Mogwai – The hawk is howling

mogwai.jpgAprès de multiples essais: en forme de miroir, de plat de nouilles rouges »Mogwai tente à  nouveau de remporter le concours de la pochette la plus laide pour un album paru en 2008. Et la petite tête d’aigle, évoquant un soir d’élection américaine, se hisse bien haut dans le classement des pochettes moches parues cette année. Pour la musique, ah oui la musique, ben rien »si ce n’est sans doute le meilleur album des Ecossais depuis Young team.

On se moque de la pochette en liminaire de cette chronique, sans doute un peu pour masquer un état de fait : il est quasiment impossible, sauf à  se lancer, dans de périlleuses didascalies proto-philopsophiques de distinguer avec certitude la démarche constitutive qui préside à  la destinée d’un album de Mogwai. De tenter de définir les différences fondamentales entre un et l’autre album de ceux qui sont devenus pour la postérité et pour toujours, les parangons de la mode post rock qui s’est un peu replié, à  part eux, sur de la niche musicale et a laissé à  d’autres les trompettes de la mode.

Il n’en est pas moins que The hawk is howling est sans doute le meilleur album du groupe écossais depuis son premier opus. Un disque de mâturité (et on sait qu’on utilise généralement cette dénomination pour parler d’un album chiant ou sans âme ; mais c’est loin d’être le cas ici), puissant, riche, complet. Tout y est arrangé, placé, réfléchi ; au cordeau. Un opéra rock, si l’opéra était ici l’histoire d’un bonhomme quittant sa bien aimée à  un bout du territoire – pour rapporter à  l’aigle on dira l’Arizona, ou le Texas – et embarquant dans un train à  la vitesse croissante censé l’amener à  l’autre bout du pays pour s’y endormir peut-être à  jamais. Bon on sait »l’image n’est pas terrible.

Difficile de rendre compte du plaisir d’écoute ressenti, en montant dans le TER Rennes/ Saint Malo, le dernier album de Mogwai sur les oreilles. Difficile d’exprimer le ressenti musical / sensoriel au diapason d’un train quittant une ville en début de soirée, et traversant la campagne bretonne au son de The hawk is howling. Difficile néanmoins de donner envie d’écouter l’album en disant : le dernier mogwai est le compagnon idéal d’un voyage en train de la SNCF, reliant un pôle étudiant à  la mer « . Et pourtant.

Tel un road trip burné, ou un voyage en train un jour de grosse fatigue teinté de mélancolie, l’album reprend les basiques de Mogwai: une construction crescendo, autour d’une pattern musicale initiale qui s’enrichit progressivement. Musicalement et en nombre d’instruments. La guitare vrombit et assène, la basse roule et ronfle. l’album est un subtil mélange de puissance et de beauté. Comme un paysage romantique à  la Lamartine (le TER évoqué ne s’arrête-t-il pas justement à  Combourg, berceau du poète du lac) battu par les embruns de la côte. Comme une perpétuelle interrogation poussant l’auditeur en avant.

Difficile d’exprimer le plaisir total ressenti à  l’écoute de cet album sans paroles. Rock en action serait-on tenté de dire si on ne parodiait pas un peu trivialement le nom d’un des précédents opus du groupe. Une expérience totale où le psyché rock rencontre le métal de Led Zeppelin, où la pop britannique entre dans un mode de déconstruction spiralique. Où l’ambient rencontre l’énergie du rock primal.

Un album où on retrouve tous les éléments qui nous on fait, un jour, adorer Mogwai pour l’identité intrinsèque et la puissance. Du pur Mogwai canalisé, millimétré. Dans la lignée des précédents opus, et pourtant jamais redondant. Et si on se demandait parfois à  l’écoute de Mr Beast pourquoi on continuait à  écouter un groupe qui commençait à  se répéter un peu ; on sait avec the hawk is howling que malgré la continuité, les bougres en ont encore sous le sabot pour faire apprécier une formule qu’ils ont inventé, popularisé et représenté. Mais Mogwai n’est pas devenu un épouvantail. Et l’aigle de la pochette atterrira adéquatement sur toute bonne platine amatrice de guitares débridées.

Denis Verloes

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Tracklist
01. I’M Jim Morrison, I’M Dead
02. Batcat
03. Danphe And The Brain
04. Local Authority
05. The Sun Smells Too Loud
06. Kings Meadow
07. I Love You, I’M Going To Blow Up Your School
08. Scotland’S Shame
09. Thank You Space Expert
10. The Precipice

Label: Wall of sound / Pias
Date de sortie: 22 septembre 2008

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