Brian et Michael d’Addario étaient de retour à Paris pour notre dose de pop vitaminée indispensable en amont de l’hiver. Afin de les réconcilier avec celles et ceux qui ont trouvé dans leur dernier album Look For Your Mind ! trop de mimétisme avec une autre glorieuse fratrie, les Wilson, Brian et Michael ont fait la différence sur scène, leur virtuosité continuant de nous épater dix ans après leurs débuts.

A un mois près, cela fera dix ans que nous avons assisté à la toute première venue de The Lemon Twigs à Paris. C’était un 21 novembre en 2016, et, nous concernant, notre retour au Bataclan après les évènements. Une soirée marquée par l’émotion de se réapproprier une de nos salles préférées et l’occasion de marquer d’une pierre blanche cette renaissance avec une soirée placée sous le signe de la découverte. L’affiche du festival Inrocks nous proposaient l’évasion au son du groupe touareg Tinariwen, des retrouvailles avec Seratones et surtout, l’initiation à une toute nouvelle formation américaine composée de deux gamins âgés de dix-sept et dix-neuf ans qui faisaient alors chavirer les cœurs de toute la rédaction du magazine : The Lemon Twigs.

Enfants de la balle car progéniture du célèbre musicien Ronnie D’Addario, Brian et Michael baignent dans la musique pointue depuis leur naissance. Pas étonnant qu’à même pas vingt ans, ils aient sorti un des disques le plus excitants de cette année 2016, Do Hollywood, où ils mêlaient de façon habile et osée de solides références rock, glam et pop à la fois. Cette soirée fut celle du coup de foudre et c’est avec entrain que nous devînmes fidèles parmi les fidèles. En dix ans, les frangins nous ont régalé de pas moins de six albums, et malgré une qualité un peu inégale, la richesse de leur répertoire leur fait honneur.

Look For Your Mind! nous a en effet laissé sur notre faim. Comme son prédécesseur A Dream Is All You Know, l’univers est trop marqué par la pop fleurie des 60s, pour ne pas dire écrasé par la marque des Beach Boys. C’est donc deux disques à la suite qui crantent le style actuel des Twigs dans une musique oh combien merveilleuse mais tellement surannée. Le choix étrange de s’enfermer dans cette pop d’antan en a enragé plus d’un, connaissant l’incroyable virtuosité des frères d’Addario. Mais une chose est certaine, c’est en live que leurs titres prennent une réelle ampleur, Brian et Michael étant des musiciens surdoués.
Avant cela, nous découvrons le trio Coup Dur en provenance de Belgique. Entre twee pop et yéyé, Avril, Clémence et César sont la première partie idéale, leur musique pétillante et d’un autre temps collant parfaitement avec le parti pris du dernier disque de The Lemon Twigs. Avec des petits bluettes très joliment interprétées, les quarante minutes de sets passent très vite et malgré des micros très mal réglés rendant quasi impossible à la seconde moitié de la fosse d’entendre le chant des deux jeunes femmes, l’ambiance guillerette plait à la majorité des présents.
En 2026, The Lemon Twigs sont quatre sur scène, en compagnie de Dany Ayala à la basse et au clavier ainsi que de Reza Matin à la batterie. Des instruments qui passent de mains en mains, les quatre garçons étant tous des multi instrumentistes de talent. Mais le show, le vrai, nous est offert par Brian et Michael D’Addario. Brian domine la scène depuis quelques albums déjà, se chargeant du chant dans la majorité des titres. Ce qui ne change pas, c’est la formidable vitalité dont les deux font preuve, et leurs multiples bonds de gazelles (à une hauteur toujours impressionnante) participent au jeu de scène très rock des deux frères. C’est bien la pop qui règne et c’est donc à l’image des deux derniers albums, très majoritairement représentés, que le concert se déroule. Malgré la fougue et la belle dextérité dont font preuve The Lemon Twigs, on ne peut que ressentir quelques petits ventres mous lorsque sont interprétés les titres les plus récents. Mais le chant qui a gardé cet aspect juvénile colle parfaitement aux titres gais et naïfs du répertoire, rendant le tout extrêmement agréable.

Les musiciens ont donc choisi de favoriser les trois derniers albums, et nous retrouvons alors avec un plaisir non feint cinq morceaux de celui qui nous parait comme leur dernier chef d’œuvre en date, Everything Harmony. Ce disque qui va chercher plus loin que dans la pop 60s et qui porte ainsi parfaitement son nom ouvre le champ des possibles au groupe avec des morceaux dotés d’un peu plus de caractère comme Ghost Run Free, In My Head, et les deux ballades d’une grande beauté Any Time A Day et Corner Of My Eye, cette dernière interprétée par Brian seul à la guitare acoustique lors du rappel, rendant le titre encore plus émouvant.

Les trois premiers disques, époque où les Twigs se cherchaient beaucoup et qui recèlent des petites pépites explosives sont ignorés ce soir, si ce n’est la présence de The One de Songs For The General Public. Le rappel est néanmoins à la hauteur des espérances avec un autre morceau acoustique joué par Brian seul, Joy, et un titre supplémentaire non prévu sur les setlist face à l’enthousiasme des fans, How Can I Love Her More. Un regret de ne pas entendre quelques-uns des premiers trésors des Twigs, mais un choix que nous comprenons et qui correspond à leur état d’esprit actuel. D’ados encore incertains de la route à emprunter, nous nous retrouvons ce soir face à des jeunes adultes dont la confiance s’est hautement affirmée et qui semblent tracer leur chemin de façon claire et sans concession.
En à peine dix ans et à même pas trente ans, The Lemon Twigs ont une carrière dont la richesse et la solidité la rende difficilement comparable à celle d’autres formations de leur génération. On espère donc qu’à leur jeune âge ils ne renoncent pas à revenir vers des formules peut être plus instinctives pour se frotter à des styles plus modernes, leur talent ne leur opposant aucune limite.
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Texte et photos : Laetitia Mavrel
The Lemon Twigs à La Cigale, Paris
Production : Radical
Date : Dimanche 11 octobre 2026
Leurs derniers disques :
The Lemon Twigs – Look For Your Mind!
Label : Captured Tracks
Date de sortie: 8 mai 2026
Coup Dur – Ça Me Vexe (single)
Label : 6T2
Date de sortie : 7 octobre 2026
