Alors que ce mois d’octobre verra la mise en ligne de la saison 2 de la série TV Dexter : Résurrection, revenons sur la première saison sortie en 2025, et ce qu’elle faisait du personnage de serial killer le plus populaire des années 2000.

Dexter Morgan était mort, ou plutôt devait être mort à la fin de Dexter : New Blood, la précédente « émanation » de la grande série à succès des années 2006-2013. Abattu d’une balle dans le thorax par son fils Harrison, le serial killer le plus populaire de la planète, parce qu’il nettoyait le monde de ses criminels les plus antipathiques, ne devait pas revenir. Mais il est visiblement impossible de tuer définitivement celui dont le hobby est de tuer les autres : encore un paradoxe ironique dans le monde merveilleux des séries TV « grand public » !

La question évidente qu’on se posait en entamant la première saison de Dexter : Résurrection est évidemment la suivante : est-il possible de ressusciter un personnage aussi emblématique que Dexter Morgan, après plusieurs fins successives, sans donner l’impression de prolonger artificiellement une franchise épuisée ? A la fin des dix épisodes, pour la plupart très agréables à suivre, de cette nouvelle série – prolongée donc par une seconde saison qui débutera le 30 octobre de cette année -, la réponse n’était pas totalement claire, il faut bien le reconnaître.
Du côté négatif de la balance, le choix de Clyde Phillips et ses scénaristes de revenir aux fondamentaux de la série, en se contentant de la transposer de la lumière de la Floride aux rues sombres de New York – dont la topographie est malheureusement peu exploitée – donne le sentiment d’un simple recyclage des vieilles recettes. Au niveau « policier », la narration use et abuse d’invraisemblances, pour permettre à Dexter d’échapper à ses ennemis, qui risquent de frustrer le téléspectateur le plus tolérant. Enfin, et surtout, l’équilibre entre l’humour noir, assorti d’une certaine légèreté, et une histoire « familiale » difficile, qui tend à faire pencher le destin de Dexter du côté du drame, voire de la tragédie, est plus qu’incertain. Devant l’accumulation de clichés sur les rapports paternels et filiaux, sur l’hérédité, sur la psychologie des traumas, il arrive régulièrement qu’on ait très envie que Dexter – Résurrection tende plutôt vers la cruauté et le gore !
Par contre, l’intérêt de cette première saison vient de la confrontation de Dexter avec Prater, un milliardaire « original » – interprété avec délice par un Peter Dinklage qu’on est heureux de retrouver dans un rôle complexe et conséquent -, dont le hobby est de « collectionner les serial killers » ! Le personnage de Prater permet une critique assez facile mais plaisante des ultrariches, pour lesquels la transgression devient un privilège supplémentaire. Mais le concept que, dans une société d’ultra-consommation, la transformation du crime en produit de luxe, désirable et digne d’être muséifié, est loin d’être inintéressant.
Faute de nous convaincre totalement, cette première saison nous a laissé indécis : entre le plaisir coupable de retrouver ce qui est presque, en dépit de son thème, une « série doudou », d’ailleurs toujours portée par un Michael C. Hall impeccable, et la frustration liée à l’épuisement visible de la franchise et, d’une manière générale, à ce qui est l’impossibilité contemporaine de mettre fin à une histoire tant qu’elle reste « vendeuse ». Espérons que la nouvelle saison apportera une meilleure réponse à ce dilemme.
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Eric Debarnot
