Ciao Stefano

Ah la famille en Italie, c’est sacré. Aussi, lorsque Stefano, romain au milieu de la trentaine et au centre de toutes les galères – musicien en manque de reconnaissance au sein d’un groupe amateur, sa petite amie le trompe avec un rival plus jeune et plus chanceux – décide de faire un break dans sa vie, c’est tout naturellement vers sa famille qu’il s’en retourne dans le nord du pays.

L’artiste, le punk comme les autres l’ont surnommé, le donneur facile de grandes leçons, adolescent attardé, retrouve un clan passablement discordant. Le père s’est retiré des affaires léguées à  l’aîné Alberto et passe son temps sur les terrains de golf. La mère s’est découverte une passion pour le chamanisme et Michela la fille a abandonné ses études à  la fac pour se consacrer aux dauphins.
Bien pire, la petite entreprise de cerises à  l’eau-de-vie prend l’eau. Alberto, sur le point de divorcer, se débat avec les créanciers et dissimule la vérité à  son père. Autant dire que l’arrivée de Stefano fait l’effet d’un chien – et d’ailleurs il y en aura un – au milieu d’un jeu de quilles.

Premier film de Gianni Zanasi à  dépasser les frontières, Ciao Stefano se compose d’une succession de saynètes le plus souvent drôles et légères, quelquefois plus graves. Mais jamais il n’y est question de pathos ou de prendre tout cela trop au sérieux. En évitant soigneusement les embûches d’un sentimentalisme sirupeux et tentant, Gianni Zanasi sombre parfois dans l’excès inverse qui consiste à  se cantonner dans une certaine superficialité et à  ne pas se démarquer de certains clichés. Il n’empêche, le film regorge de bonnes idées et de moments franchement drôles grâce à  l’attention portée à  tous les personnages. A travers celui de Stefano, rockeur désabusé, le réalisateur trace en creux le portrait de toute une génération, désoeuvrée et dépressive, souvent précaire et vivant faute de mieux sous le toit familial, victime de la politique menée ces dernières années. Quant à  Alberto sous ses airs débonnaires de gros optimiste, rongé par le stress, il se révèle un homme plein de charme et de ressources dans sa truculence (la scène des auto-tamponneuses) et sa soudaine passion pour une call-girl.

Malgré deux enterrements, un suicide et quelques sévères engueulades, Ciao Stefano n’est jamais pesant, notamment grâce à  une bande originale mêlant airs d’opéra et mélodies pop qui le dynamise. Certes on n’est pas chez Nanni Moretti mais l’intention est suffisamment honnête et la palette des émotions assez vaste pour ne pas bouder son plaisir.

Patrick Braganti

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Ciao Stefano
Film italien de Gianni Zanasi
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h44
Sortie : 30 Avril 2008
Avec Valerio Mastrandea, Caterina Murino, Anita Caprioli

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