Le musée du Dr Moses, de Joyce Carol Oates

« Pour le lecteur, une bonne nouvelle, c’est un sprint effréné vers la ligne d’arrivée, c’est un verre d’alcool vidé cul sec. C.’est une sacrée secousse, c’est vite expédié, ça vous réchauffe le coeur, et les sensations persistent après consommation ». Ces mots de James Ellroy prennent tout leur sens lorsque l’on tombe happé par le tourbillon des nouvelles de Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses. Dix Histoires de mystère et de suspense et bien plus encore.

La romancière connue pour ses romans de moeurs traitant de violence humaine, réussit l’impossible : raffiner ses textes avec des plumes trempées dans l’acide et le sang.

Si l’art de la nouvelle coule depuis longtemps dans les veines des auteurs anglo-saxons et si le fantôme d’Edgard Allan Poe est bien infiltré dans les histoires de J.C. Oates, celle-ci n’en a pas moins une écriture unique qui tient du génie, acerbe, fine, mordante. Ses mots piquent à  vif le lecteur, le giflent au détour d’une page, le secouent, l’émeuvent, le blessent et le laissent étourdi.

Le début de chaque histoire est d’une triste banalité, puis la plume acérée de la romancière se met en branle et l’on renifle de mots en mots les premières effluves du drame. Quelques lignes plus loin on palpe de plus en plus et de mieux en mieux le dénouement terrible. Enfin, on est pris de palpitations à  la vue des dernières phrases, puis on chute si violemment sur les derniers mots qu’il est parfois presque difficile de se relever pour entamer la nouvelle qui suit. Le lecteur cuité par une première lecture doit alors cuver entre deux histoires.

Qui a dit que l’homme n’était pas un prédateur comme les autres? Que faire quand votre fils adoré, suite à  un accident, se comporte comme un fauve? Qui pense que le jogging est une activité sans risques? Qui se cache derrière le masque de l’aimable et élégant Dr Moses?

Joyce Carol Oates sait mieux que personne parler de violence et de cette humanité en perdition. Elle révèle toujours de façon terriblement brutale les revers de la petite société américaine. Un monstre se terre souvent derrière la figure idyllique du bon père de famille et la famille en apparence parfaite cache parfois de nombreux cadavres.

Il ne serait pas raisonnable de résumer ces histoires, car les résumer c’est déjà  les raconter tant la chute est brutale. Pour le lecteur, un seul avertissement : boucler votre ceinture si vous décidez vaillamment d’entrer dans le Musée du Dr Moses et de vous laisser surprendre par la lecture des neuf autres histoires, car comme dans les montagnes russes, une fois bien installé, il vous sera impossible d’en descendre.

Sabine Sursock

Le musée du Dr Moses de Joyce Carol Oates
Broché: 256 pages
Editions: Philippe Rey
sortie le 1 mars 2012
Collection : ROMAN ETRANGER
ISBN-10: 2848762101
ISBN-13: 978-2848762104
19,28€¬

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