Morse

affiche_6.jpgOn a dit beaucoup de bien de Morse, multi-primé à  travers le monde (dont le récent Grand Prix au festival de Gérardmer), buzzé un certain temps avant sa sortie, et à  juste titre. Loin de l’habituel schéma du film de vampires (on n’est ni dans le second degré du blockbuster Blade, ni dans le drame de Entretien avec un vampire), Morse s’apparente à  une romance sociale mâtinée de fantastique, à  moins que ça ne soit l’inverse.

L’interêt du film repose sur deux éléments ; en premier lieu, le rejet des codes préconçus pour le genre (et même si quelques idées sont éternelles, comme les rayons de soleil mortels), qui donne au film une puissance novatrice, laissant conduire le récit là  où il veut, sans forcément répondre aux normes habituelles et évitant par la même occasion tous stéréotypes. Le deuxième élément est d’avoir inscrit – quoique peut-être pas assez – cette histoire magique dans un contexte social rebutant, où règnent le quotidien au bar, la violence, la vengeance, la difficulté de vie dans des résidences peu épanouissantes, où la communication semble étrangère. Morse refuse donc toutes les habitudes ; et c’est ce qui fait sa force, car l’histoire n’est pas tant magique du point de vue des vampires comme personnages troublants et mythologiques, que de la fondation du récit, à  savoir une simple histoire d’amour. Mais la romance a beau être simple, elle est d’une incroyable justesse, sensible et précise, loin des violons qui couinent au besoin d’un Twilight pour midinettes.

Ici, au contraire de ce dernier, le film développe une vision âpre et pessimiste de la condition humaine et, dans l’intégration des personnages extraordinaires (et pourtant d’apparence tout à  fait ordinaires, jusqu’à  leur manière de penser), utilise l’étranger comme la métaphore des systèmes d’intégration scandinaves, avec ce que cette apparente perfection de mise en place cache de faiblesses et de troubles dans la société. Intéressant de ce côté, Morse est aussi, et avant tout, un vrai film d’acteurs, inconnus, débutants, enfants, mais tous d’une grande profondeur, révélant certaines gloires passées du cinéma par la seule force du regard (celui de Lina Leandersson est subjuguant).
C’est aussi un film d’auteur, au sens noble du terme, travaillé dans ses durées, ne cédant jamais aux facilités intellectuelles du genre, intégrant tout dans une réelle épaisseur (morale comme sociale) ; c’est aussi un film fantastique, pas vraiment d’épouvante, mais révolutionnaire donc, puisqu’il rejette en bloc toutes notions prévisibles au profit d’une savoureuse rénovation pleine d’inventivité – scénique, contextuelle, et scénaristique au risque par contre, de perdre des spectateurs sur le chemin.

Autre point passionnant et qu’il convient d’aborder, c’est bien sûr l’âge des protagonistes, ou la découverte des premiers sentiments. La différence entre les deux statuts – un humain, une vampire, avec les difficultés de vie que chacun doit dépasser pour aimer – offre la possibilité au film d’aller loin dans la relation , ainsi les premiers émois sexuels sont abordés implicitement, avec douceur, formidablement intégrés au coeur de cette passion tout en regards, bien loin du mélodramatique à  paillettes larmoyant. Il serait dommage de croire que les 12 ans des personnages signifient un film naîf et enfantin, alors qu’au contraire celui-ci est d’une réelle profondeur, aux confins de la poésie, simple et jamais forcée.
Une poésie faite de magnifiques couleurs, quand elles ne sont pas mêlées aux ternes reflets du pays, et de l’intrigante utilisation de la banlieue de Stockholm, fonctionnant à  merveille avec le parallèle des meurtres en série. Puis reste la séquence de la piscine, aux dernières minutes du film, réinvention inoubliable du cinéma gore, d’un humour et d’un tragique semblables et dont le tragique, au final, remporte la victoire face à  la gravité de ce monde presque sans vie qu’a décrit Tomas Alfredson dans le reste du film. Un monde sans vie, peut-être, mais pas dénué d’espoir, tant que naîtra l’amour à  travers la communication et le regard que l’on porte sur l’autre. C’est ce que dit la fable universelle.

Jean-Baptiste Doulcet

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Morse
Film suédois de Tomas Alfredson
Genre : Fantastique
Durée : 1h54
Sortie : 4 Février 2009
Avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar

La bande-annonce :

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One thought on “Morse

  1. Vu le niveau des films de vampires du moment, Morse est un vrai pavé dans la mare. Un rythme inhabituel, des acteurs (dont les deux principaux) habités par leurs rôles, une réalisation sans faille, une atmosphère aussi bleutée que glaciale, bref peu de défauts et beaucoup de qualités pour ce film impressionnant qui mériterait plus de reconnaissance par chez nous.

    Le traitement du vampirisme, même s’il repose ici sur des caractéristiques classiques, est à n’en pas douter bien plus original et moins ampoulé que celui de Twilight et autres Underworld.

    Une autre chronique du film ici : a href= »http://blog.vampirisme.com/vampire/?419-alfredson-tomas-morse-2009″>http://blog.vampirisme.com/vampire/?419-alfredson-tomas-morse-2009

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