Surveillance

Si elle n’était la fille de son père, il n’est pas certain que l’on parlerait autant de Surveillance, deuxième film de Jennifer Chambers Lynch, descendante donc de David Lynch, cinéaste majeur de ces dernières décennies, maître de l’étrange, où sexe et violence sont intimement liés au coeur de cauchemars réels et d’histoires tordues.

Autant d’éléments qui composent la trame de Surveillance. Auteur de l’ouvrage qui inspira Twin Peaks, assistante de son père, Jennifer Lynch a été à  bonne école et sous influence. Mais pas facile de s’en détacher et d’en renouveler les codes. Au milieu de nulle part, là  où suintent l’ennui et toutes les dérives qui vont avec, un couple d’agents du FBI vient enquêter sur une série de meurtres. Le dernier en date perpétré au bord d’une route déserte n’a laissé que trois survivants : un policier fort en gueule aux méthodes peu orthodoxes, une junkie pas encore redescendue de son dernier trip et une petite fille de huit ans encore choquée.

Surveillance alterne les scènes d’interrogatoires du trio de rescapés et les flash-back correspondant à  leur reconstitution hallucinée des faits, où chacun a perdu qui un collègue, qui un petit ami ou encore sa famille complète. Si le dispositif à  l’intérieur du poste de police paraît inutilement compliqué, le film développe ses meilleurs moments en mettant en scène la tension et la frayeur qui entourent les carnages successifs.
Jennifer Lynch dépeint un monde de corruption et de vices, où la prise de drogues conjuguée à  l’appât du gain produit une bande de ploucs déglingués et irresponsables. Ici rien ne peut plus être sauvé. Pour y voir une métaphore de l’état actuel de l’Amérique et que celle-ci porte ses fruits, il aurait fallu que Surveillance ne bascule pas aux deux tiers du parcours dans le grand-guignol et l’escalade de la violence gratuite et tapageuse. Dès lors, on oublie totalement la filiation de la réalisatrice de Boxing Helena et on lui établirait plutôt un lointain cousinage avec les frères Coen. D’ailleurs le mode opératoire d’Anton Chigurh dans No Country for Old Men et celui pratiqué par les tueurs barbares de Surveillance sont très voisins, y compris dans les décors où ils s’accomplissent. Une mythologie des grands espaces qui refait de plus en plus surface.

Ce n’est donc pas le constat de l’état du monde contemporain qui retient l’attention dans Surveillance. Ni sa forme peu inventive, multipliant volontiers les effets de manche. Non, ce qui continue à  stupéfier – et quelque part à  poser problème – c’est cette facilité à  faire d’un tel sujet un pur produit d’entertainment, ici doublé de l’hypocrisie à  vouloir faire sens. Il y a longtemps que nous sommes convaincus de la régression mentale des Etats-Unis, y compris de la nouvelle génération de cinéastes – l’été 2008 ou l’été des filles de – qui peinent à  proposer quelque chose de neuf. Une (re)lecture de Faulkner serait sans doute plus appropriée…

Patrick Braganti

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Surveillance
Film américain de Jennifer Chambers Lynch
Genre : Thriller
Durée : 1h38
Sortie : 30 Juillet 2008
Avec Julia Ormond, Bill Pullman, Pel James


La bande annonce via Dailymotion :

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One thought on “Surveillance

  1. J’ai trouvé la forme très convaincante justement, la manière qu’elle a de graduer la tension et l’imagerie sur une base simple et concise.

  2. J’ai trouvé la forme très convaincante justement, la manière qu’elle a de graduer la tension et l’imagerie sur une base simple et concise.

  3. J’ai trouvé la forme très convaincante justement, la manière qu’elle a de graduer la tension et l’imagerie sur une base simple et concise.

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