Le rêve de Cassandre

cassandre.jpgBien des choses ont décidément changé chez Woody Allen : depuis trois films il a déserté Manhattan pour une escale prolongée à  Londres, ensuite on est passé de comédies enlevées et pétillantes à  des drames noirs qui ne cachent plus la vision pessimiste de leur auteur. Jusqu’alors, on reconnaissait un film allenien au générique : la même typographie et surtout une musique immédiatement identifiable. Dernière entorse aux régles : on abandonne le jazz pour faire appel à  la musique grandiloquente de Philip Glass.

« Le Rêve de Cassandre » clôt ainsi la trilogie londonienne de Allen dont il n’est pas établi à  mon sens que l’expatriation lui ait si bien réussi »Match Point » mettant en scène le parcours d’un prof de tennis modeste au sein des beaux quartiers et de la classe huppée, convainquait à  moitié tant le film restait dans la convention et n’affichait aucun stigmate de son ancrage britannique. Avec »Scoop » on renouait avec une veine plus allenienne : l’enquête journalistique se muait en histoire fantastique. Le troisième volet renvoie au premier en installant deux frères arrivistes et animés d’un fort désir de s’extirper de leur condition médiocre au coeur d’une situation qui va virer au calvaire. Dans un registre et un traitement différents, on pense beaucoup au dernier Lumet.

Le Rêve de Cassandre, c’est d’abord le nom du voilier qu’achètent Ian et Terry, accrochés à  leurs souvenirs d’enfance du temps où leur oncle Howard les emmenait en croisière. Howard, c’est le richard, celui qui a tout réussi. Il est aussi le frère de leur mère qui ne rate jamais une occasion de vanter sa réussite devant son mari restaurateur et ses deux fils.
Dans un premier temps, nous voyons les deux frères englués dans leur magouille respective : Terry joueur de poker compulsif joue et perd à  qui mieux mieux et Ian séduit une jolie comédienne de théâtre ambitieuse et capricieuse. Le jour où Terry perd une très importante somme, le noeud se resserre. Le retour de Chine d’oncle Howard pourrait bien fournir une solution aux neveux calamiteux. Mais l’homme d’affaires exige en retour de sa donation un curieux service.

 

Dès lors le rythme du film s’accélère, la spirale se met en branle et propulse Ian et Terry dans les tréfonds de leur conscience rongée par la culpabilité. Le film devient de plus en plus noir et désespéré en révélant la vraie nature des deux frères à  qui il n’offre plus aucune planche de salut possible. Woody Allen ne semble plus croire ici en l’homme en proie à  ses ambitions et ses désirs les plus vils.

Loin de l’univers habituel du cinéaste new-yorkais (les intérieurs modestes et sans luxe, seule la campagne se pare de belles lumières et de couleurs châtoyantes), Le Rêve de Cassandre est un film mineur à  la construction classique et sans grande inventivité. Le plus intéressant est probablement la noirceur revendiquée : en l’espace de moins de deux heures, le tableau idyllique initial s’est couvert de nuages lourds et gris et transpire la tragédie la plus banale.

Mais bon, maintenant on aimerait bien que Woody rentre à  Manhattan et nous fasse encore rire – même jaune – un peu.

Patrick Braganti

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Le rêve de Cassandre
Film américain, britannique de Woody Allen
Genre : Drame, thriller
Durée : 1h48
Sortie : 31 Octobre 2007
Avec Colin Farrell, Ewan McGregor, Tom Wilkinson
Titre original : Cassandra’s Dream

La bande annonce :

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