Nuits d’ivresse printanière

nuits.jpgApostrophe truffaldienne à  la rigidité des mécanismes chinois, »Nuits d’ivresse printanière » a été salué pour son courage humaniste. Peut-être peut-on trouver de la valeur là -dedans, mais difficilement dans le reste ; il ne s’agit pas de reprocher à  Lou Ye le systématisme de son principe filmique (lointaine comme une exode, la caméra se cache derrière chaque acte, des volets, une porte, présente en toute illégalité), mais plutôt cette posture indéfinie qui consiste à  ne rien raconter.

Etonnant de voir que le scénario du film a pu être primé à  Cannes ; c’est d’ailleurs l’un des mauvais longs-métrages de la compétition de l’année passée, auquel il semblait difficile d’attribuer quelque prix que ce soit, si ce n’est, à  l’évidence, une récompense spéciale symbolisant la démarche osée et frontale du cinéaste face à  l’activité pervertie de son pays. Car la réalisation ne perpétue en aucun cas cette ivresse du désir et du climat dont on attendait l’apogée dans le choc des corps. Il ne s’agit pas uniquement de filmer nu et cru pour transmettre une force érotique, et c’est bien ce même cinéaste qui l’avait prouvé avec son précédent long-métrage, »Palais d’été » (« Une jeunesse chinoise »), chronique autrement plus vivifiante et exaltante que ce déprimant mélo ‘cash’ au goût rance. La plupart des choix scéniques confinent à  l’erreur, tant stylistique (néons, cigarettes, karaoké et ciel gris sont la signature caricaturée d’un cinéma social chinois) qu’humaniste (difficile de faire partager les sensations amoureuses quand l’objectif ne sait fixer que la tristesse et la laideur d’un pays au lieu d’une mélancolie du contraste).

Il ne s’agit pas de remettre en cause les connaissances cinématographiques de Lou Ye, mais plutôt son inconscience dangereuse de l’archétype et la façon dont sa liberté et sa non-rigueur finissent par créer un manque d’élasticité et desservent le film, aussi par cause de sécurité , de temps raccourci et de moyens. La langueur qui s’installe finit par ennuyer, le film n’étant capable que d’enchaîner des scènes de sexe sans grand rapport les unes aux autres, puis des parenthèses mélodramatiques dont la pensée détruit la beauté simple et naturelle. Les acteurs suivent mollement du regard les directives d’un cinéaste sans inspiration, prisonnier de son art dans tous les sens du terme, et dont la rage contenue en lui aurait pu éclater dans un magistral fleuve de désirs provocateurs. A la place de quoi se succède un catalogue de poses grotesques et aléatoires.

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Jean-Baptiste Doulcet

Nuits d’ivresse printanière
Films chinois de Lou Ye
Genre : Drame / Romance
Durée : 1h55min
Avec : Wei Wu, Qin Hao, Chen Sicheng…
Date de sortie cinéma : 14 Avrîl 2010

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