Chroniques express 80

PICTURE PLANE / FABRICE RAVEL-CHAPUIS / BOTANY / KRONEM / FRANCE DE GRIESSEN / FOPS / JOY WITH COLORS / DEL CIELO /DAMIEN LAZARUS / FLOWERS ARE BLOOMING / LUKE TEMPLE / MARIANNE DISSARD

 

PICTUREPLANE – Thee Physical

Le naufrage qui constitue cet album nous rappelle que la frontière est parfois ténue entre électro-pop et eurodance. Il y a 20, ans un groupe comme Shamen avait flirté avec la ligne rouge, une ligne allègrement franchie par Pictureplane alias Travis Egedy. La musique du  jeune Américain, ressemble parfois trait pour trait à ,  celle de Corona (rythm of the night, vous vous rappelez ?!), avec le même genre de thème de clavier, simpliste, de programmations racoleuses et de choeurs, vulgaires. Pictureplane a beau noyer le truc derrière un discours et une imagerie sexualo-fétichiste, rien n’y fait : même pimentée, une soupe reste une soupe. En même temps, cela a quoi énerver encore plus,, se disant qu’on est là  face à  une vraie imposture. La seule perversion de Thee Physical est d’insérer dans sa bouse un bon titre (Post physical, d’ailleurs le single du disque), histoire de nous, frustrer en nous montrant, ce à  quoi l’album aurait, pu ressembler. Le seul intérêt du disque est peut-être de déculpabiliser le fan de musique indé en lui permettant d’écouter de la vraie eurodance en toute légitimité et non sous le manteau. (0.5) Denis Zorgniotti
Love pump records / Differ-ant / Août 2011

 

FABRICE RAVEL-CHAPUIS – En Danger

Quand on s’appelle Ravel, on est presque prédestiné à  devenir compositeur. C’est donc le cas de Fabrice Ravel-Chapuis, connu pour son projet Artango et arrangeur de cordes de l’ombre de tout un pan de la variété française. Avec En danger, le compositeur expose sa propre musique dans une formule de piano et quatuor à  cordes très appréciée justement de la musique française (Ravel, Chausson, Chabier, Fauré, D’Indy…). Ravel-Chapuis s’inscrit dans cette tradition pré-musique sérielle, pré musique répétitive pour des musiques sombres, et sentimentales. Ces pièces courtes pourraient toutes, devenir des musiques, de film, tant elles font naitre des climats et arrivent à  émouvoir, (Abattu, sublime). On pense parfois au, Wim Mertens du »Ventre de l’Architecte ». Alors pourquoi En danger, disque de musique classique, chroniqué dans Benzine ?, Déjà  parce que c’est bien et puis, la musique de chambre servant souvent de lit à  des musiciens pop (de Divine Comedy à  Owen Pallett), autant essayer de faire sans le chant d’une mélodie pop : un peu comme ôter les petites roues de son vélo et de partir sans, en toute liberté. Quitte à  se mettre en danger. (4.0) Denis Zorgniotti
Volvox musique / Mai 2011

 

BOTANY – Feeling today EP

Joli nom que ce Botany, projet musical du Texan Spencer Stephenson. Pourtant réalisé avec une majorité d »électronique, Feeling Today ressemble parfois à  la célébration de la beauté magique de la nature, une musique dont le caractère végétal aboutirait au merveilleux. Quelque part entre Four Tet, Cocteau Twins et quelques tenants du label japonais Noble (Piana, Films), Botany propose un voyage enchanteur peuplé de voix célestes, de claviers enchanteurs, de programmations cristallines. Une musique de conte de fée qui accélère même le tempo en fin de parcours. Comme un ultime défi : rêver et danser à  la fois. Un peu lassant à  la longue peut-être : sur un EP, c’est très bien ; sur tout un album, c’est moins sûr…(3.5) Denis Zorgniotti
Western Vinyl / Differ-ant / Août 2011

 

KRONEM –  Pocahontas

Pocahontas n’est pas un disque facile à  appréhender, pas un album aimable en vérité mais qui pourtant a le mérite d’être original, personnel et sensible. Kronem, alias Romain Ferreira, pratique ce que l’on pourrait appeler la  » guitare automatique,  » (comme on dit »écriture automatique »). En bon enfant du grunge, celle-ci est électrique. En amateur de hardcore, elle est souvent saturée, la voix de Kronem pouvant d’ailleurs devenir violente et gueularde. La particularité de Pocahontas vient de là : de suivre une ligne heurtée et presque ininterrompue marquée par les changements d’humeur de son chanteur-guitariste, sorte de centaure ne faisant plus qu’un avec sa guitare. Enregistré en prise live, sans doute avec une part d’improvisation, Kronem casse souvent le moule, avec une accélération débridée du rythme initial ou, une volonté de déborder allègrement de tous les contours figés du genre ; certains de ses titres s’apparentent dès lors à  une vraie logorrhée guitaristique porteur d’une, sacrée expressivité au détriment toutefois de la mélodie. On préfèrera les moments, où, , comme la reformation du pourpre rétinien, on sort du brouillard et, on revoit les contours émouvants d’une folk plus cernée et plus écrite sur les traces de Neil Young ou d’Eddie Vedder en solo (Synpases, dress). Down by the river restitue la crudité, terriblement humaine, d’un Kurt Cobain (avec le même grain, de voix, ce qui est un compliment). Mais comme le dernier Josh T.Pearson dans un genre proche mais peu différent, Pocahontas se prend d’un bloc (y compris dans ses moments vains), , en vrai instantané d’un moment d’exception  pour un songwriter tourmenté en symbiose avec son instrument. Pour vraiment ressentir l’apaisement, il faut d’abord avoir connu le chaos. (3.0) Denis Zorgniotti
Autoproduction / Juin 2011


FRANCE DE GRIESSEN – Electric Ballerina

France de Griessen est une,  chanteuse qui ne sait pas vraiment ce qu’elle veut. Ballotté entre une culture américaine et une culture française, elle évoque souvent Hole (parfois de manière criante…dans tous les sens du terme) mais essaye aussi de réactiver le punk alternatif bien de chez nous en reprenant PP Haines des Sales Majestés et invitant Vérole, chanteur des Cadavres. Les USA et la France main,  dans la main, dans une rage commune, , pourquoi pas, d’autant plus quand elle se retrouve sur la BO de »LA Zombie » du, réalisateur militant warrior Bruce LaBruce Mais, France de Griessen, ne s’arrête pas, à  cette seule posture, : là  où on ne devait entendre qu’une copie conforme de Courtney Love, on découvre aussi une folkeuse, roots sur La Ballade de Norma Rose (avec le vétéran Elliott Murphy) et même parfois, une chanteuse pop souvent sucrée comme on pourrait entendre sur la bande FM. A en perdre son latin et à  dès lors relativiser une rock attitude qui sentait déjà le réchauffé  : nous ne sommes plus en 1992 et des artistes comme Peaches ou Cobra Killer ont donné un coup de vieux aux simili Courtney Love., Hormis deux bons titres Rue des Pierres Rouges et Dernière Cigarette où la mutine, France subit une attaque acide (une mutinerie ?), tout ceci reste très moyen. (2.5) Denis Zorgniotti
Teen Machine / Rue Stendhal / Septembre 2011


FOPS – For Centuries (EP)

De Fops, on dit généralement qu’il s’agit là  d’un side project de Dee Kessler de Thee More Shallows associé à  Chadwick Donald Bidwell de Rai Partha Vogelbacher. For Centuries est composé de 7 titres enregistrés en même temps que ceux qui composaient leur premier album, Yeth Yeth Yeth ; ce qui pourrait apparaître comme le rebut d’une oeuvre initiale mais qui à  l’instar de Amnesiac de Radiohead par rapport à  Kid A, est plutôt un gage de qualité. For Centuries est donc un EP moderne et inspiré : un Folk Implosion du troisième millénaire alliant intelligemment machines et guitares. Fops est d’une créativité débordante allant chercher même du côté du Flamenco (pour le moins re-visité) son inspiration (I shot a parakeet). La structure et la rythmique de Countless songs déborde largement le cadre généralement admis d’une popsong : morceau en roue libre qui associe errance psychédélique et impulsion des musiques primitives.  Avec eux, tout est permis à  partir d’une base new wave indéfectible. L’alliage est complexe mais le résultat est ravageur d’efficacité (Cheater Caroline, Fops on tour). L’EP se termine sur Ronald Wilson Reagan, variation sur un thème folk un peu longuette (20′ quand même) et un peu vaine qui ne remet pas en question la qualité du reste. La bulle, Fops n’est pas encore prêt de faire Flop. (4.0) Denis Zorgniotti
Monotreme records / Septembre 2011


Joy With Colors – Balcony

Joy With Colors fait partie de ces groupes français, au même titre par exemple que (Please) Don’t Blame Mexico ou Botibol, dont on aura été très heureux de découvrir les albums en 2011. Composé de Julien et Timothée, le groupe enchante dès la première écoute par la fraicheur et la spontanéité que si dégage de sa musique. Avec son accent frenchy plein de charme, le groupe aligne des pop songs printanière et entrainantes sans aucune difficulté, jouant en permanence la carte de la simplicité. Et ça fonctionne à  merveille ! Au fil des écoutes, »Balcony » devient même entêtant et addictif, délivrant à  chaque fois une belle dose de bonne humeur que l’on espère très contagieuse. (4.0) Benoît Richard
Laybell -/avril 2011


Del Cielo – Sur des Braises

Duo Rennais composé de Liz Bastard (chant) Gaël Desbois (musique), Del Cielo sortait un premier Lp assez confidentiel mais fort intéressant en 2009 : »Sous les cendres« . Deux ans plus tard, le duo revient avec »Sur des braises » un nouvel effort sombre et poétique dans lequel les textes amers écrits par de Liz Bastard résonnent étrangement bien sur les boucles, les musiques mises en place par Gaël Desbois. On pense à  une rencontre entre Dominique A (qui fait d’ailleurs une très belle apparition sur le splendide »Casoretta« ), Brigitte Fontaine et Diabologum. Plus généralement, on peut dire qu’il se dégage une vraie personnalité et une ambiance toute particulière de ce disque de chansons pas comme les autres. Pas vraiment pop, pas vraiment avant-gardiste, mais pas vraiment mainstream non plus, Del Cielo nous invite sur une petite île où poussent des chansons qui risquent d’en surprendre plus d’un par leur caractère et leur originalité.  (3.5) Benoît Richard
Idwet – mars 2011


Damian Lazarus – Get Lost 4

Loin d’être le DJ/producteurs le moins intéressant de sa génération, Damian Lazarus prouve une fois encore tout son talent avec ce nouveau mix réalisé pour la série »Get Lost » du label Crosstown Rebels. D.’entrée de jeu, on appréciera l’élégance des morceaux, entre techno et house raffinée, les morceaux s’enchainent avec une belle fluidité, laissant apparaitre une touche pop qui pourrait bien faire le succès de mix en dehors des clubbers e du cercle des fans du genre. A l’image des compilations Kompakt, »Get Lost 4 » est un effort remarquable qui allie efficacité et brio avec 16 titres pas trop pointus pour un compilation très agréable et fort recommandable. (4.0) Benoît Richard
Crosstown Rebels/la baleine – août 2011


FLOWERS ARE BLOOMING – v/a

Quoi de mieux qu’une compilation pour découvrir un label et ses artistes, à  fortiori si celle-ci est à  petit prix (moins de 4 euros, c’est cadeau) ? Voici donc l’écurie Acid Cobra et sa cohorte de , purs-sangs , sauvages qui ne sont pas prêts d’être domptés. Le Label anglo-italien créé par Amaury Cambuzat de Ulan Bator laisse depuis sa création une empreinte qui lui est propre entre réminiscences passées (noise, gothic, cold wave entre autres) et vision futuriste (une tendance à  post-rockiser tout ça). Force est de constater que le choix des titres est judicieux, montrant à  la fois une unité esthétique et des différences entre les groupes du label. Entre les énervés Sexy Rexy à  la limite du Math rock et The Jains, apaisé (pour un titre pas forcément représentatif de ce duo féminin d’habitude plus Riot Girls), la palette d’émotion est somme toute assez large. Bref, si vous avez raté les inclassables Dilatazione (ici en hommage aux cultissimes Goblins) et The Somnambulist (aussi essentiel que dEUS ou Tuxedomoon), si vous êtes passés à  côté de, TV Lumière et The, Marigold (avec ici leur meilleur morceau), dont la cold wave n’aura jamais semblé si actuelle, cette compilation est une excellente remise à  niveau avant les nouvelles sorties du label prévues à  l’automne. (4.0) Denis Zorgniotti
Acid Cobra Records / Believe Digital / Septembre 2011

LUKE TEMPLE – Don’t , act like you don’t care

Du danger d’avoir sorti précédemment d’excellents albums et donc d’avoir habitué l’auditeur au meilleur. On ne pensait pas forcément réapparaître Luke Temple sous son propre après son escapade réussi Here we Go Magic et le succès d’estime qui s’ensuivit. L’Américain revient donc avec un troisième album enregistré en même temps que Here we Go Magic. 9 titres qui ne déméritent pas mais qui apparaissent parfois plus comme des chutes d’enregistrement que comme des trésors oubliés. Don’t , act like you don’t care commence pourtant sous les meilleurs auspices avec un in the Open, simple mais joyeusement enlevé et More than muscle qui fait ressortir toute la beauté du timbre de Temple, capable de rivaliser avec Jeff Buckley dans un style plus pop bariolée à  haute teneur émotionnelle. Sur le reste, l’Américain se contente de dérouler, comme un artiste sûr de son talent mais évoluant en mode mineur dans une veine entre néo folk et alt country. Les deux précédents albums de Luke Temple étaient en tout cas meilleur que ce troisième qui n’arrive pas toujours à  prolonger la magie. C’est sûr, la plupart se contenterait déjà  de ça mais bon, on est quand même en présence de Luke Temple, un des meilleurs songwriters américains du moment et cela exige que l’on soit dur avec lui. Bref, bien mais peut mieux faire. (3.0) Denis Zorgniotti
Western vinyl / Differ-ant / Août 2011

MARIANNE DISSARD – L’abandon

Dans son album précédent, Marianne Dissard affirmait son côté Entre deux, elle la Française vivant en Arizona. Musicalement, elle essayait de mélanger folk de l’Ouest et chanson française dans la même veine que son ami Naim Amor. Produit par Jim Waters (The Little Rabbits), L’abandon reprend les choses là  où elle les avait laissées : en Juliette Gréco du Far West, sorte de Calamity Jane apportant son français dans le monde de Calexico (Almas Perversas, l’exilé), à  moins que cela ne soit David Lynch (Un gros chat)., Il y a certes, trois (bons) titres en anglais (le sensuel Neige Romaine, le,  nocturne Fugu, le bluesy The one and only) mais pour le reste, Marianne Dissard reste bel et bien fidèle à  ses origines. La dame a une voix mature et affirmée très loin de la jeune ingénue au timbre diaphane, ce qui est à  la fois une grande force donnant de la personnalité à  la musique mais en même temps une faiblesse car prenant parfois trop de place par rapport à  une musique qui peut aussi tisser de belles atmosphères (Eté hiver). Dès lors, Neige, romaine où Dissard est en duo avec, la voix de velours de Brian Lopez est peut-être le meilleur titre du disque. Autant vous dire que je ne suis pas très fan de chanson française mais ainsi troussée avec cette voix trouble et certains arrangements qui ne le sont pas moins, je me dis que la Nouvelle Chanson Française tendance réaliste a beaucoup à  apprendre de la dame. (3.5) Denis Zorgniotti
Musicast / Septembre 2011, 

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