Née d’une FIV, Alexandrine Descotes s’est interrogée, à dix-huit ans, sur les raisons qui ont poussé ses parents à y avoir recours. Elle met alors au jour les non-dits d’une histoire familiale complexe. Un récit pudique en forme de tendre hommage à son père.

Le père d’Alexandrine Descotes est né avec une extrophie vésicale : une excroissance semblable à un nénuphar, « une fleur monstrueuse qui aurait éclos sur son ventre au lieu de pousser au-dedans ». Une malformation rare qui obère gravement son avenir. Même si, grâce à la ténacité de ses parents, une opération chirurgicale réalisée aux Etats-Unis permettra à Jean-Luc de mener une vie en apparence normale, sa femme et lui devront pour satisfaire leur désir d’enfant recourir à la procréation assistée. Ce seront des triplés. Si Alexandrine Descotes a toujours su être née d’une FIV, elle n’a pas, avant ses dix-huit ans, cherché à savoir pourquoi celle-ci avait été nécessaire. Elle entamera alors une enquête intime menée à l’aide de sa mère et de ses grands-parents, avec l’aval de son père.
Le Nénuphar est l’histoire d’une famille mais aussi une recherche sur les effets du Distilbène, ce médicament couramment prescrit dans les années 50-70 pour prévenir les risques de fausse-couche. On a beaucoup parlé des « filles Distilbène » et de leurs difficultés à mener à bien une grossesse. Beaucoup moins des garçons Distilbène. Alexandrine Descotes, d’ailleurs, n’affirme rien : sur eux les effets sont peu documentés. Reste une hypothèse – un soupçon. Grandeurs et faiblesses de la médecine. D’un côté la figure sublime du professeur John K. Lattimer, le chirurgien américain qui opéra le petit Jean-Luc, ou de ce même Jean-Luc qui devint un urologue renommé. De l’autre, les tâtonnements et les imprudences qui conduisirent à la mise sur le marché d’une molécule dont les effets secondaires furent tragiquement plus avérés que l’efficacité.
Les grands-parents d’Alexandrine Descotes ont « érigé un mur de silence » autour de la malformation de leur fils. Ce fut un tabou de famille. Jean-Luc a grandi avec le sentiment de sa différence et l’incapacité à se projeter dans une vie de famille. Il se pensait même stérile et impuissant… Aujourd’hui encore, s’il a accepté que sa fille raconte son histoire, il n’a pas été partie prenante de sa démarche. Ce sont donc trois voix de femmes – sa mère, sa femme, sa fille – qui racontent l’histoire à sa place. Hommage rendu aux siens – à ses grands-parents, à sa mère, à son père lui-même – Le Nénuphar est un livre né du désir de briser le silence, empli de pudeur et débordant d’amour : « J’écris pour écraser la honte. Ecraser la honte et faire jaillir la fierté. J’écris parce que je suis fière de mon père ».
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Anne Randon
