Avec Burn, son septième roman, Peter Heller revient au genre qui a fait son succès avec La Constellation du Chien : l’anticipation. Dans une Amérique imaginaire mais qui ressemble terriblement à celle d’aujourd’hui, deux amis assistent horrifiés et impuissants à l’effondrement de leur pays. Thriller apocalyptique trépidant, Burn est aussi un magnifique roman sur l’amitié, ses non-dits et ses silences.

Jess et Storey sont meilleurs amis depuis leur plus tendre enfance. Chaque automne, c’est un rituel, ils se retrouvent pour camper, pêcher ou chasser. Cette année-là, lorsqu’ils émergent des forêts du Maine après avoir passé des jours à traquer l’élan, ils découvrent des villages incendiés, des corps calcinés. Les villes sont désertes, les habitants ont fui ou ont été tués… Une fois la sidération passée, les deux amis doivent se rendre à l’évidence : ils vont devoir survivre dans un pays qui semble avoir basculé dans la guerre civile.

Avec ce point de départ assez classique, Burn s’inscrit dans une tendance lourde de la littérature américaine contemporaine. On ne compte plus, depuis quelques années, les romans post-apocalyptiques ou ceux qui, à l’instar de ce Burn, tentent plutôt de saisir le moment de l’effondrement. Sans doute le roman de Cormac McCarthy, La Route, a-t-il donné envie à toute une génération d’écrivains de se frotter à ce genre qui n’a en réalité rien de nouveau. Mais c’est sans doute la société américaine actuelle – fracturée, divisée, tendue – et plus globalement la situation environnementale et géopolitique de notre époque qui inspirent à ces auteurs des romans souvent terrifiants dans leurs prédictions. Burn appartient donc à cette veine romanesque passionnante mais qui risque de devenir quelque peu redondante.
Une bonne partie du récit de Peter Heller se présente donc comme un thriller d’anticipation trépidant. Jess et Storey sont confrontés à bien des difficultés : les nombreuses menaces les contraignent à être constamment en mouvement, ils doivent trouver de quoi se nourrir, mais aussi des lieux où s’abriter et dormir. De ce point de vue, Burn ne se distingue donc pas tellement des autres romans du même genre dans lesquels on trouve d’autres personnages qui se heurtent peu ou prou aux mêmes problèmes.
Pour autant, on aurait tort de considérer Burn comme un énième roman (post)apocalyptique. Il y a tout d’abord la très belle écriture de Peter Heller et le soin tout particulier qu’il apporte à l’évocation de la nature, à sa flore comme à sa faune. Il suffit de lire certains passages qui évoquent la rosée qui se dépose sur la végétation ou le miroitement de la lumière à la surface d’un lac pour saisir tout le talent de Peter Heller. Ces instants presque suspendus ménagent des pauses contemplatives au sein de son thriller. Elles lui permettent par ailleurs d’y insérer des pages consacrées aux souvenirs de ses personnages – en particulier ceux de Jess – et qui constituent de merveilleux passages sur la famille et les liens qui nous unissent.
Si Burn peut être lu comme une mise en garde contre les divisions qui guettent nos sociétés, il faut aussi le lire comme un très beau livre sur l’amitié. On découvre ainsi, au fur et à mesure du récit, que l’amitié qui unit Jess et Storey depuis toujours est faite d’une compréhension mutuelle qui n’interdit pas toutefois les silences, les non-dits, voire les secrets. Pete Heller excelle dans l’expression de la sensibilité de ses personnages et c’est réellement ce qui distingue Burn de la cohorte des romans post-apocalyptiques qui déferlent dans nos librairies.
Très sombre, mais pas totalement désespéré, Burn est empreint d’une humanité qui vacille mais qui, à travers Jess et Storey, s’efforce de survivre alors même que tout s’effondre. Peter Heller nous offre assurément l’un des très beaux romans de cette rentrée littéraire 2026.
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Grégory Seyer
