L’arbre

larbre.jpgA ce niveau, on peut difficilement parler de métaphore. Il s’agirait d’un père de famille ressuscité en un immense arbre qui a traversé les générations et les cultures, dont les racines interminables s’étendent jusque sous les pieds des gamins rieurs, imperturbables. La sève, elle, est une coulée blanche qui rappelle la vie, comme la preuve que l’esprit de l’arbre est devenu celui du père. A l’ombre de ce figuier sans âge, la famille souffre. Ou plutôt Dawn, la veuve et mère de quatre enfants, dont le nom évoque déjà  un besoin de renaissance. Les enfants, du petit muet à  l’ado tendrement révolté, abritent en eux l’absence d’une figure qui ne peut se faire ressentir autrement que par les évènements (sur)naturels qui vont se produire autour de la maison ; car le père, enfin l’arbre, va faire pleuvoir chauves-souris et grenouilles, fourmis et asticots, s’abattre cyclones et écroulements en tous genre.

Dawn-Gainsbourg, effacée comme toujours, survit dans une liaison amère avec un homme qu’elle n’aime définitivement pas et que sa petite fille voit d’un mauvais oeil, elle qui aime se réfugier dans les branches de l’arbre, les bras du père. Julie Bertuccelli a le bon goût de faire du deuil une petite mélodie douce-heureuse qui n’agit que par minuscules touches, perturbant peu à  peu la tristesse de la perte en un bonheur solaire et naturel. Mais finalement, à  part de belles images de nature, des étendues australiennes sous la somptueuse photo de Nigel Bluck, n’apparaît pas l’once d’une idée nouvelle, d’un soubresaut, d’une suspension, d’un souffle irréel, d’une obscurité fantastique, uniquement des caresses dont la joliesse est aussi mignonne que lassante.

A part l’image motrice de l’arbre, au centre de toutes les considérations, le film étend mollement ses petits chemins menant droit vers les jours nouveaux d’un drame passé. On aime le rire profond des enfants qui résonne par-delà  les feuillages, beaucoup moins la voix lancinante et les regards fatigués d’une Charlotte Gainsbourg dont le film s’inspire, à  la poursuite du sommeil.

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Jean-Baptiste Doulcet

L’arbre
Film franco-australien de Julie Bertuccelli
Genre : Drame familial
Durée : 1h40 min
Avec : Charlotte Gainsbourg, Morgana Davies, Marton Csokas…
Date de sortie cinéma : 11 Août 2010

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