This is England

aff film_5.jpgSeconde plongée dans l’histoire récente de l’Angleterre avec This is England, dernier film de Shane Meadows, qui puise beaucoup dans son expérience personnelle. En effet, après être remontés à  la fin des années 70 pour suivre la fulgurante carrière de Ian Curtis – Control – nous faisons un petit bond en avant pour nous arrêter cette fois dans une ville côtière du nord de l’Angleterre en 1983.

Il ne s’agit pas ici d’un nouveau biopic, mais d’une fiction se chargeant de rendre compte de la culture skinhead à  travers la trajectoire de Shaun, 12 ans, garçon solitaire, bouc émissaire des autres élèves, vivant seul avec sa mère depuis la mort de son père engagé dans le conflit qui oppose son pays à  l’Argentine – c’est l’époque de la guerre des Malouines et de la montée des tensions raciales sous fond de crise économique et de rigueur imposée par le gouvernement de Margaret Thatcher. En ce début d’été, lorsque Shaun rencontre un groupe de skinheads, c’est pour lui la découverte de l’appartenance à  une bande, le monde des fêtes, le premier amour et sa transformation en parfait petit skin : rasage du crâne et acquisition des fameuses chaussures Doc Martens. La découverte du jeune Thomas »Tommo » Turgoose est un des atouts du film. Rien de bien méchant jusqu’au retour de Combo, ancien membre du clan, plus âgé et nettement plus radical, juste sorti de prison. Alors qu’il provoque la scission du groupe, Combo prend sous son aile protectrice, sinon paternelle, Shaun qui va subir un rite de passage le faisant sortir violemment de l’enfance.

Comme toujours dans le cinéma anglais mêlant fiction et réel, il faut saluer la qualité des reconstitutions – le régal des looks – et l’interprétation des comédiens. Mais This is England n’est pas qu’une chronique du mouvement skinhead dont il élude d’ailleurs les fondements. Cette culture est en effet née à  la fin des années 60 et fut adoptée par les enfants noirs et blancs de la classe ouvrière travaillant sur les chaînes de fabrication ou les chantiers navals. Leur musique de référence était alors le reggae et pour eux, la vie était envisagée comme une série de coups durs, justifiant du coup une apparence guerrière.
Situé une quinzaine d’années après son avénement, This is England s’attache donc à  la seconde vague du mouvement marquée par l’irruption du punk et l’adhésion aux idéaux ouvertement xénophobes du National Front (équivalent du Front National français).
Ce que montre davantage This is England, c’est la conséquence de la frustration – réelle ou fantasmée – ressentie par des hommes qu’ils expriment par la violence la plus fruste et le rejet systématique de l’Autre.
Sans doute marqué à  jamais par sa propre enfance, Shane Meadows affecte une certaine indulgence pour Combo, le parfait salopard, à  qui il offre des circonstances trop facilement atténuantes. La détresse affective, l’absence de figures paternelles n’autorisent certes pas toutes les conduites. Le film qui sombre parfois dans la démonstration appuyée ne prend pas la distance ou la hauteur nécessaires à  un point de vue plus convaincant.

Patrick Braganti

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Drame britannique de Shane Meadows – 1h37 – Sortie le 10 Octobre 2007
Avec Thomas Turgoose, Stephen Graham, Jo Hartley, Andrew Shim

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