Boarding Gate

aff film_5.jpgLe dernier film d’Olivier Assayas peut aisément se voir comme la synthèse – au demeurant moyennement réussie – des différents courants que son cinéma a épousés. Plus précisément, Boarding Gate opère un possible lien entre Clean et Demonlover, les deux précédents longs-métrages du réalisateur des Destinées Sentimentales.

En effet, le film est tout entier articulé autour du personnage de Sandra comme il l’était autour d’Emily (Clean) qui, pour des motifs différents et dans un contexte plus violent où elle n’est qu’un maillon manipulé d’une chaîne infernale, ambitionne de faire table rase de son passé et d’envisager un nouveau départ avec en filigrane une certaine idée de la rédemption. De Londres où elle tente d’évacuer une sordide liaison avec Miles, un homme d’affaires en proie à  d’énormes difficultés financières, à  Hong Kong, lieu élu pour un possible recommencement, Sandra joue dangereusement avec le trafic de drogue, les armes à  feu et se retrouve au coeur d’un vaste réseau de commerce international qui étend ses ramifications jusqu’en Asie (rappelant du coup l’intrigue de Demonlover).

On connaît l’attrait d’Assayas pour la culture asiatique depuis Irma Vep et sa relation avec Maggie Cheung. On sait aussi qu’ il affectionne les univers rock et urbain C’est sans doute pour cela que les parties thriller de Boarding Gate (un préambule parisien et un développement chinois) sont réussies et prenantes. Assayas donne ici la pleine mesure de son talent de metteur en scène vif et nerveux, en utilisant au mieux les lieux investis : de la zone suburbaine occidentale à  la fourmillière hong-kongaise dont il restitue avec brio la frénésie, la multitude, l’extrême promiscuité qui finissent par donner le vertige.
Hélas, ces deux parties sont entourées de deux longues scènes entre Sandra et Miles d’abord dans le bureau de celui-ci, puis dans sa maison pour une soirée fatale. Sandra a sans doute aimé Miles qui, lui, l’a beaucoup utilisée et l’heure de la rupture avec son rappel douloureux de souvenirs glauques est venue.
Autant avouer que l’on ne s’y intéresse pas vraiment à  cette histoire d’amour dont on ne découvre qu’une fin morbide et pathétique. Décidément, Asia Argento se donne du mal à  jouer les provocatrices déglinguées à  coups de poses lascives, de langage cru et de déshabillages incessants. Franchement y aura t-il un jour un cinéaste capable de canaliser cette actrice peu convaincante, dont on est toujours surpris de la persistance d’une aura pour le moins inexplicable ? D’ailleurs débarrassée de ses prestations inutilement érotico-sado-masochistes, Argento se révèle plus convaincante – et donc plus supportable – dans la dernière partie du film.

Bénéficiant comme il est de coutume chez Assayas d’un casting underground et international (avec entre autres la blonde chanteuse de Sonic Youth), Boarding Gate n’est certes pas un mauvais film mais on souhaitera pour le futur que le réalisateur abandonne ses intentions, dont il n’a pas les moyens, de faire dans le psychologique, qui ne quitte jamais ici les bas étages.

Patrick Braganti

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Thriller français d’Olivier Assayas – 1h45 – Sortie le 22 Août 2007
Avec Asia Argento, Michael Madsen, Carl Loong Ng…

 

 

 

 

 

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