Comme un banal selfie peut ruiner une réputation en quelques heures… C’est le point de départ du nouveau roman drôle et grinçant de Fabrice Caro, qui raconte la descente aux enfers d’un écrivain pris dans la mécanique implacable du soupçon et de la condamnation publique.

Émilien Borie termine sa rééducation après un stupide accident de moto. Seul depuis que sa femme l’a quitté, cet écrivain sans histoire vient également de se faire étriller à la radio par un critique, à la suite de la parution de son nouveau roman. Pas de bol pour lui. Mais le pire reste à venir.
Par le plus grand des hasards, notre écrivain croise la route de Yann Garnier, un ancien camarade de lycée dont le souvenir le plus marquant se résume à une scène de masturbation entre deux rangées de livres au CDI. Ce Yann lui propose de prendre un selfie. Émilien, tout content, accepte et affiche son plus beau sourire avant que la photo ne soit publiée sur le compte Facebook de son ancien camarade.
Mais très vite, il découvre que cette vague connaissance est liée à un groupe néonazi. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Incapable de réagir, Émilien voit le piège se refermer sur lui. Ses connaissances, proches ou éloignées, lui envoient des SMS incendiaires et prennent leurs distances, tandis que les médias semblent l’accuser de tous les maux.
Notre écrivain est banni, honni, cancelé en bonne et due forme.
Avec ce nouveau roman, à la fois drôle et tragique, Fabrice Caro décrit l’engrenage dans lequel une personnalité publique peut se retrouver prise malgré elle, condamnée avant même d’avoir pu s’expliquer. Avec beaucoup de malice et de dérision, il montre comment une accumulation de petits détails, de gaffes et de maladresses dans la communication peuvent suffire à provoquer une telle situation.
Un roman aussi absurde que cocasse, qui esquisse en filigrane une réflexion sur la célébrité et sur cette image publique qui peut vous échapper sans que vous puissiez rien y faire, tandis que les foudres s’abattent sur vous. Mais plutôt que de dénoncer ou de porter un jugement moral, Fabrice Caro préfère s’intéresser aux mécanismes qui conduisent à ce genre de drame. Il montre comment, en quelques heures ou quelques jours, l’opinion peut se retourner contre quelqu’un et comment l’émotion peut devenir le principal instrument du jugement et de la condamnation.
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Benoit RICHARD
