Dominique A – Spirales : Un rock épris de nostalgie lumineuse

Le Nantais Dominique A signe, avec Spirales, un quinzième album où autobiographie et riffs fiévreux s’entremêlent pour faire d’un exercice de mémoire un disque qui va compter.

DominiqueA_2026_MathieuZazzo
Photo : Mathieu Zazzo

Dominique A fait partie de ces « pointure »s qui suscitent une curiosité renouvelée et un désir intact à chaque fois qu’un de leurs albums sort. Avec ces Spirales, le songwriter ajoute le quinzième au compteur, et une écoute – si elle ne permet pas, loin s’en faut, d’en saisir tous les ressorts (sans mauvais jeu de mots) – suffit à prendre conscience, aussitôt émerveillé, qu’on est là face à un grand disque. Qui propose encore aujourd’hui 16 titres et plus d’une heure d’écoute pour composer un album ? Passer la demi-heure paraît parfois même périlleux chez certains. Pas chez Dominique A, dont le talent n’a besoin de nulle contrainte de temps, nulle concentration.

SpiralesDes spirales comme des lignes un peu nébuleuses qui traversent l’existence et donnent matière à des souvenirs que Dominique A convoque dans cet opus, sorte d’essai lyrique, aux forts accents autobiographiques. En témoigne le morceau d’ouverture, La roue du Jardin Garnier, qui conte une promenade de l’auteur avec sa mère dans un lieu emblématique de son enfance à Provins, où il revient, se remémorant la scène qui l’attire indéfectiblement et mesurant le temps qui passe : « Je ne sais pas pourquoi je reviens / Ce qui me fait retourner là / Guidé par quel esprit malin / Un peu plus vieux chaque fois« . Une dimension nostalgique avérée, certes mais qui ne nous plonge pas dans une triste mélancolie. Le grand retour de la guitare électrique dans la bande son de ces morceaux, délaissée depuis bien longtemps par le Nantais, vient en effet contrebalancer ce qui pourrait nous tirer vers l’arrière.

Et l’un de ses tours de force, c’est cette manière de faire sonner le plus narratif et linéaire des récits, comme dans Mark où il raconte un moment d’échange musical sur scène resté sans suites : « Je ne suis pas venu à Londres comme tu me l’avais proposé / Nous n’aurons passé ensemble qu’une seule journée (…) Puis combien de mails échangés« … Pas de rimes, pas de rythmes, mais une poésie sonore qui s’impose tout de même grâce à cette voix, reconnaissable parmi toutes, ce phrasé sensible et cristallin et ce sens ô combien développé de la mélodie. A l’exact opposé, Picasso y los Simios montre à quel point les mots peuvent devenir musique, la forme l’identité mélodique du titre : « On n’oublie jamais la magie, l’étau gracieux, la gratuité des jours nouveaux / Au fond de moi le trésor enfoui« …

Et au milieu de cet ensemble de pièces surgies du passé, Dominique A rappelle, avec Bromure, qu’il est encore et toujours un chanteur engagé, fustigeant ici les « pourritures qui mènent le monde » ou les « envahissants septuagénaires ». Autre témoignage de son engagement, la chanson à texte Coltan, dénonciation des dérives du monde contemporain. Shining à 12 ans, sans doute le morceau le plus rock et le plus autobiographique de l’album, montre bien la tension à l’œuvre entre ces spirales où les souvenirs se muent en une énergie implacable.

Curiosité renouvelée disions-nous, celle de voir cette énergie brute à l’épreuve de la scène…

Nadia Michaud

Dominique A – Spirales
Label : Cinq7 / Wagram Music
Date de sortie : 9 octobre 2026

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.