Ceux qui nous frappent traite d’un angle mort des féminicides, celui par suicide forcé. À travers les yeux de différents protagonistes et sans manichéisme, le lecteur passe trois jours dans une salle de tribunal. Entre chronique judiciaire et roman social, Anaïs Llobet fait la démonstration du féminicide sans preuves et des limites de la justice.

Sara Messina était une jeune boxeuse à l’avenir prometteur, animée par la rage de gagner. Lorsque son chemin croise celui de Charles, jeune homme de bonne famille, elle découvre une autre vie. Elle est moins rigoureuse dans son hygiène de vie, ne se rend pas à tous les entraînements. Quand, après un combat primordial, elle est traînée dans la boue sur les réseaux sociaux, tout son univers s’écroule. Elle s’accroche alors à Charles.
Dépendante financièrement de son compagnon, elle se laisse convaincre de partir vivre à Rennes. Sans aucun point d’ancrage familial et amical, elle s’isole jusqu’à commettre l’irréparable. Elle se jette dans la Vilaine et se noie.
Deux versions contradictoires des faits s’affrontent alors : Charles affirme qu’il aidait au quotidien Sara à vaincre sa dépression quand sa mère est convaincue que c’est Charles qui l’a poussée au suicide, à force de harcèlement moral et de dénigrement.
Depuis la loi du 30 juillet 2020, le suicide causé par le harcèlement du conjoint ou concubin est désormais reconnu dans le code pénal. S’il est reconnu coupable, l’accusé encourt une peine jusqu’à dix ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.
Encore faut-il réussir à caractériser le harcèlement et prouver qu’il est la cause du suicide. C’est ce qui va se jouer durant ces trois journées au tribunal de Rennes. Charles est accusé de la mort par suicide de Sara. Sa mère a porté plainte, avec l’aide d’une avocate spécialisée dans les violences conjugales.
À la barre vont se succéder policiers, experts, amis et familles. Les avocates de l’accusation et de la défense vont faire appel à toute leur jeune expérience pour faire pencher la balance de leur côté. Le combat dans un tribunal s’apparente à celui d’un combat de boxe : se mettre en garde, parer les coups, en donner et gagner par KO.
Anaïs Llobet fait glisser le lecteur dans la peau d’une journaliste, du greffier, du président et de certains témoins. Ces points de vue variés démontrent la difficulté de se faire une opinion tranchée quand les preuves sont absentes. Sara était boxeuse, comment pouvait-elle être victime ? Ajoutez à cela des messageries qui effacent régulièrement les échanges, le caractère tempétueux de la victime, l’intelligence et le statut social de l’accusé, voilà le doute qui s’installe.
Ceux qui nous frappent relate, telle une chronique judiciaire, le quotidien d’un procès avec ses rebondissements et ses errements, l’emballement médiatique relayé par les réseaux sociaux. Anaïs Llobet a aussi écrit un roman social qui aborde la violence conjugale, les luttes de classe et les limites de la justice.
Ceux qui nous frappent est un roman qui interpelle et qui marque le lecteur.
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Caroline Martin
