Mariage à  l’Islandaise

affiche.jpgLes mariages sont rarement des fêtes réussies, : trop de pressions et la rencontre de deux familles qui ne se connaissent pas ou si peu, mises en présence par l’union de deux personnes, conduisent rarement dans nos sociétés occidentales à  des instants de grande sérénité. Souvent, les heures passant et l’alcool aidant, de vieilles rancoeurs resurgissent, le ton monte, l’algarade n’est pas toujours évitée si, entre-temps, tout le monde n’est pas mort d’ennui. , Vision désabusée, mais réaliste, d’une cérémonie que Valdis Oskarsdottir, qui fut une des monteuses attitrées de Thomas Vinterberg (Festen et Les Héros), met en scène dans Mariage à  l’Islandaise au pays des fjords et des geysers.

Sans doute la fréquentation du danois Vinterberg – un des instigateurs du courant Dogme 95 – taraudé par les dysfonctionnements familiaux a-t-elle beaucoup influencé Valdis Oskardottir, qui prend pour la première fois les commandes d’un film. A travers la description d’une tradition islandaise – quitter Reykjavik pour aller se marier à  la campagne en séparant jusqu’à  l’église les futurs époux – l’ancienne chef monteuse livre une comédie hilarante, pleine de rebondissements. Deux bus occupés par chacune des familles auxquelles se sont joints quelques invités de dernière minute quittent donc la capitale pour se rendre là  ou doit avoir lieu la cérémonie. Un changement de parcours brouille les cartes, : nos amis se perdent et ne parviennent pas à  localiser l’église. La perte de temps suscite l’énervement et les disputes et bientôt tout part en vrille.

Mariage à  l’Islandaise, c’est d’abord une belle galerie de personnages tous plus fous et déjantés les uns que les autres. Le film est construit sur un dispositif simplissime, : scènes montées en parallèle à  l’intérieur des bus communiquant entre eux par talkies-walkies, entrecoupées de pauses où les invités se mélangent. Et quels invités, ! En à  peine une vingtaine de personnes, Valdis Oskarsdottir nous présente une belle brochette de spécimens, : de la grand-mère vagabonde au cousin homo, des abrutis de copains du futur marié à  la copine de la mariée flirtant avec le petit ami de la mère de cette dernière, les combinaisons se multiplient, le tout de plus en plus imbibé dans l’alcool. Et ce n’est certes l’arrivée enfin au but qui va arranger les choses, vu ce drôle de curé plus habitué à  célébrer les enterrements que les unions.

Comme dans les films de Aki Kaurismaki ou Emir Kusturica, une douce folie s’empare de personnages ringards, mis dans une situation à  priori normale qui n’en finit pas de déraper. Cette perte de contrôle est jouissive, donne lieu à  des moments franchement cocasses, sans que jamais la réalisatrice regarde ses personnages avec cynisme ou antipathie. En évitant misérabilisme et angélisme, elle va même jusqu’à  offrir à  certains une porte de sortie inattendue. Le décalage entre la beauté grandiose du pays et l’abjection qui envahit peu à  peu les rapports humains produit également un effet saisissant.
Jeu de massacre revigorant, Mariage à  l’Islandaise séduit par sa fantaisie débridée et sa capacité à  maintenir le suspense au milieu de nulle part, en compagnie d’une bande d’affreux aux patronymes absolument imprononçables. Enfin, le film, qui fonctionne sur le gag de répétition, a le bon goût de ne jamais s’éterniser, ce qui lui permet d’échapper à  une redondance et à  une lourdeur prévisibles.

Patrick Braganti

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Mariage à  l’Islandaise
Film islandais de Valdis Oskarsdottir
Genre : Comédie
Durée : 1h35
Sortie : 3 Juin 2009
Avec Nanna Kristin Magnusdottir, Bjorn Hlynur Haraldsson, Nina Dogg

La bande-annonce :

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