puisse se faire une opinion tranchée. Horowitz joue avec les fausses pistes et les indices semés ici et là pour offrir une révélation finale conforme aux règles du roman policier anglais traditionnel.
La plume de l’auteur est élégante et souvent ponctuée d’humour so british et d’autodérision, notamment dans les échanges entre Horowitz et Hawthorne.
M comme meurtre, publié en anglais en 2017 sous le titre The Word Is Murder, séduira les amateurs de whodunit classique, d’autant plus s’ils sont sensibles à la réflexion sur l’écriture et la fiction, avec ici un mise en abyme très réussie.
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Benoit RICHARD
